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Frédéric Beigbeder règle ses comptes avec l’amour

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr / « On nous dit souvent qu’au bout d’un certain temps, la passion devient “autre chose”, de plus solide et plus beau. Que cette “autre chose”, c’est l’Amour avec un grand “A”, un sentiment certes moins excitant, mais aussi moins immature. J’aimerais être bien clair : cette “autre chose” m’emmerde, et si c’est cela l’Amour, alors je laisse l’Amour aux paresseux, aux découragés, aux gens “mûrs” qui se sont engoncés dans leur confort sentimental. Moi, mon amour il a un petit “a » mais de grandes envolées ; il ne dure pas très longtemps, mais au moins, quand il est là on le sent passer. »

Coeurs sensibles s’abstenir ! Si vous cherchez de l’espoir et des histoires d’amour à l’eau de rose, ce n’est pas ici que vous les trouverez ! « L’amour est un combat perdu d’avance. » C’est par ces quelques mots que débute ce roman au titre tout aussi pessimiste. Le ton est donné ! Frédéric Beigbeder règle ici ses comptes avec l’amour, et autant dire qu’il n’y va pas de main morte ! Le personnage principal, c’est lui, il nous l’avoue au bout de quelques pages, et il n’est pas vraiment au mieux de sa forme. « Je crois que je suis la personne la plus triste que j’aie jamais rencontrée. »
Sa femme l’a quittée, l’amour s’est transformé en solitude, le mariage en divorce. En pleine désillusion, il nous énonce alors sa théorie : « Un moustique dure une journée, une rose trois jours. Un chat dure treize ans, l’amour trois. C’est comme ça. Il y a d’abord une année de passion, puis une année de tendresse et enfin une année d’ennui. » Il n’hésite d’ailleurs pas à s’appuyer sur quelques statistiques pas franchement rassurantes que je vous laisse le plaisir de découvrir au fil de la lecture !
Et comme si cela ne suffisait pas, il nous propose d’écouter en boucle la petite sélection musicale élaborée par ses soins – pour nous aider à remonter la pente dit-il, mais dont, en réalité une simple écoute vous ferait dévaler la pente à une vitesse que vous ne pensiez même pas pouvoir atteindre ! Il y a de l’ironie dans l’air…
Alors, évidemment, lorsque notre auteur/héros entame une nouvelle histoire d’amour, à l’approche des trois ans le compte à rebours est lancé ! Et, l’air de rien, il parvient ainsi à ménager un certain suspense !
Le style de Frédéric Beigbeder plaît ou ne plaît pas, c’est sans demi-mesure. Simple, fluide, brut, sans fioriture, provocant, et diablement efficace ! Ainsi, malgré quelques envolées pas franchement très fines voir carrément trash, et un narcissisme dont il est difficile de faire abstraction, j’ai littéralement dévoré ce livre d’une seule traite ! Il m’en a coûté quelques heures de sommeil et une légère collision frontale heureusement sans conséquence (et oui, lire en marchant présente un certain danger, surtout sur les trottoirs parisiens !) Mais que voulez-vous, je soupçonne ce livre d’avoir un puissant pouvoir addictif !
Pour être tout à fait honnête, il y a quand même quelque chose de très dérangeant dans ce roman – qui ressemble d’ailleurs plus à un essai contemporain. Derrière l’ironie et le sarcasme dont abuse l’auteur, et malgré les quelques mots d’espoir qui s’invitent tardivement pour tenter de nous faire croire que, Ouf ! Rien de ce que nous avons lu d’affreux sur l’amour tout au long de ce livre n’est à croire !, on se dit que, quand même, il sonne beaucoup trop vrai ce roman… Et, une fois passée la première moitié, on sent bien que rien de ce que l’auteur pourra dire par la suite ne nous rassurera ! Certaines réflexions nous poursuivent, on s’interroge, et j’avoue avoir eu envie, pendant quelques minutes (… heures ?!), de renoncer définitivement à l’amour !! En résumé, et bien que je l’ai trouvé excellent, mieux vaut peut-être fuir ce livre si vous êtes en pleine déception amoureuse ! En revanche, si vous vous sentez d’attaque ou que vous êtes d’un optimisme inébranlable, ne vous privez pas de cet agréable moment de lecture !
Allez, une petite phrase positive pour finir, parce qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on lit, l’amour ce n’est pas QUE ce qu’en dit Frédéric Beigbeder dans les 190 premières pages… C’est aussi ce qu’il en dit dans les trois dernières !
« Pour que l’amour dure toujours, il suffit de vivre hors du temps. » Ouf !

L’amour dure trois ans
Frédéric Beigbeder
Éditions Folio

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