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Clermont-Ferrand : l’audace du Court au Centre de la France

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Quel plaisir de commencer l’année avec la perspective de festivals culturels enthousiasmants!

Le même week-end, alors que certains s’enivreront de fantastique à Gérardmer, que d’autres se mettront à la bulle à Angoulême et que d’autres encore se mettront au parfum russe à Paris pour le festival Russenko, nous voulions mettre en lumière un festival du Centre de la France, né en 1979 dans un ciné-club étudiant, et devenu aujourd’hui la plus grosse manifestation mondiale consacrée au film court. Du 31 janvier au 8 février 2014, se déroulera ainsi à Clermont-Ferrand le 36e Festival international du Court Métrage . Y seront présentés 164 films qui seront en compétition dans trois catégories : internationale, française et labo. Délégués généraux du festival, Calmin Borel, Jacques Curtil, Christian Guinot et Anne Parent ont répondu à nos questions à propos de cette manifestation qui enregistre plus de 150000 entrées dans les salles et est, en termes de fréquentation, le deuxième festival de cinéma français après Cannes. Les voici sur vos écrans!

Le festival est organisé par L’association Sauve Qui Peut le Court Métrage : Qui dirige cette association? Quelle a été sa genèse?

Jacques Curtil : L’association Sauve Qui peut le Court Métrage est née en août 1981, suite au succès de trois semaines consacrées au court métrage (en 1979-80-81) dans le cadre d’un ciné-club universitaire (le Cercle Cinématographique Universitaire de Clermont-Ferrand). Son but fut (et est toujours) la défense du court métrage comme écriture et genre en soi, en transformant ces semaines en authentique festival. Elle reçut, en premier lieu, l’aide de la Ville de Clermont-Ferrand puis très rapidement d’autres partenaires : Département du Puy-de-Dôme, Région Auvergne, les Ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, des Affaires Etrangères, de l’Education Nationale, du CNC et de la DRAC. Puis progressivement toutes les strates des partenaires publics, de l’Europe à la ville nous ont rejoints.
Le festival actuel s’est construit par étapes : d’abord national jusqu’à son dixième anniversaire, il devient aussi international en 1988, s’additionnant d’une compétition Labo à partir de 2002. Devant l’intérêt grandissant des professionnels pour la manifestation, en 1986 s’est créé le 1er Marché du Film Court, il en est à sa 29ème édition. Cette évolution, mesurée et pragmatique, a permis au festival de devenir depuis une quinzaine d’années le rendez-vous mondial incontournable du court métrage (154 150 entrées et 3 300 professionnels présents en 2013). La passion, le partage et la mise en commun des moyens, des décisions et des idées du début, faisant de l’association Sauve Qui Peut le Court Métrage un collectif d’organisation, ont perduré tout au long de ces années. Partie d’un premier poste à mi-temps en 1982, 17 permanents oeuvrent à la réussite de la manifestation en 2014. Comme toute structure semblable, l’association a son bureau, mais les décisions, la ligne éditoriale sont collectives.

Cette association a obtenu, en 2000, le titre de Pôle d’Education à l’Image, au Cinéma, à l’Audiovisuel et au Multimédia : pourriez-vous nous détailler dans quels domaines et quelles genres d’action elle mène durant l’année?

Jacques Curtil :

Les 17 permanents dont je vous parlais précédemment, tous basés en Auvergne, ont permis de développer de très nombreuses actions tout au long de l’année dans de nombreux domaines concernant le cinéma et l’audiovisuel, l’éducation à l’image, la formation et la diffusion de courts métrages et de créer des pôles forts dans l’association, comme le Centre de Documentation, la Commission du Film Auvergne et le Pôle d’Education à l’Image.

Lors du Festival, vous distinguez trois compétitions : si l’on comprend bien les catégories « internationale » et « française », pourriez-vous nous expliquer quels types de court-métrage rentrent dans la catégorie « labo »?

