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Oser la France : Des tabous politiques à briser pour conquérir l’indépendance ?

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Reportage depuis Lourmarin – C’est dans le petit village de Lourmarin, considéré comme l’un des plus beaux villages de France niché dans le Luberon que s’est tenue la 3ème édition des Université d’Été du mouvement Oser La France.

Lancé par Julien Aubert, le député des Républicains continue à se frayer un chemin dans le champ de ruines qu’est devenue la droite républicaine, malgré les résultats en trompe-l’oeil des dernières élections municipales. Aux européennes, la défaite fut cinglante lorsque François-Xavier Bellamy n’arrivait même pas à passer la barre de 8,50% de voix devancé par Europe Ecologie (13,47%), Renaissance de Nathalie Loiseau pour la REM (22,41%) et le Rassemblement national de Jordan Bardella (23,31%). Une déroute en rase campagne qui laissait déjà présager un destin similaire au PS qui n’en finissait plus de couler et de s’effacer consciencieusement du paysage politique malgré quelques rodomontades de quelques caciques qui refusaient de disparaître avec les suffrages. A qui il ne reste plus aujourd’hui que quelques mornes plateaux TV pour donner de la voix qui résonne dans le vide.

Dernièrement, nos confrères du JDD notait que LR comptait à peine 500 membres de moins de 35 ans alors qu’ils étaient 3000 en 2018, c’est dire si l’avenir s’assombrit considérablement chez les Républicains.

Malgré tout, la droite cherche désespérément à provoquer une résurrection politique. En vain. Alors le remuant Julien Aubert, député de la 5ème circonscription dans le Vaucluse et Conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. a poursuivi ses Universités d’été ce 5 septembre à Lourmarin, depuis le lancement de son mouvement en novembre 2017.

« 50 ans après le Général de Gaulle, osons redresser la France » le thème est aussi large qu’il est  prégnant dans le débat politique, notamment sur les questions de souveraineté qui se posent plus que jamais dans cette période de fin de crise sanitaire.

Organisée sur une seule journée, la 3ème édition des Universités d’Oser la France a proposé quatre tables rondes pour «briser 4 tabous » dans le débat politique : le tabou européen et la souveraineté, l’identité nationale et la nation, la préférence nationale et le patriotisme économique, et enfin la France peut-elle sortir du piège Macron/Le Pen en 2022?

Dès le début de la matinée, plus de 300 sympathisants patientaient sagement ( et masqués) devant les grilles de la Fruitière numérique, un espace dédié au numérique, implanté au coeur de Lourmarin où se déroulaient les débats en attendant l’ouverture des Universités.
Alors que la chaleur tombait progressivement sur Lourmarin et sur la Fruitière, les premiers intervenants arrivaient pour participer aux premières tables rondes.

MAM (Michèle Alliot Marie) ex-ministre de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères ouvrit officiellement la journée par un discours introductif, reprenant les vieux thèmes de la Droite républicaine : « J’ai pris du recul mais je reste fidèle à mes engagements, et même si nous avons certains points de divergence avec Julien ( Aubert), il y a le partage d’une certaine idée de la France… ». Elle évoqua abondamment le Général de Gaulle, puis pêle-mêle Jeanne d’Arc, les Gaulois et Rome. Elle fit part de son indignation du communautarisme, répéta à la salle que « la France a son mot à dire à l’international » évoqua l’Europe avant se rasseoir aux côtés de Julien Aubert, laissant retomber dans la salle son aura un peu passé d’ancienne ministre.

Toute la journée sous une température estivale, les discussions sont allées bon train pendant ces Universités. Le spectre assez large des invités (même si la plupart épouse des idées souverainistes) a donné lieu à des conceptions parfois singulières de la notion de souveraineté.

On y croisa Nicolas Dupont Aignan, Damien Abad, Guillaume Bigot, Alexis Poulain, Djordje Kuzmanovic, Laurent Alexandre, Dominique Jamet, Zohra Bitan, Valérie Boyer… Aurélien Tâché ayant annulé sa participation au dernier moment (déclenchant à ce propos beaucoup de railleries de la part de certains militants) ainsi que Pierre Lellouche.

Alors que la journée s’écoulait paisiblement, les militants allaient d’une salle à l’autre où avaient été installés deux écrans géants pour suivre les débats à distance. Les discussions était animées autour de l’avenir des Républicains qui tenaient de leur côté un rendez-vous de la jeunesse à Port-Marly (Yvelines).

