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Limonov : la démesure dangereuse d’un héros russe

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Par Stéphanie Hochet – bscnews.fr / Né en 1958, Emmanuel Carrère, auteur de La Classe de neige et D’Autres vies que la mienne est reconnu aujourd’hui comme l’un des écrivains français majeurs. Avec Limonov, il renoue avec sa passion pour la Russie contemporaine.

 

A priori, Limonov est le genre de type qu’on ne peut pas cerner. Avec sa dégaine de rock star (encore actuellement, en dépit de son âge – il est né en 1943), l’écrivain provocateur a multiplié les casquettes : dans un genre de working-class hero soviétique, il a émigré en Amérique dans les années 70, est devenu clochard, avant d’occuper une place d’employé de maison pour milliardaire ; séducteur stendhalien, il a usé de son charme pour séduire des femmes de la haute, il a aussi fait partie de l’intelligentsia française provocatrice avant de jouer au militaire dans l’armée d’hommes aussi peu recommandables que Radovan Karadžić ou d’Arkan, comme il n’a jamais caché son soutien voire son amitié à Le Pen ainsi qu’au populiste russe Jirinovski. Ses livres qui ont connu le succès dans plusieurs pays portent des titres que l’Américain Bukowski n’aurait pas reniés : Journal d’un raté, Le poète russe préfère les grands nègres… Mais Limonov est aujourd’hui plus connu comme fondateur du mouvement politique National-bolchevique qui arbore comme symbole la faucille et le marteau remplaçant le svastika dans le drapeau nazi… On peut le considérer comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement, affirme Emmanuel Carrère. Le projet a certainement donné du fil à retordre à l’auteur de La classe de neige. Il voit dans son sujet la réalisation d’une vie romanesque et dangereuse racontant quelque chose, un homme qui aura pris la mesure de l’histoire en goûtant à tous les risques, un destin original, hors du commun, celui d’un Russe prolétarien qui se voulait grand écrivain ou grand officier, à moins que son aspiration ne l’ait plus entrainé du côté des rock stars, des idoles branchées pour jeunes paumés, des nostalgiques de Staline, des fervents adorateurs des hommes de poigne.

Emmanuel Carrère s’est intéressé aux racines de ce mythe de la contre-culture russe, des années d’enfance où Limonov, alias Edouard Savenko n’était qu’une petite frappe complexée par sa mauvaise vue – qui ne lui permettra pas de faire carrière dans l’armée – à ses moments de célébrité, puis aux années qu’il a passées en prison, en tant que prisonnier politique. Fasciné par celui dont il a constaté l’arrogance mais également la loyauté, l’écrivain français découvre une personnalité dépourvu[e] d’indulgence, mais attenti[ve], curieu[se] et même secourable que le lecteur haïra et aimera tour à tour. Une occasion pour l’auteur d’observer son propre vécu, de revenir sur les prises de risque qu’offre une vie telle que la sienne et de réfléchir sur l’histoire de la Russie, aussi démesurée et déroutante que le destin de Limonov.

Limonov d’Emmanuel Carrère.
Roman. POL.
Août 2011.
489 pages

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