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Blackbook et les coulisses obscures de l’édition

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Par Harold Cobert- bscnews.fr/ Voici un OLNI : un Objet Littéraire Non Identifié, et pourtant parfaitement identifiable. Non identifié par son ton et son sujet, et justement identifiable par son ton et son sujet, qui tranchent avec la sinistrose ambiante et éclairent le thème d’un genre nouveau.
De quoi s’agit-il exactement ? Etienne Darc est un quadra d’aujourd’hui. Un brin machiste, brimant son romantisme, balloté de femme de femme, légèrement paumé dans son identité masculine ; bref, un homme moderne. Appartenant au type de mâles qui inspirent plus aux femmes un géniteur potentiel qu’un amant occasionnel, il a néanmoins réussi à slalomer dans l’existence sans avoir encore de môme inscrit au compteur. Ecrivain en mal de reconnaissance, il reçoit un mail d’une petite maison d’édition prête à publier son roman. Hélas, l’éditrice en question est un rien foldingue, et surtout d’une envergure trop modeste pour assurer au roman de notre héros une diffusion digne de ce nom. Pour survivre, Etienne Darc se retrouve obligé de vendre son savoir-faire et son talent à ceux qui signent des livres sans les écrire dans des maisons d’édition ayant pignon sur rue : nègre. Attention, pas d’une star sortant tout juste d’une émission de télé-réalité à la mode, mais d’une femme ayant connu une vague gloriole dans les années 70 suite à un 45 tours orchestré par Barclay. Le voilà donc parti pour une semaine en Haute-Savoie, dans une station de ski perchée au sommet des Alpes, afin de réaliser les entretiens audio préalables à la rédaction de cette « autobiographie ». A partir de là, tout dérape.
Entre Raymond Devos, