Les Oubliés : un film bouleversant qui vous garde sous « haute-tension »

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Par Florence Yérémian – Mai 1945 – Tandis que la guerre se termine, l’armée du Reich est chassée du Danemark. En dépit des accords de la Convention de Genève, certains soldats sont cependant gardés prisonniers par pure vengeance. Tout juste âgés de 14 à 18 ans, ils ont été désignés pour débarrasser les côtes danoises des mines qui y ont été enterrées par les nazis durant la construction du Mur de l’Atlantique.

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Victimes de la haine et de la germanophobie ambiante, ces jeunes allemands ne savent pas encore qu’ils vont devoir lourdement payer les fautes de leurs ainés…

C’est avec beaucoup de compassion que le réalisateur Martin Zandvliet nous raconte ce sombre épisode de l’Histoire. Se penchant sur le destin d’une poignée d’adolescents, il dévoile au grand jour les crimes perpétués par les Danois au lendemain de la guerre : peu de gens savent, en effet, que plus de deux milles adolescents de la Wehrmacht ont été utilisés à tord pour nettoyer les 1.402.000 mines du littoral occidental. Parmi ces enfants plus de la moitié sont morts ou ont fini mutilés…
Malgré l’horreur du propos, ce long-métrage ne s’enlise nullement dans le pathos ou l’étalage de violence. Il est au contraire d’une humanité lumineuse. Mettant en scène une unité de quatorze gamins, il réussit à nous séduire tout en nous gardant sous tension au gré des explosions de mines. Les acteurs sont excellents bien qu’ils soient presque tous débutants : beaux et vulnérables, ces jeunes démineurs possèdent des visages d’anges qui traduisent parfaitement la candeur et les sentiments infantiles de leurs protagonistes. Aucun de ces gosses ne comprend pourquoi il est là mais une chose est certaine: tous ont peur de mourrir, de perdre un bras et de ne plus revoir leur famille. Solidaires les uns les autres, on les voit surmonter coude à coude leurs humiliations et esquisser naïvement quelques projets d’avenir. Parmi ces jeunes recrues se détachent deux jumeaux plein d’espérances (Emil et Oskar Belton), un arrogant stratège (Louis Hofmann) ainsi qu’une forte tête interprétée par le comédien Joel Basman qui excelle dans les rôles de dément et de névrosé (Paula : Lire l’article ici )

Face à ces souffres-douleurs juvéniles se dresse la figure forte et autoritaire du Sergent Carl Rasmussen. Incarné à la perfection par Roland Moller, ce personnage ambivalent va peu à peu délaisser son despotisme et s’attacher involontairement à sa jeune brigade. A travers les craintes et les souffrances de ces gamins, il va prendre conscience de leur âge et de leur innocence pour cesser enfin de les considérer comme l’hideuse progéniture d’un peuple ennemi. A la fois rude et tendre, l’acteur Roland Moller déploie une sensibilité et une palette d’émotions sublimées par la mise en images du film. L’oeuvre de Martin Zandvliet possède, en effet, une très grande qualité visuelle subtilement accentuée par la musique de Sune Martin qui transforme cet enfer terrestre en une véritable prison à ciel ouvert. Bien qu’elles soient truffées de mines mortelles, ces plages danoises regorgent de poésie : des dunes blanches s’y étendent à l’infini, un immense ciel d’acier les embrasse, quant à la Mer du Nord qui les borde, ses reflets mélancoliques nous font songer aux regards d’azur de ces enfants devenus les victimes de leurs propres pères.

A travers leur sombre parcours, le réalisateur démontrent que la guerre peut avoir des conséquences désastreuses y compris dans le camp des bourreaux : au sein de tout conflit, il faut donc savoir prendre du recul et constater que les meurtriers ne sont pas seulement ceux auxquels on pense. En nous présentant le cheminement de ces enfants allemands qui ont servi de chair à canon, Martin Zandvliet fait bel et bien preuve de courage: il lève le voile sur un épisode tragique et honteux de sa propre nation qui s’avère instructif pour nous tous. Sa relecture de l’Histoire est une main tendue au pardon qui rejette intelligemment la vengeance des vaincus aux oubliettes. Respect.

Les Oubliés? Un plaidoyer contre la haine mené avec beaucoup de tact et d’humanité.
A faire découvrir d’urgence à toutes les classes de 3e qui ont au programme la Seconde Guerre Mondiale: les nouvelles générations doivent pouvoir poser un regard lucide et objectif sur l’absurdité de la guerre.

Les Oubliés
(Under Sandet – Land of mine)
Un film de Martin Zandvliet
Avec Roland Møller, Mikkel Boe Folsgaard, Joel Basman, Leon Seidel, Oskar Bökelmann, Emil et Oskar Belton, Louis Hofmann,
Musique de Sune Martin
Une production germano-danoise – 1h41

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