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Sefi Atta : le syndrome du Sofitel

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Le Nigeria des années 80. Rose et Tolani ont quitté leur village pour les mirages de Lagos. « La ville était faite de ciment et de goudron, ceux qui plantaient leurs racines ici ne voyaient rien pousser ». Employées de banque, elles peinent à se frayer un chemin dans la jungle d’une capitale reflétant un pays autoritariste et corrompu, vivant au rythme d’inégalités et d’antagonismes tribaux. Somme toute, une Belgique équatoriale.

Tolani raconte leur quotidien avec fraîcheur et naïveté. Rose est plutôt volage et insouciante ; hospitalier, son lit voit défiler quantité de petits frimeurs, parfois peu recommandables. Tolani est moins insouciante et plus romantique.
Le jour où Rose est renvoyée pour insubordination, Tolani est appelée à lui succéder au secrétariat d’un petit chef plus tâteur que tâtillon. Cela n’arrive pas qu’aux femmes de chambre. Elle se soustrait laborieusement aux frottements minables de l’individu ; son quotidien professionnel devient difficilement supportable. Si au moins sa vie sentimentale lui apportait du réconfort. Hélas son amoureux se dérobe chaque fois que Tolani évoque le mariage sous prétexte que « avant quarante ans c’est pour les hommes riches ». Pire : il parvient à lui soutirer toutes ses économies afin de monter une affaire en or … On croit pouvoir imaginer la suite, mais ce serait aller un peu vite en besogne.
Rose est dans la mouise ; Tolani ne supportera plus longtemps l’attitude de son supérieur hiérarchique. Rose est pressentie pour convoyer de la drogue. La combine est simple : il suffit d’avaler des préservatifs emplis de cocaïne. C’est horriblement bien payé. Elle veut à toute force y entraîner son amie. « Les ministres volent, continuait-elle, les gouverneurs d’Etat volent, les entrepreneurs volent, le président vole. Et toi, tu trimes, tu trimes. Tu peux même pas te payer un peu de viande pour le déjeuner. Tu te fais insulter par ton directeur ». Vu comme cela, l’avenir demande réflexion.
Cette chronique sociale férocement indulgente vaut aussi par son style simple, direct, quasi dépouillé. Grâce en soit rendue à Charlotte Wallez, la traductrice, remarquable passeuse de ces miroitements élémentaires.
« Avale », Sefi Atta, Actes Sud, 283 pages, 21,80 euros

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