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Roland Jaccard : premier roman et dernier livre

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Par Marc Emile Baronheid – « J’avais été un parfait salaud, mais c’est la seule manière de survivre avec les femmes ». Facétieuse coïncidence d’avoir ouvert ce livre le 08 mars dernier, cessez-le-feu claironné Journée de la femme. Maître en nihilisme, Roland Jaccard délaisse l’essai pour un roman oscillant entre récidive et résipiscence.

Un Suisse bien sous tous les rapports trouve le journal intime du frère sulfureux qu’il feignait d’ignorer, pour cause d’amoralité. « Il avait fait de son érotomanie et de ses conquêtes sexuelles, avec un cynisme qui m’écoeurait, son fond de commerce ». Il le lit et le commente avec l’ankylose de qui se demande lequel des deux est passé à côté de la vie. « Je le trouvais pathétique. Il me jugeait conformiste ». Le jouisseur a toujours raison, à l’opposé du gourmé (que Sartre compare à un âne chargé de reliques). Le premier égrène ses conquêtes et Jaccard moque un narcissisme aussi encombrant que le sparadrap du capitaine haddock, à ceci près que le doute plane sur sa sincérité. Le personnage est attachant, qui inflige aux nymphettes des cruautés que ne s’autorise pas son ami Matzneff. On suit ses entrechats avec des dernières conquêtes qu’il s’évertue à malmener, comme pour se persuader que l’âge (soixante-treize ans) ne fait pas rendre grâce à la prodigalité frugale d’ un humanisme helvétique. En dépit des caprices de sa météorologie intime, un nihiliste digne de ce nom doit échapper en toutes circonstances au dilemme du frimeur ou de la fripouille. On se prend d’affection pour ce loup solitaire et urticant, échappé de la meute collet montée. Premier roman de Jaccard, ceci est son dernier livre, annonce l’éditeur. Dernier paru, s’entend. Que l’on se rassure, Jaccard n’est pas en phrase terminale.

« Station terminale », Roland Jaccard, Serge Safran éditeur. 15,90 euros

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