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Dans la peau d’un autre : un thriller sorti de My Major Company Books

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Par Abettik – En partenariat avec les-agents-litteraires.fr / Cela commence mi-juin, la descente à vélo le long du canal jusqu’à la gare, chapeau vissé sur la tête, les soirées à rallonge. A l’école, on aurait arrêté les choses sérieuses et ennuyeuses, les récrés à rallonge. Au bureau, une certaine nonchalance, malgré tout. Pique-nique en famille, apéro enterrasse. Alors, quand le facteur arrive et livre un roman à la couverture noire, on se dit que c’est l’été et que l’été, c’est polar. 2010 avec Lisbethet alors quoi cette année ? Allez, je lis les premières pages, pour voir, et je lirai la suite ce week-end, pendant la sieste. Quatre heures plus tard (bon,ok, tout de même étalées sur 2 jours), je tourne la dernière page. Oui, c’est définitivement l’été.

Le bon livre au bon moment donc, et le bon public aussi. Un polar, avec des morts ou presque, science-fictionnesque avec transfert d’âmes,plutôt hard-science sous-genre neurobiologique. Je suis la bonne cible. La chasse aux publis, les guerres d’égo, l’ambiance des labos : non vraiment, jesuis cœur de cible.

On suit donc les déboires de Maxence Lance, jeune étudiant en sciences du cerveau promis à un brillant avenir, ou au moins aux affres dela thèse, qui se retrouve du jour au lendemain enfermé dans le corps du presque quarantenaire Philippe Mahieu, lui-même chercheur établi dans le domaine desneurosciences. Comment ? Pourquoi ? Où (trois fois) ? Mais dans quel état j’erre ? Comment s’est-il retrouvé là ? Où est l’esprit de Mahieu ? Où est sonpropre corps ? Où sont passées les dix dernières années dont il ne garde aucun souvenir ? Voilà pour la partie mystère, voilà ce qui m’a fait continuer : lemystère est à tiroir et les fils soigneusement enchevêtrées, les rebondissements justement répartis.

La situation est rocambolesque, tout le reste éminemment cohérent (ou presque). Les réactions de Maxence lorsqu’il se découvre enfermé dans un corps qui n’est pas le sien, le pacte à la Faust qui lui fait accepter sa condition. Le héros-qui-n’en-est-pas-un (ou presque) suit des faussespistes, revient en arrière, se trompe sur les intentions de ceux qui l’entourent. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la résolution du mystèren’est pas une ligne droite ponctuée par des coïncidences arrangeantes : pas de facilité, il n’arrive pas ce qu’on croit qu’il va arriver. Pas de manichéismenon plus dans ce roman : Maxence est poussé par l’ambition, les méchants ne le sont (presque) pas tout à fait, les gentils pas tous animés des plus purs sentiments. Et surtout (merci, ça fait du bien), les personnages féminins ne sont pas relégués au rôle de la petite amie bien gentille et compréhensive maisun peu co-conne tout de même. Si le rôle principal est masculin, le rôle des trois femmes qui gravitent (malgré tout) autour de Maxence ont un vrai relief,un poids important sur le déroulement de l’intrigue.

> Passons aux « presque ».

Presque « éminemment cohérent ». Ce roman est avant tout un thriller, avec son lot de course-poursuites et de rebondissements plus ou moinsplausibles (et globalement plutôt plus que moins). Mais bon, cela fait partie des codes du genre, on les accepte car c’est finalement ce qu’on en attend. Leprésupposé de la similitude de l’identité avec un ensemble de données que l’on pourrait « télécharger » d’un corps à l’autre, s’il est parfaitement acceptablecomme ressort à l’intrigue, me paraît justement un peu trop collé à une vision « informatique » du fonctionnement de l’humain, avec une séparation nette entrele matériel et le logiciel. Cette approche cartésienne de la séparation du corps et de l’esprit ne permet pas d’explorer ce que pourrait être lesinteractions de l’identité et du corps. On pourrait imaginer une influence du corps de Mahieu sur la personnalité de Maxence… mais l’auteur avait déjàsuffisamment de grain à moudre ! Un mot encore, un chipotage sur la capacité de Maxence à passer d’unmonde pré-euro, pré-11 Septembre, proto-internet (peut-être), pré-facebook (à coup sûr) et à se réveiller dix ans après comme un poisson dans l’eau. Làencore, ce n’est pas le sujet de livre et puis, finalement, on pourrait effectivement se poser la question de la capacité d’un(e) quidam à retrouver ses repères dans notre monde, quand bien même viendrait-il tout droit des années 60 : le temps aurait-il cessé de s’écouler ?

