(Vidéo) Séquence virale impliquant des gendarmes : le malaise du deux poids deux mesures et l’effritement de l’autorité
Depuis quelques heures, une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux cristallise un malaise profond. On y voit deux gendarmes insultés, menacés, filmés de nuit par un individu manifestement sûr de son impunité. Les militaires restent calmes, silencieux, encaissent. La scène choque, interroge, et surtout ravive une question que beaucoup n’osent plus formuler frontalement : l’autorité de l’État s’exerce-t-elle encore de la même manière pour tous ?
Diffusée par le compte Les Spectateurs, la séquence a rapidement cumulé des centaines de milliers de vues. Très vite, le débat s’est déplacé. Moqueries, colère, ironie amère sur le « retour de l’autorité » promis par le pouvoir. Le commentaire de Laurent Obertone résume un sentiment largement partagé : certains citoyens semblent aujourd’hui pouvoir insulter, provoquer et défier les forces de l’ordre sans crainte immédiate, pendant que d’autres subissent une rigueur bien plus implacable pour des infractions mineures.
Face à l’emballement, la Gendarmerie nationale a publié un communiqué de presse le 7 février afin de rétablir le contexte. L’institution rappelle que la vidéo date de février 2024, lors d’une intervention pour violences et troubles de voisinage. Les deux gendarmes, pris à partie par un individu qui les filme, choisissent de ne pas répondre aux provocations afin d’éviter l’escalade. L’homme est interpellé le lendemain, ainsi que des membres de sa famille, puis condamné à des peines allant de quatre mois avec sursis à six mois ferme avec mandat de dépôt.
Un individu a proféré de nombreuses insultes à l’encontre des gendarmes avant de dérober la caméra GoPro de l’un d’eux. pic.twitter.com/dymPC8A4e2
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) February 7, 2026
Sur le plan strictement judiciaire, le dossier est clair. Mais politiquement et symboliquement, la séquence continue de poser problème.
Car ce que voient les Français, ce n’est pas la condamnation prononcée des mois plus tard. Ce qu’ils voient, ce sont des forces de l’ordre contraintes d’encaisser sans réagir face à des individus qui n’ont manifestement plus peur. Et c’est là que la question du deux poids deux mesures surgit.
Dans un pays où des automobilistes, des contribuables ou des manifestants pacifiques peuvent être sanctionnés rapidement, parfois lourdement, comment expliquer que certains profils semblent pouvoir défier l’uniforme sans conséquence immédiate visible ? Comment ne pas voir se dessiner une géographie sociale de l’autorité, où une partie de la population sait parfaitement jusqu’où elle peut aller, tandis qu’une autre intériorise la contrainte et la sanction ?
#PointDeSituation 🔴 Une vidéo montrant l’intervention de #gendarmes circule actuellement.
👉 Afin d’apporter les éléments de contexte nécessaires, nous publions un communiqué de presse détaillant les circonstances de cette intervention. pic.twitter.com/cCJhk8g4e2— Gendarmerie nationale (@Gendarmerie) February 7, 2026
Cette séquence met aussi en lumière un phénomène plus large : l’ultra-violence verbale et comportementale d’une minorité, qui ne craint plus ni l’uniforme, ni la loi, ni l’institution. Une minorité bruyante, souvent filmée, qui transforme chaque interaction avec les forces de l’ordre en scène de défi, consciente que l’image virale pèsera plus lourd, dans l’instant, que la procédure judiciaire à venir.
La communication officielle de la gendarmerie, factuelle et tardive par nature, peine à combler ce fossé. Entre le temps long de la justice et le temps immédiat des réseaux sociaux, le récit se construit sans l’État. Et ce récit nourrit l’idée d’une autorité à géométrie variable.
Ce n’est pas la faute des gendarmes sur le terrain, souvent contraints par des consignes strictes et une pression médiatique permanente. Mais c’est bien un problème politique majeur. Quand une partie de la population ne craint plus les forces de l’ordre, ce n’est pas seulement l’image de l’État qui se fissure. C’est le pacte social lui-même qui se délite.
La vidéo n’est donc pas qu’un buzz de plus. Elle agit comme un révélateur brutal d’un sentiment désormais largement partagé : en France, l’autorité existe encore, mais elle ne s’exerce plus de manière uniforme. Et cette fracture, elle, ne se règle pas par communiqué de presse.