Calmin Borel :

La création de la compétition Labo, il y a plus de dix ans maintenant, a accompagné la révolution du numérique, sa démocratisation, sa miniaturisation. Le Labo, qui est une compétition internationale, nous permet de montrer les œuvres d’artistes qui se sont emparés de ce médium en s’affranchissant du carcan de la narration, en ayant des références autres que cinématographiques, ces artistes venant bien souvent d’autres disciplines que le cinéma telles que l’architecture, le design, la chorégraphie… Certains de ces films n’étaient montrés que dans des galeries ou des festivals ultra-spécialisés, c’est notre travail de programmateurs de les trouver, les sélectionner, les agencer au mieux pour les présenter à notre public qu’on a la très grande chance d’avoir curieux.

Pouvez-vous nous présenter le jury de la compétition internationale? Le choix du jury est-il affaire de disponibilités des personnalités sollicitées ou répond-il à des exigences particulières chaque année?

Christian Guinot :

Jens Assur, réalisateur suédois de 3 courts métrages, tous sélectionnés à Clermont-Ferrand dont « Le dernier chien du Rwanda », grand prix international en 2007. Il est aussi un photographe reconnu.

Denis Côté, réalisateur, est l’un des auteurs importants du renouveau du cinéma québécois, célébré dans les festivals du monde entier. Il a réalisé de nombreux courts et longs métrages. Ses derniers films : « Curling », « Bestiaire » et « Vic+Flo ont vu un ours ».

Ursula Meier, réalisatrice franco-suisse de «Home » en 2008 et « L’enfant d’en haut » en 2011 ainsi que de « Tous à table », prix du public à Clermont-Ferrand en 2001.

Lucía Puenzo, réalisatrice, scénariste et écrivain argentine. Elle a réalisé notamment « XXY », élu film argentin de l’année en 2007 et « Le médecin de famille » en 2013.

Nous sommes encore à la recherche du 5e membre de ce jury 2014. Il faut dire que cette tâche exige une certaine disponibilité puisque nous demandons aux jurés d’être présents au moins 7 jours afin de voir les 14 programmes internationaux dans la grande salle du Festival en compagnie du public. Nous devons donc souvent renouveler notre invitation plusieurs fois avant de trouver le bon moment, comme c’est le cas cette année avec Ursula Meier et Denis Côté que nous tenions à avoir dans notre jury depuis longtemps. Nous n’avons que deux exigences pour la composition de ce jury, outre le talent de ses membres : varier les nationalités et avoir la plus grande parité femmes/hommes possible.

Comment définiriez-vous de façon générale ce qu’est un court métrage? Est-ce juste une question de durée qui catégorise un film en court ou long métrage?

Jacques Curtil :

La première notion, qui vient à l’esprit à l’écoute du mot court métrage, c’est effectivement la durée. Et d’une façon évidente, à Clermont-Ferrand, pour la compétition nationale, nous acceptons les films jusqu’à 59 minutes (au delà, nous avons affaire à du moyen ou du long métrage) et pour la compétition internationale jusqu’à 40 minutes. Elle permet aussi de différencier un certain nombre de manifestations consacrées au cinéma (le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand, les Rencontres du Moyen Métrage de Brive, …). Il est admis que les festivals de long métrage ou qui mêlent le court et long métrage, ne sont symbolisés que par le nom de la ville qui les accueille (Festival de Cannes, d’Annecy, de Venise,…). Mais au delà de cela, le court métrage est un état d’esprit, une écriture en soi, une façon particulière d’appréhender et de retranscrire en images le réel mais aussi l’imaginaire. C’est un monde en soi où l’humain et la passion ont, la plupart du temps encore, leurs lettres de noblesse, tant au niveau de son économie (sans aucune commune mesure par rapport à celle du long métrage), que de la création pure (la notion d’équipe de tournage a encore souvent un vrai sens).

Quelles qualités sont nécessaires aux réalisateurs de court-métrage , selon vous?