Dans la cour de la Fruitière numérique, autour des quelques food-trucks installés pour l’occasion, les militants regonflés à bloc pour la rentrée s’interpellaient et semblaient se demander ce que leur préparer Julien Aubert, dans son costume bleu-ciel, serrant des mains ça et là, avec une attention pour chacun de ses soutiens.

Lui, l’enfant du pays, né à Marseille mais enraciné dans le Vaucluse, sait parler en circo et connaît bien au plan national l’écosystème politique dans lequel il manoeuvre avec ses propres outils politiques. Magistrat à la Cour des Comptes, très au fait du fonctionnement parlementaire, Julien Aubert semble avoir anticipé le très probable naufrage des Républicains à la présidentielle de 2022, qui pourraient leur être fatale.

Sur son site, Julien Aubert écrivait le 18 juin dernier : « L’ambiance est aujourd’hui au grand abandon et à la course à la gamelle. Je ne crois pas en la fin de la Droite. La fin des Républicains sous la forme actuelle, sans doute, mais est ce là l’essentiel ? C’est l’occasion selon moi, comme le phenix, de renouer avec une Droite populaire, patriote et humaniste, qui ne place pas la victoire électorale à tout prix ou le taux de croissance comme les alpha et omega de sa survie. Le succès d’Oser la France, notamment au cours de ses Universites d’Ete, démontre qu’il suffirait d’un souffle pour nous réveiller. » L’analyse est là ainsi qu’une anticipation à peine voilée de la déroute des Républicains en gestation.

Rien n’a changé depuis la ratification du Traité de Lisbonne en 2008 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République. La course au néolibéralisme, à la mondialisation et aux réformes structurelles dont n’arrivent pas à se départir les Républicains est en train de faire l’effet d’une ciguë sur un corps politique en état de mort cérébrale. On y entend encore Christian Jacob depuis Port-Marly ou Damien Abad qui tentent péniblement de meubler la vacuité idéologique avec des incantations et des discours bâtis sur des concepts, afin de cacher une fascination addictive pour la machine bruxelloise et en accepter l’austérité pour y rester … et y mourir…

Après les débats, dans la douceur d’une soirée d’été, l’équipe de Julien Aubert s’est retrouvée dans un charmant bar de Lourmarin pour « débriefer » la journée. Dans l’euphorie, certains jeunes membres reprennent espoir d’un avenir radieux que pourrait incarner Julien Aubert. Parmi eux, quelques uns nourrissent l’ambition de se présenter face aux électeurs à court ou moyen terme et abandonner leur statut actuel mais pour cela, ils sont partagés sur la stratégie : rester chez LR ou s’émanciper du QG de la rue de Vaugirard. De toute évidence, Julien Aubert ne s’est pas montré à Port-Marly ce week-end prétextant « un téléscopage de dates« . Un simple hasard ?

Quitter Les Républicains et couper le cordon ombilical politique qui l’a vu naître, pour acquérir son indépendance et sortir de la confusion de la Droite sur l’avenir de la France au sein de l’Union européenne et sur le thème brûlant de l’identité ? Pourraient-ils être les tabous que Julien Aubert est prêt à briser dans quelques semaines ou dans quelques mois ? Pourrait-il oser la France en prenant son indépendance ? Ou en ralliant Nicolas Dupont-Aignan autour d’une candidature commune et souverainiste, qui pourrait tenter de réincarner un projet gaulliste ? Car aujourd’hui, la question de l’incarnation politique de ce fort courant souverainiste en France se pose. Même si Nicolas Dupont-Aignan semblerait le mieux placé à l’heure actuelle au vu de l’émiettement de la droite. A moins d’une primaire ou d’un « système de départage » pour reprendre l’expression de Julien Aubert qui pourrait consacrer une personnalité de la Droite. Mais à ce jour, cela paraît tout de même improbable tant les dissensions sont profondes.

La nuit tombe sur le Luberon. Les derniers verres s’entrechoquent et les conversations s’effilochent dans les ruelles paisibles et silencieuses de Lourmarin. Certains rêveront cette nuit d’indépendance, d’audace et d’un avenir politique sous un nouvel étendard gaulliste. Mais déjà, dans quelques heures, il faudra se rendre à quelques kilomètres d’ici à Gordes où Julien Aubert ira expliquer son action parlementaire à l’occasion d’un rassemblement champêtre. Toujours labourer le territoire avec le sourire, sillonner la France périphérique et penser sans cesse au coup d’après, le drapeau français en bandoulière.

( Crédit photos : OLF)

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