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Le roman court, léger et synthétique de Myriam Thibault

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Par Laurence Biava – bscnews.fr / Après un remarqué « Paris, je t’aime » publié l’an passé, Myriam Thibault revient avec un roman léger, court et synthétique,  intitulé « Orgueil et désir ».

 

Un jeune chroniqueur télé, snob à souhait, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il attend de la voir s’asseoir à la terrasse d’un café pour pouvoir l’approcher un peu plus et l’observer jusqu’à temps qu’elle se dévoile, dans les faits et dans les gestes. Dès qu’elle se lève, il la prend en filature dans le quartier bobo parisien jusqu’à se retrouver avec elle dans une expo très arty du 4ème arrondissement.

A partir d’un carnet en moleskine qui lui a été très indélicatement et très indirectement « cédé » – on ne dira pas le pourquoi du comment – l’homme, cependant, par trop voyeur, parvient à s’immiscer dans l’ existence de cette Daphnée dont on apprend au fil du récit qu’elle est divorcée et qu’elle a une petite Lola, et s’évertue à épingler aussi bien ses goûts que ses désirs. Il s’attarde sur ses dessins et la suit donc partout, depuis tous les lieux publics jusqu’à chez elle : pour obtenir les faveurs d’un regard, accepte de se faire vertement remettre à sa place à la sortie d’une grande surface.
Ce « petit » roman est presque plus subtil qu’on le croit. Il dit tout des chassés-croisés amoureux, de cette façon assez stratégique au fond de se perdre pour mieux se retrouver. Il dit tout de ces relations élastiques basées sur le rapport de force qu’est la séduction entre homme et femmes, entre non-dits et attentes. J’ai beaucoup aimé cette alternance de deux voix humaines, l’une masculine, relayant l’autre, féminine, – et vive et versa – et de cette manière d’engager l’échange sur un détail qu’on croyait avoir laissé en plan auparavant. Ou ce coté, « je remets les compteurs à zéro », voilà quelle est ma perception si personnelle de la situation inconfortable que je suis en train de vivre avec moi, et ma gestion de l’histoire présente qui me fait me laisser aspirer par toi.
On appréciera l’érudition littéraire et musicale certaines de l’auteur même si quelques passages laissent flotter un léger sentiment de fourre-tout. (le fait de relire des chansons entières m’a un peu pesé.) Et l’acuité des deux narrateurs, jeunes gens chics, bien dans leur époque, aurait sans doute été mieux rendue encore si le récit ne se trouvait paralysé ou cerné par endroits par trop de stéréotypes modeux ou poncifs en vogue. . 

Mais l’auteur,  qui n’a que 17 ans, a un véritable talent pour dépeindre les situations, percer le mystère d’imbroglios néanmoins prévisibles, – on sait la chute, mais qu’importe – sentir le malaise des soupirants, enfin,  croquer les scènes attenantes de rue et autres envies malines de se démarquer

« Au coin de la rue, un attroupement de gens s’est formé. C’est la terrasse du bar où nous allons, qui est déjà envahie. Ce fameux bar dont tout le monde parle et où j’ai toujours refusé de mettre les pieds.. Nous entrons par la porte rue Vieille du Temple, il est presqu’impossible de circuler. L’espace entre la baie vitrée et le bar est tellement large qu’à peine deux personnes peuvent y tenir… Mais que nous envions les créateurs, ceux qui ont eu le génie d’utiliser la bêtise humaine pour se faire du fric… Nous envions leur créativité et leur provocation. Nous rêvons à tout un tas d’idées saugrenues….qui nous permettraient de gagner du fric à ne plus savoir qu’en faire. Snobs, nous sommes en train de créer une nouvelle classe sociale. Une nouvelle élite, évidemment..»

Gageons que le second roman, tout aussi frais et léger, se lira d’une traite, dans un Paris branché, mais ce nouvel opus sera dépouillé cette fois d’envolées lyriques un peu tièdes, ou parce que l’auteur aura gagné en maturité, s’affirmera pleinement, sans le confort de ce mimétisme légèrement abscon.

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