Jacques Curtil :

En dehors de toutes celles qui caractérisent le « chef de projet » qu’est tout réalisateur : gestion de l’humain, de la technique, de la mise en forme de son imaginaire (préparation, tournage, montage) et suivi du film, s’il y a une qualité, technique aussi, c’est de savoir concentrer sans trop schématiser ni trop remplir. Savoir raconter, faire ressentir en peu de temps ,quelque soit le genre de cinéma (le court métrage peut commencer en deçà de la minute), le maximum d’émotions, s’approcher au plus près des personnages sans avoir le temps de s’étendre sur leur passé, leurs tourments, voilà le grand défi d’un réalisateur de court métrage. D’où la difficulté quelquefois pour certains de passer au long métrage et vice versa. Mais, celle que je placerais au-dessus de tout, c’est la capacité à oser, à surprendre, à sortir des sentiers battus des histoires et des scénarios convenus. L’économie du court métrage le permet encore. Le court métrage ne devrait pas être appréhendé comme un galop d’essai ou une carte de visite pour un futur long ou une carrière dans la réalisation, mais comme l’espace de tous les possibles, le lieu de tous les risques créatifs. Un format où l’imaginaire devrait être le roi…

Le court métrage américain est à l’honneur cette année : quelles en sont ses spécificités ? Que pourra-t-on voir, par exemple, durant cette édition?

Calmin Borel : Près de 1000 films nous parviennent chaque année en provenance des Etats-Unis. Derrière ce chiffre énorme il y a un nombre impressionnant d’écoles (comme la Tisch School of the Arts de NYU mise à l’honneur cette année dans la programmation du festival) qui forment des réalisateurs qui vont alimenter la « machine à rêves » hollywoodienne, mais aussi bon nombre d’autres qui vont prendre des chemins de traverse. Cette rétrospective présente une Amérique des années 2000, blessée par le 11 Septembre, par Katrina et la crise financière. Jem Cohen, par exemple, a suivi le mouvement Occupy Wall Street au plus fort de cette crise. La créativité n’est pas pour autant en berne, et bien loin des clichés des blockbusters qui envahissent nos écrans; ces réalisateurs, même si ils parlent d’une Amérique malade, vont aussi vous faire rire et vous surprendre. Beaucoup d’entre eux ont déjà tourné un long métrage, mais tous gardent le court comme un moyen d’ expression privilégié, avec une liberté sans égal.

Sandrine Veysset présentera cette année le « tourbillon de Jeanne » : comment présenteriez-vous ce travail pour inciter nos lecteurs à le voir?
Jacques Curtil : Sandrine Veysset est une réalisatrice rare. Elle a surgi comme un météore avec son premier long Y aura-t-il de la neige à Noël ? et chacun de ses films a, depuis, précisé la grande personnalité de son univers : de Martha… Martha, qui a fait découvrir Valérie Donzelli en 2001 dans Il sera une fois, conte fantastique très à part dans le cinéma français. Une relation privilégiée avec Jeanne Moreau lui a permis de concevoir cette série de courts métrages dont l’actrice est l’âme et le fil rouge. Plus espiègle et charmeuse que jamais, elle est ici au côté d’une pléiade impressionnante d’acteurs : Michael Lonsdale, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Charles Aznavour, Bernadette Lafont (dont c’est hélas le dernier rôle), Guy Bedos…C’est bien, effectivement, d’un tourbillon qu’il s’agit, mais aussi d’un bain de jouvence, tant ces monstres sacrés semblent prendre plaisir à jouer ensemble ces comédies douces amères.

Enfin, un mot sur Le Marché du Film Court…quels sont ses enjeux? ses succès?

