Telegram sous pression en Russie : Pavel Durov accuse Moscou de vouloir forcer la surveillance

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La confrontation entre le pouvoir russe et Telegram connaît un nouvel épisode. Dans une série de messages publiés sur le réseau X, Pavel Durov, fondateur et dirigeant de la messagerie chiffrée, accuse Moscou de restreindre l’accès à son application afin de pousser les citoyens vers une alternative “contrôlée par l’État”, qu’il décrit comme un outil de “surveillance” et de “censure politique”.

Ces déclarations interviennent alors que les autorités russes ont effectivement annoncé de nouvelles mesures contre Telegram. Selon Reuters, le Kremlin, par la voix de Dmitri Peskov, a confirmé que les restrictions visant Telegram résultaient de son “non-respect de la loi” russe et que le régulateur Roskomnadzor était tenu d’agir en cas de violation des exigences légales.

Toujours selon Reuters, un tribunal russe a infligé à Telegram une amende de 11 millions de roubles pour avoir refusé de supprimer des contenus qualifiés d’“extrémistes” par les autorités, information rapportée par l’agence publique RIA Novosti.

Les autorités russes invoquent donc un cadre strictement juridique : non-conformité aux obligations nationales et refus de modération de contenus interdits. Aucune communication officielle n’évoque explicitement une volonté de forcer l’adoption d’une application nationale spécifique. Cette interprétation relève des accusations formulées par Pavel Durov.

La réponse politique de Pavel Durov

Dans l’un de ses messages, Pavel Durov écrit : “Russia is restricting access to Telegram to force its citizens onto a state-controlled app built for surveillance and political censorship.” Il ajoute que cette “manœuvre autoritaire” ne changera pas la ligne de Telegram, qu’il présente comme un outil de “liberté et de respect de la vie privée”.

Dans un autre message, il rejette l’étiquette d’“oligarque”, affirmant que s’il avait été proche d’un gouvernement au lieu de s’opposer à leurs “attaques constantes contre la liberté”, il serait “dix fois plus riche”. Cette affirmation relève d’une prise de position personnelle et politique ; elle ne peut être objectivée par des données publiques précises.

Ce qui est factuel à ce stade est l’existence de restrictions annoncées par les autorités russes, l’amende judiciaire confirmée par Reuters, et la publication par Pavel Durov de ces déclarations publiques.

Le précédent iranien de 2018

Pavel Durov établit également un parallèle avec l’Iran. Il rappelle que Téhéran a interdit Telegram il y a huit ans et que, selon lui, la stratégie a échoué, la population ayant continué à utiliser l’application via des outils de contournement.

Sur le blocage lui-même, les faits sont documentés. Selon Freedom House (rapport Freedom on the Net 2018), Telegram a été bloqué de manière permanente en avril 2018 en Iran. Reporters sans frontières a également fait état d’une décision de justice iranienne imposant une interdiction totale au printemps 2018. À l’époque, Reuters indiquait que l’application comptait environ 40 millions d’utilisateurs dans le pays.

Concernant l’usage massif malgré l’interdiction, plusieurs travaux sur la censure numérique en Iran ont confirmé un recours important aux VPN et outils de contournement. En revanche, la formule de Pavel Durov affirmant que “la plupart” des Iraniens utilisent encore Telegram ne peut être confirmée de manière chiffrée et indépendante à ce jour : les données précises d’usage après blocage restent difficiles à établir avec certitude.

Une bataille narrative autant que juridique

L’affrontement entre Telegram et les autorités russes se joue donc sur deux registres. D’un côté, Moscou invoque l’application de la loi nationale sur les contenus jugés extrémistes et la conformité réglementaire. De l’autre, Pavel Durov transforme ces mesures en preuve d’une dérive autoritaire visant à reprendre le contrôle de l’espace numérique.

À ce stade, les éléments vérifiables sont clairs : des restrictions ont été annoncées, une amende a été prononcée, et le Kremlin assume une logique de régulation. L’intention politique prêtée par Pavel Durov – forcer l’adoption d’une application d’État conçue pour la surveillance – relève de son accusation publique et ne figure pas dans les communications officielles russes.

Ce nouvel épisode illustre une tension structurelle : celle entre des États qui revendiquent leur souveraineté numérique et des plateformes transnationales qui se présentent comme des remparts face à la surveillance et à la censure. Pavel Durov a choisi de politiser frontalement le conflit. Reste à voir jusqu’où ira le bras de fer.

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