Affaire Epstein : Borge Brende, patron du Forum de Davos, démissionne après la révélation de ses liens avec le prédateur sexuel
Il aura fallu trois dîners, une centaine de messages et la publication de millions de documents par le département américain de la Justice pour que Borge Brende comprenne enfin que sa position était devenue intenable. Ce jeudi 26 février, le président-directeur général du Forum économique mondial a annoncé sa démission, enveloppée dans le papier cadeau habituel des puissants qui tombent : la « mûre réflexion ».
Réflexion, vraiment ? On veut bien le croire. Quand votre nom surgit dans les Epstein Files aux côtés de ceux de Bill Gates, Peter Thiel ou du prince Andrew, il y a en effet de quoi méditer longuement sur ses fréquentations passées.
Un « investisseur américain » pas comme les autres
L’histoire, telle que Brende l’a servie, a tout du sketch diplomatique. En 2018, l’ancien ministre norvégien des Affaires étrangères — en déplacement à New York — aurait été invité à un dîner mondain par son compatriote Terje Rød-Larsen, ex-vice-Premier ministre et figure tutélaire de la diplomatie norvégienne.
L’année suivante, en 2019, Brende remet le couvert. Deux fois. Toujours en compagnie d’Epstein, toujours avec d’autres « diplomates et dirigeants » dont les noms restent dans l’ombre. Le problème, c’est qu’en 2018 et 2019, la première condamnation d’Epstein pour sollicitation de prostitution auprès d’une mineure datait déjà de dix ans. Une simple recherche Google — outil apparemment trop sophistiqué pour l’élite davosienne — aurait suffi à lever le voile sur le personnage.

Davos sans son chef d’orchestre
Dans son communiqué de départ, Brende ne mentionne jamais Epstein. Pas un mot. Il se dit « fier de ce qui a été accompli ensemble » et « convaincu que le Forum peut désormais poursuivre son important travail sans distraction ». La distraction en question : une enquête interne lancée début février, après que le nom de Brende a émergé dans les millions de pages rendues publiques fin janvier par la Justice américaine.
Les coprésidents du WEF, André Hoffmann et Larry Fink — oui, le Larry Fink de BlackRock —, ont salué avec une chaleur toute corporate la « contribution significative » de leur patron déchu. Détail croustillant : l’enquête indépendante confiée à un cabinet d’avocats externe aurait conclu qu’il n’y avait « pas d’éléments supplémentaires à signaler » au-delà de ce qui était déjà connu. En clair : les dîners ont bien eu lieu, les messages aussi, mais circulez, il n’y a rien d’autre à voir. La démission, elle, raconte pourtant une tout autre histoire.
La Norvège, épicentre inattendu du séisme Epstein
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est l’ampleur du désastre norvégien. Brende n’est que le dernier domino d’une impressionnante série. Son hôte de ces fameux dîners new-yorkais, Terje Rød-Larsen — architecte des accords d’Oslo, excusez du peu — est aujourd’hui inculpé pour « complicité de corruption aggravée » avec son épouse Mona Juul, elle-même diplomate de haut rang et poursuivie pour corruption aggravée. Leurs liens avec Epstein ? Autrement plus profonds que trois dîners. Le financier américain leur aurait fait cadeau d’un appartement à Oslo à prix cassé et aurait inscrit leurs deux enfants dans son testament pour un total de 10 millions de dollars.
L’ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland, ex-président du Comité Nobel de la paix et ex-secrétaire général du Conseil de l’Europe, est lui aussi inculpé pour corruption aggravée. Dans un mail adressé à Epstein, il lâchait cette phrase glaçante : « Je ne peux pas continuer uniquement avec des jeunes femmes, comme vous le savez. » Même la princesse héritière Mette-Marit a reconnu avoir rencontré Epstein à plusieurs reprises.
Le bal des « je ne savais pas »
Borge Brende rejoint donc la longue liste de ceux qui n’ont « rien su ». Qui n’ont « jamais imaginé ». Qui ont dîné avec un criminel sexuel condamné sans jamais se poser la moindre question. C’est la défense classique de l’establishment pris la main dans le sac : la naïveté comme dernier rempart.
Pendant ce temps, à Cologny, dans les bureaux cossus du WEF surplombant le lac Léman, on cherche un nouveau patron. Quelqu’un de propre, si possible. Le nom de Christine Lagarde circule pour un rôle de présidence. Si c’est le cas, on lui conseille de ne jamais accepter d’invitation à dîner d’un « investisseur américain » dont personne ne peut vraiment expliquer la fortune.
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