Anne Parent : Le Marché du Film Court est au cœur d’un réseau qui s’étend à travers l’Europe et au-delà. Pour les professionnels européens, c’est à Clermont-Ferrand que s’engagent les échanges à partir desquels une année de travail va pouvoir se construire. Développement des projets, accompagnement des talents, circulation des œuvres, tous les acteurs qui œuvrent à l’élaboration et la promotion d’un cinéma de qualité en Europe et à sa diffusion dans le monde se retrouvent pour renforcer et mettre en avant l’incomparable vivier du court métrage. Dans la partie exposants, le Marché a vu croître ces dernières années la participation des pays d’Europe de l’Est, avec la Croatie, la Pologne, la République Tchèque, la Roumanie ou encore la Lituanie, présente pour la première fois avec un stand en 2013. Cette année la Slovénie fait son entrée au Marché du Film Court, via le Slovenian Film Centre. Cet organisme public créé en janvier 2011 est doté de programmes de soutien au développement de projets, à la production, à la post-production et à la distribution ; il est également en charge de la promotion des courts métrages slovènes à l’international. Bienvenue, donc, à la Slovénie.
Bien sûr, côté européen, crise financière oblige, les budgets restent tendus. Néanmoins, plusieurs pays ou régions à faible capacité de production ont réussi à s’organiser, parfois dans des conditions difficiles, pour renouveler leur présence assidue sur un stand. C’est le cas de Flanders Image, de la Grèce, du Portugal, ou de Wallonie-Bruxelles Images. L’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, les pays nordiques (qui partagent un même stand) ou la Suisse seront également bien représentés.Les professionnels présents l’an dernier n’ont pas manqué de remarquer le très attendu retour du stand britannique au Marché, qui « représente une occasion inestimable de promouvoir les cinéastes émergents les plus remarquables » pour reprendre les propos d’alors de Briony Hanson, directrice du British Council Film. Présence pérennisée pour venir trouver débouchés et pistes de collaborations intéressantes pour les jeunes talents britanniques au Marché du Film Court. Screen Australia, l’organisme d’aide et de promotion du cinéma national déjà présent sur quelques marchés internationaux pour le long métrage, a choisi le Marché du Film Court de Clermont-Ferrand pour promouvoir la production australienne de court métrage.
Autre fait nouveau de l’édition 2014, un catalogue de courts métrages de l’océan Indien sera représenté par deux associations respectivement basées sur l’île Maurice et à Madagascar, une région du monde en plein dynamisme. Le Qatar affiche ses ambitions au Marché du Film Court avec un programme de films et un stand. Du côté de l’Iran, saluons Dreamlab, structure de distribution de longs métrages (Une séparation, A propos d’Elly…), qui, depuis quelques années, réunit un catalogue de courts métrages iraniens à l’occasion du Marché du Film Court, de manière à leur assurer une visibilité sur le plan international. Le pôle latino-américain reste fort avec la participation de l’Argentine, du Chili, de la Colombie et du Mexique.
Enfin, le Marché du Film Court de Clermont-Ferrand, c’est aussi et toujours les rencontres, les rendez-vous, la constitution d’un réseau, les projets qui décollent, les ventes, achats ou préachats de films, l’échange d’expérience et de connaissances, la présence d’acheteurs et de décideurs qui viennent repérer des films, des talents pour faire avancer leur carrière. Habitués et nouveaux venus trouveront ainsi à leur disposition la vidéothèque numérique, le secrétariat de rendez-vous du plateau MEDIA, les présentations d’acheteurs et de nouvelles opportunités de financement et de diffusion (crowdfunding, VOD, SVOD), les séances Marché, les stands des pays et organismes précités (dont certains sont équipés de terminaux vidéo pour l’accès aux catalogues de films spécifiques) et un agenda fourni de rencontres professionnelles ciblées (coproduction, écriture, transmedia, talents, passage au long, etc.).
Parmi les succès liés au Marché du Film Court, il faut aussi parler de Euro Connection, forum européen de coproduction de courts métrages, dont ce sera cette année la 6e édition à Clermont.
Euro Connection est devenu un rendez-vous incontournable pour les professionnels européens qui s’intéressent à la coproduction. Les précédentes éditions de ce forum, où une quinzaine de projets de films européens en gestation sont présentés chaque année, ont donné d’excellents résultats : 38 films terminés, dont 17 ont fait l’objet d’une coproduction internationale. Certains de ces films ont été de véritables succès, glanant sélections et récompenses à travers l’Europe et son riche circuit de festivals, indispensables passeurs pour ces œuvres au-delà des frontières. Les chaînes de télévision ont également relayés les talents révélés par ce tremplin en les diffusant régulièrement dans leur case court métrage. En 2013, les festivals Off-Courts Trouville et Paris Courts Devant ont chacun accueilli une séance de films « Euro Connection », assortie d’une rencontre professionnelle autour de la coproduction pour prolonger l’élan impulsé par Clermont-Ferrand autour de ses différents enjeux. 3000 visiteurs accrédités sont attendus par le Marché du Film Court 2014, qui s’affirme, une fois de plus, comme la plus importante plate-forme pour le court métrage et le jeune cinéma à l’échelle internationale.

FESTIVAL DU COURT MÉTRAGE DE CLERMONT FERRAND
DU 31 JANVIER AU 8 FÉVRIER 2014

www.clermont-filmfest.com

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