Bart is back : le Walking Dead félin de Soledad Bravi

par

Par Romain Rougé – Avec Bart is back, Soledad Bravi s’inspire d’un fait divers : un chat qui survit après avoir été enterré ! Dans ce conte satirique, il s’agit de Bart, allégorie à lui seul des relations entre humains et animaux.

Un petit bijou de cynisme et d’humour noir à la portée politique assumée.

Quelle vie de chat ! Le jour où il se fait écrasé alors qu’il se prélasse sur le bitume d’une route de Floride, Bart revit aussitôt. Oui, comme tous les matous, il a neuf vies. Sauf que lui, il devient un zombie, « Zombie cat » précisément. L’occasion est trop bonne : « Bart dit FUCK a son ancienne vie. » Lassé de la domestication, il part à la conquête du monde : il voyage, rêve de devenir chanteur, créé une page Facebook pour organiser « un printemps félin » : « Il veut exprimer tout ce qu’il a sur le coeur, faire des miaous à la terre entière, et aussi au système maître-animaux de compagnie. » Savoureuse métaphore des aspérités humaines. Un « bras de patte » plus loin, les désillusions pleuvent et les neufs vies du minet sont parsemées de galères, toutes plus cocasses et cruelles les unes que les autres.

Bart is back : Soledad Bravi défend les animaux

Dessin simple et acéré, répliques aussi cinglantes que sanglantes, Soledad Bravi s’en donne à coeur joie. Derrière les croquis et les mots, elle propose une réflexion plus profonde des rapports qu’entretiennent les humains avec les animaux, et inversement. Les péripéties du mistigri donne du reflet à notre société, entre la recherche de repères et la préservation des libertés individuelles.

C’est aussi en Asie que se passe la majorité des vies de Bart. Ce n’est pas un hasard. Là-bas, le chat finira découpé, carbonisé, mangé ou encore transformé en simple sucette caramélisée, « Putain ! Ce n’est pas possible, on m’agresse même sexuellement », se plaindra t-il. A son retour, ses congénères, « ces gros lourdauds de chats et leur manque de personnalité », auront stoppé tout élan révolutionnaire d’émancipation. Malgré les épreuves, pour Bart, il n’est toujours pas question de devenir « de la viande » ou « un animal en peluche ». Libre jusqu’au bout des griffes.

L’auteur ne porte aucun jugement. Avec sa verve et ses illustrations rageuses, elle utilise l’exemple de pratiques alimentaires pour mieux mettre en exergue la condition animale au sens large : dans tous les pays et chez toutes les bêtes.

Bart is back
Soledad Bravi
Editions Denoël Graphics
128 pages, 14,90€

Lire aussi dans l’actualité de la Bande dessinée :

L’homme qui ne disait jamais non : une bande dessinée captivante

Monsieur Choc : ce qui se passe derrière le heaume

Cruelle: Une BD atypique et autobiographique

Antoine et la fille trop bien : une chronique fine sur l’adolescence

Histoires de Pebble Island : McNaught sublime notre quotidien

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à