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Stéphanie des Horts : Bienvenue dans l’Angleterre décadente et loufoque

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Par Emmanuelle de Boysson – bscnews.fr / Grosse et riche, Maisie Kane, américaine de vingt ans, part se marier et apprendre les bonnes manières en Europe. A Londres, elle croise les Radcliffe, aristocrates amoraux dont elle devient le jouet. Bienvenue dans l’Angleterre décadente, loufoque et… so chocking !

Commençons par les questions qui fâchent. Pourquoi choisissez-vous, comme pour « La splendeur des Charteris », de dépeindre le monde très aisé de l’aristocratie anglaise ? Pourquoi n’y a-t-il pas, dans vos romans, de contrepoids avec, par exemple, la vie d’une domestique, de petites gens ? Non, non, la question ne me fâche pas du tout. D’autant que je traite de la vie des petites gens dans mes romans, il y a toujours un majordome ou une soubrette. Maintenant il est vrai que l’histoire ne se passe pas chez le majordome certes, mais chez son maître. Peut-être parce que je m’y sens mieux. Quand on passe un an dans un roman, on aime à y être bien installée, à avoir envie d’y retourner chaque matin. Je ne sais pas si Peabody (le majordome des Radcliffe) ou Bessy Nounou (la nourrice de Maisie) ont un petit intérieur pimpant, mais d’un point de vue très personnel, je me sens très bien logée au Savoy avec toutes les commodités et notamment le débit de l’eau si fort qui se fracasse dans les baignoires en faïence. Essayez, vous m’en direz des nouvelles. Quant à l’aristocratie anglaise, cela me poursuit … j’adore les Anglais leur excentricité et leur dignité en toutes circonstances. Je rêverai d’une soirée à Sandringham. Notamment quand on trouve le matin de « Boxing Day » un cadavre dans les fourrés …

Votre héroïne pourrait avoir des fêlures, se fourvoyer, se perdre… Pourquoi vos personnages sont-ils si parfaits, so chic, dépravés et cruels, certes, mais loin du commun des mortels ? Ne craignez-vous pas que la lectrice lambda ait du mal à s’identifier à eux ?
Dépravés mes personnages ? Je suis désolée mais je ne les vois pas du tout comme cela. Maisie est une grande amoureuse et c’est une chic fille. Regardez chacun la considère comme sa meilleure amie. Cruels, les Radcliffe ? Oh capricieux tout du moins, mais c’est le côté aristocrate, vous savez, cette idée incroyable et saugrenue d’être totalement supérieur aux autres sous prétexte qu’un ancêtre inconnu a pratiqué quelques grandes actions tout à fait inconnues aussi …  Voilà les aristocrates, c’est la grande inconnue … supérieure ! La lectrice s’identifiera totalement à Maisie, sa fragilité, son enthousiasme, son goût pour les beaux garçons et les jolies filles aussi. Je ne suis pas sexiste vous savez. Je trouve qu’il faut savoir partager avec chacun sa sensualité, sa chaleur, son charisme, c’est important. Non, non je ne suis pas d’accord avec vous, il s’agit du roman du partage et du don de soi. Tout à fait dans l’air du temps … les bons sentiments !!

Parlez-nous de Maisie Kane. Qui vous a inspiré ? Est-ce un pur produit de votre imagination ? Qu’aimez-vous en elle ?
Je me suis souvenue de Barbara Hutton, la pauvre petite fille riche qui trouva tant de maris pour les combler de ses riches bienfaits. Si grosse à 16 ans, anorexique et sans dents à 60 … J’adore aussi le Rêve américain !  Quant à Maisie Kane, oui c’est une pauvre petite fille riche. Elle souhaite se marier, elle file en Europe, elle y apprend les bonnes manières, terriblement important les manières, vous savez les Américains ne sont pas aidés pour l’éducation … Avez-vous déjà diné chez les Bush ? Ce n’est pas cela du tout. Quant à Obama, dites-en deux mots à la Reine, quand elle l’a reçu si gentiment et sans froufrou, il a trouvé le moyen de papoter inconséquemment pendant l’hymne national, « God Save our Glorious Queen … » c’était le cas de le dire ! Maisie me bouleverse, elle a tant d’espérance en elle, elle ne voit le mal nul part et cette façon si pure de se laisser aller avec les Radcliffe, oui Maisie Kane est une fille formidable !

Comment vous est venue cette histoire loufoque ? On sent que vous vous amusez, que vous vous moquez de vos personnages, n’est-ce pas ? Est-ce une satire de ce monde ?
Cela a commencé avec Barbara Hutton et ses bijoux. Il fallait qu’elle soit grosse et riche. Cela a continué au Savoy, parce que j’y ai croisé un garçon beau comme un Dieu, complètement défoncé qui est entré dans un taxi et en est ressorti aussitôt sans s’en rende compte. Ensuite, les personnages ont vécu leur vie. L’auteur n’est jamais maître de cela. On voudrait bien nous accuser de tous les vices, mais ce sont les personnages qui forniquent, assassinent et poussent le récit d’une certaine façon, et nous, pauvre petit auteur, on se retrouve à écrire des horreurs, c’est plus fort que nous, ils sont tellement plus forts que nous. Quand Maisie Kane a croisé la route des Radcliffe, le roman était déjà écrit mais je ne l’ai su  que beaucoup plus tard ; c’était une très bonne surprise ! La satire d’un monde … croyez-vous ?

Comment avez-vous conduit l’intrigue ?
Ils s’en sont bien débrouillés tout seuls. Mais je dois dire que lorsque j’ai trouvé l’articulation des saisons j’étais ravie. J’ai besoin d’un squelette pour mes romans, une symétrie, une construction, une charpente. Sans cela je ne peux rien faire. Je ne suis pas de ces auteurs qui avancent à l’aveugle. Certes, je ne sais pas bien où je vais, mais il y a des rails, c’est déjà pas mal. Je lis énormément de polars et de thrillers. La construction est essentielle pour ce genre littéraire.

Allez-vous continuer sur votre lancée ?
Les livres de cuisine, je ne peux pas, j’en suis incapable, je me nourrirai de graines pour les oiseaux si je pouvais. J’ai pensé à des livres pour enfants, d’ailleurs dans mon idée « La Splendeur des Charteris » était un livre pour les enfants, c’est pour cela que je l’ai dédié à mes deux enfants. Mais on m’a fait comprendre que les enfants avaient un peu de mal à comprendre. J’ai voulu essayer la Bande dessinée aussi, mais il paraît que je ne suis pas douée pour le dessin. Ecrire un opéra, c’est d’un commun. Bon, je pense que je vais rester dans mon univers de gens tout à fait bien comme il faut, qui ont des goûts simples, meurtres, fornication en tous genres, exploitation sociale … quoi d’autre ? Bienvenue dans mon monde !

Stéphanie des Horts – Le Diable de Radcliffe Hall – Editions Albin Michel

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