Presque « un héros-qui-n’en-est-pas-un ». Ce qui est vrai la plupart du temps : Maxence subit, et, s’il est tout de même animé par l’enviede découvrir le pourquoi et le comment de ce qui lui arrive, il n’est pas infaillible. Sauf. Sauf ce pouvoir un peu étrange, sa capacité à l’hypnose quasi-instantanée. L’hypnose occupe une place importante dans cette histoire, et, sans en dévoiler d’avantage, disons qu’elle est abordée plutôt rationnellement. Reste les quelques situations dans lesquelles l’intrigue avance grâce à ce pouvoir de super-héros. Cela reste toutefois anecdotique et ajoute une dimension héroïque à ce Maxence, un homme bien normal par ailleurs.

Presque « pas tout fait méchants ». Ouais, bon, le vrai méchant est quand même vraiment méchant (mais je ne dirai pas qui), animés deviles intentions (non, ce n’est pas le majordome). Mais les autres sont plus nuancés, plus changeants aussi : ils ne restent pas accrochés à leurs certitudes.

Les véritables réserves que je pourrai avoir, je les attribuerais plutôt à l’édition en elle-même : le titre sent un peu trop le Jason Bourne, la couverture est sans doute énigmatique…. mais sans rapport avec le contenu (mais je suis sans doute resté insensible à la symbolique de laporte entrouverte et à celle de l’escalier…), je ne parierais pas sur la capacité de la colle à résister à une lecture prolongée sur la plage et finalement pour finir, le prix: 19.90 euros.

Pour finir sur un note positive, j’ai particulièrement apprécié la qualité du rendu de l’atmosphère qui peut régner dans unlaboratoire de recherche. On y retrouve le poids excessif des publications, le seul critère d’évaluation retenu pour juger de l’efficacité d’une équipe… et donc des financements publics pour les prochaines années, la guerre des égos pour savoir qui fera mieux et plus vite que le/la collègue/concurrent situé(e)deux portes plus loin, le parcours du combattant du post-post-post-doctorant cherchant à tout prix un poste pérenne. Tout cela, Xavier Müller le doit sans doute à son passé de « Docteur ès sciences » et son présent de journaliste scientifique, comme l’indique sa courte bio en quatrième de couv.

Conclusion et recommandations (comme dans tout bon article scientifique) :

Alors, pour revenir au roman, disons que Xavier Müller s’appuie sur un sujet brûlant de la neurobiologie, l’introduit en collant auxconnaissances actuelles et extrapole ensuite sur le potentiel encore inexploré des neurones miroir. C’est là le propre de la science-fiction, sous-genre hardscience, celle qui innove et qui surprend.

Dans la peau d’un autre de Xavier Müller, c’est bon, lisez-le, même si vous n’y connaissez rien en neurobiologie et IRM fonctionnelle, même si vous n’êtes pas initiés aux secrets d’alcôve de la recherche, lisez-le parce que c’est un bon thriller, parce que c’est l’été et ses soirées à rallonge. A l’école, on aurait arrêté les choses sérieuses et ennuyeuses, les récrés à rallonge. Au bureau, une certaine nonchalance, malgré tout. Pique-nique en famille, apéro en terrasse…

Dans la peau d’un autre, Xavier Müller, My Major Company Books et XO Editions, 426 pages, 19.90 €.

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