Baromètre CEVIPOF 2026 : la défiance explose, la classe politique massivement rejetée

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La photographie dressée par la 17e vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, réalisée par OpinionWay en février 2026, n’est pas celle d’un simple malaise passager. Elle décrit un pays où la défiance à l’égard de la classe politique atteint un niveau massif et durable. Le phénomène de « dégagisme », déjà observé lors des précédentes séquences électorales, ne se résorbe pas. Il s’enracine.

Les données du rapport montrent que la confiance dans les partis politiques demeure extrêmement faible. Une large majorité des Français déclare ne pas leur faire confiance. Ce constat ne concerne pas une formation en particulier : il touche l’ensemble du champ partisan. Le gouvernement et l’Assemblée nationale ne bénéficient pas d’un crédit significativement supérieur. La confiance envers ces institutions centrales reste minoritaire, confirmant une rupture persistante entre les citoyens et leurs représentants nationaux.

Ce niveau de défiance ne constitue pas un accident statistique. Il s’inscrit dans la continuité des vagues précédentes du baromètre. Autrement dit, la crise de confiance ne s’atténue pas avec le temps. Elle se stabilise à un niveau élevé. L’étude ne met pas en évidence de rebond notable susceptible d’indiquer un retournement de tendance.

L’un des indicateurs les plus préoccupants concerne le sentiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent « des gens comme eux ». Une majorité claire des répondants partage cette perception. Ce chiffre, stable depuis plusieurs éditions, traduit un sentiment de mise à l’écart. La défiance ne porte pas uniquement sur des décisions précises ou sur une réforme impopulaire. Elle touche la représentation elle-même.

Le baromètre souligne également que la satisfaction à l’égard du fonctionnement de la démocratie reste faible. Si l’attachement au principe démocratique demeure majoritaire, l’évaluation concrète de son fonctionnement en France est largement critique. Ce décalage est central : les Français ne rejettent pas la démocratie comme régime, mais ils expriment un jugement sévère sur la manière dont elle est exercée. La crise est moins idéologique qu’institutionnelle.

Le pessimisme à l’égard de l’avenir du pays demeure dominant. Une majorité des personnes interrogées considère que la France va dans la mauvaise direction. Ce constat traverse les catégories sociales, même si des écarts apparaissent selon le niveau de diplôme, la situation économique ou la proximité partisane. Le sentiment de déclassement et d’impuissance nourrit un climat de ras-le-bol qui dépasse les clivages traditionnels.

La défiance s’exprime également dans la perception de l’efficacité du vote. Si l’acte électoral conserve une valeur symbolique forte et demeure un pilier de la vie démocratique, la conviction qu’il permet réellement de changer les choses apparaît fragilisée. Ce doute sur l’efficacité du mécanisme central de la démocratie représentative constitue un signal d’alerte. Il ne traduit pas un retrait massif de la participation, mais il nourrit l’idée que les alternances politiques ne modifient pas en profondeur les orientations prises.

La polarisation politique accentue cette situation. Les niveaux de confiance varient fortement selon l’orientation partisane, mais aucune famille politique ne parvient à fédérer un socle majoritaire de crédibilité. Le baromètre confirme ainsi une fragmentation du paysage politique où le rejet de la « classe politique » s’impose comme un sentiment transversal.

Dans ce contexte, le phénomène de dégagisme n’apparaît plus comme une réaction ponctuelle à une séquence électorale, mais comme une disposition durable. Le rapport ne décrit pas une société indifférente ou apathique. Il décrit une société critique, inquiète et majoritairement insatisfaite du fonctionnement de son système représentatif.

La méthodologie de l’enquête, conduite par OpinionWay selon la méthode des quotas auprès d’un échantillon représentatif de la population adulte, permet de comparer ces résultats aux vagues antérieures. Or, la constance des indicateurs est précisément ce qui interpelle. La défiance n’est ni marginale ni conjoncturelle. Elle est structurelle.

Le signal envoyé par cette 17e vague est clair : le lien de confiance entre les Français et leur classe politique reste profondément fragilisé. L’attachement à la démocratie subsiste, mais le crédit accordé à ceux qui l’incarnent demeure faible. Le ras-le-bol ne relève pas d’un simple climat d’humeur. Il est objectivé par des indicateurs stables, élevés et persistants.

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