Affaire Epstein : Hillary Clinton, six heures d’amnésie sous serment

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Six heures. Il aura fallu six heures à Hillary Clinton pour réciter sa partition de l’innocence outragée. « Je n’ai jamais rencontré Jeffrey Epstein. » « Je ne suis jamais allée sur son île. » « Je n’ai jamais visité ses résidences. » Six heures de déposition à huis clos, ce jeudi 26 février, dans le cadre cossu du Chappaqua Performing Arts Center — à deux pas de chez elle, histoire de ne pas trop bousculer ses habitudes. Le couple Clinton, qui a esquivé cette convocation pendant six mois en multipliant les prétextes — agenda incompatible, funérailles opportunes, contestation juridique des subpoenas —, a fini par se résoudre à l’exercice uniquement quand la Chambre a menacé de les déclarer en outrage au Congrès. Quel élan de transparence.

L’amnésie comme ligne de défense

Devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants, pilotée par le républicain James Comer, Hillary Clinton a déroulé un numéro rodé jusqu’à la corde. Elle ne sait rien. Elle n’a rien vu. Elle n’a « aucune connaissance des activités criminelles » d’Epstein ni de Ghislaine Maxwell. Maxwell ? Une vague relation mondaine, tout juste bonne à se glisser au mariage de Chelsea comme « plus-one » d’un invité. Quant à son mari, dont le nom apparaît des centaines de fois dans les fichiers Epstein, dont les voyages sur le Lolita Express sont documentés, dont les photos avec le prédateur ont fait le tour du monde — Hillary se dit « à 100 % certaine » qu’il ne savait rien. Circulez, il n’y a rien à voir.

Bill Clinton lui-même, dans ses mémoires publiées en 2024, concédait que « voyager sur l’avion d’Epstein ne valait pas les années de questionnements qui ont suivi ». Formulation remarquable : ce n’est pas le voyage qui pose problème, c’est d’avoir à en répondre. Toute la philosophie Clinton résumée en une phrase. L’ancien président témoigne ce vendredi 27 février — une première pour un ex-locataire de la Maison-Blanche devant une commission parlementaire depuis plus de quarante ans. On attend avec impatience le festival de « je ne me souviens pas ».

Boebert, les ovnis et le grand n’importe quoi

Mais réduire cette journée à la seule prestation des Clinton serait trop leur faire honneur. Car le Congrès a tenu son rang dans la compétition de l’indécence. À peine la déposition entamée, la républicaine Lauren Boebert, élue du Colorado dont le sens du timing rivalise avec son goût pour la provocation, a photographié Clinton en pleine audition et transmis le cliché à l’influenceur conservateur Benny Johnson. Lequel s’est empressé de le publier sur X avec un commentaire d’une finesse rare : « Clinton n’a pas l’air contente. » La séance a été suspendue. Interrogée par les journalistes, Boebert a lâché un « Why not ? » goguenard. On notera que cette violation des règles de la commission n’a entraîné strictement aucune sanction. L’impunité, décidément, n’est pas réservée aux Clinton.

Puis les républicains, visiblement lassés de leur propre enquête, ont dévié vers les ovnis — une semaine après que Trump a ordonné au Pentagone de déclassifier des fichiers sur les extraterrestres — et vers le Pizzagate, cette théorie conspirationniste de 2016 qui avait conduit un déséquilibré à ouvrir le feu dans une pizzeria de Washington. Le démocrate Robert Garcia n’a pas caché son exaspération : « C’est regrettable qu’on lui pose des questions sur les ovnis et les extraterrestres. Nous avons des survivants qui ont besoin de réponses. »

Robert Garcia a d’ailleurs pointé un détail qui en dit long sur les priorités réelles de cette commission : les républicains qui se bousculaient pour assister à la déposition Clinton n’avaient envoyé personne — pas un seul élu — lors du témoignage de Les Wexner la semaine précédente. Wexner, le milliardaire qui a financé l’essentiel de l’empire Epstein. Quand il s’agit d’interroger les vrais financiers du système, plus personne à l’appel.

Le jeu de miroirs partisan

Hillary Clinton, fine stratège, a évidemment flairé l’aubaine. Plutôt que de se cantonner à la défense, elle a contre-attaqué en réclamant que Trump soit interrogé sous serment sur ses propres liens avec Epstein. Les dizaines de milliers de mentions dans les fichiers. La note d’anniversaire sexuellement suggestive. Les échanges d’emails entre Jeffrey Epstein et Elon Musk, exhumés des 3,5 millions de documents publiés par le ministère de la Justice fin janvier. « Si cette commission était sérieuse, elle assignerait quiconque a demandé quelle serait la soirée la plus sauvage sur l’île d’Epstein », a-t-elle lancé. Touché. Mais ce renvoi de balle permanent — « interrogez Trump plutôt que moi » — sert aussi à éviter de répondre sur le fond. Quand tout le monde pointe du doigt l’autre, personne ne regarde ses propres mains.

Car c’est bien là que réside le scandale véritable, au-delà du théâtre partisan. Jeffrey Epstein n’était ni républicain ni démocrate. Il était le produit d’un système où l’argent achète le silence, où les carnets d’adresses servent de polices d’assurance, et où les puissants de tous bords se retrouvent dans les mêmes avions, sur les mêmes îles, aux mêmes soirées. Le démocrate Wesley Bell, ancien procureur, a résumé la journée avec une honnêteté involontairement cruelle : « Nous n’avons pas appris une seule chose nouvelle. »

L’impunité bipartisane

Voilà le vrai bilan de cette déposition. D’un côté, des républicains qui instrumentalisent l’affaire Epstein pour régler leurs comptes avec les Clinton tout en protégeant soigneusement leur propre camp. De l’autre, les Clinton qui déploient leur arsenal habituel — amnésie calibrée, indignation de commande, contre-attaque médiatique — pour traverser l’orage sans une égratignure. Et au milieu, les victimes d’Epstein, celles dont personne ne prononce les noms dans cette grand-messe du déni.

En France, où l’omerta sur les réseaux de pédocriminalité des élites fonctionne sans même avoir besoin de commission parlementaire, on observera la suite avec la consternation résignée des habitués. Bill Clinton témoigne aujourd’hui. Combien de « I don’t recall » avant qu’on reparle des ovnis ?

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