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L’Allemagne sous la lumière crue de la fiction

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Par Régis Sully – bscnews.fr / Ce roman historique a pour cadre l’Allemagne de 1923 en proie à une inflation galopante et à son cortège de misère qui l’accompagne. Le lecteur est plongé dans l’effervescence sociale de la Rhur, à Essen plus précisément.

Région névralgique de cette République de Weimar qui est occupée en janvier 1923 par les troupes françaises en représailles contre les autorités allemandes qui rechignent à livrer à la France le charbon dans le cadre des réparations dues aux pays vainqueurs de la première guerre mondiale. Le lecteur grâce à la restitution minutieuse de l’auteur devient témoin de cette haine à l’égard des troupes d’occupation. Haine qui fédère toutes les classes sociales et même les «rouges» et les «bruns» qui vont un instant communier dans l’aversion contre les Français. Ces derniers n’hésitent pas à exercer à leur encontre une répression impitoyable. Après la Rhur, le lecteur est immergé dans une autre région tout aussi stratégique que la première : la Bavière. Foyer d’agitation privilégié des membres du NSDAP avec à sa tête un certain Adolphe (d’où Dolphi) qui y tente un coup d’Etat en novembre 1923. A travers les trois amis Karl, Friedrich et le narrateur le lecteur se familiarise avec le spectre politique de la république de Weimar à l’échelle de l’individu. Le premier est influencé par le marxisme et par conséquent internationaliste à souhait, solidaire de «l’ouvrier d’Amsterdam, de Paris ou d’ailleurs.» Le second finira à Munich au NSDAP subjugué par le nazisme. Quant au narrateur il se sera un observateur lucide du délitement de son pays. Loin de tout engagement politique certains Allemands se contentent de survivre et d’autres de vivre à l’abri du besoin, ainsi la mère du narrateur s’adapte fort bien à cette Allemagne de la pénurie.
Au total, l’atmosphère du pays est très bien restituée et permet de bien comprendre l’époque qui précède l’arrivée au pouvoir d’Hitler, pouvoir conquis par les urnes.
Le mérite de ce roman est d’abord de jeter une lumière crue sur cette Allemagne meurtrie affamée et humiliée d’après guerre où germent, sur ce terreau, des plantes vénéneuses. On mesure, ici, l’apport de la fiction pour rendre accessible l’air du temps de cette période et ses conséquences politiques. Quand le roman vient donner de l’épaisseur à l’Histoire il faut savoir en tirer profit. À lire.

« Chaque godillot français enfonçait dans sa terre natale un aiguillon plus cruel, chaque note de musique salissait son air..

Dolfi
de Jean-Philippe Bouton
Editions Thot
Prix : 19 €
272 pages

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