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Yves Cusset : le portrait d’un misérable Narcisse de l’éducation nationale

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ C’est un premier roman bavard, croustillant et fort distrayant. Le titre est évidemment ironique. Le roman mélange le récit de fiction et le parcours méditatif sur le métier d’enseignant si bien qu’il alterne entre la sagesse et la folie.

C’est l’histoire d’un professeur de philosophie affecté à un poste de remplaçant à Montceau-les-Mines, nommé à son corps défendant. Avec une bonne dose d’humour et/ou d’ironie sur son métier, ce misérable Narcisse, se prend pour un Socrate des temps modernes. Le récit qu’il fait de cette expérience dans la cité bourguignonne change de son quotidien de jeune prof parisien muté en province pour l’année scolaire 2001-2002. De mois en mois, on voit un narrateur camper ce parfait anti-héros dont la foi dans le pouvoir libérateur de la philosophie est sans cesse contrecarrée tant par la réalité extérieure que par sa propre misère intérieure. Peu à peu, on l’observe désenchanté, au point de sombrer dans la malédiction aussi bien sur le plan privé que professionnel. Mari infidèle, il craque pour une « programmeuse » théâtrale locale. Le propos global sert de prétexte à dénoncer des faits divers : l’une des élèves se retrouve happée par la malédiction des disparues de l’A6 tandis qu’une autre se mobilise en faveur du débat sur le voile à l’école. Globalement, ce professeur de philosophie pas banal explore la thèse selon laquelle la pensée précède et détermine la parole, selon laquelle l’acte de concevoir est indépendant des langues, selon laquelle une langue est par essence destinée à la communication, qu’elle est un instrument,donc qu’elle est tournée vers le social. La communication, c’est l’autre fonction de la langue, de la parole et du langage qui est l’expression de quelque chose. Avec ses élèves, il soutient que la parole est l’instrument de la pensée, qu’il existe une extériorité réciproque de la pensée et de la parole. Par delà les fiascos personnels qui émaillent le récit – et Dieu sait s’il y en a – il leur apprend à penser, à avoir des idées, à concevoir, à se représenter quelque chose sans que cela ne passe par une verbalisation. Le roman est bien maîtrisé et le style est ondoyant. Ce que procure ce récit n’est pas rien : on y sent la jubilation d’enseigner et on y goûte les vertus forcément philosophiques de l’existence. On attend la suite.

Socrate de Montceau les Mines

– Editions François Bourin – paru le 21 août 2015 – de Yves Cusset

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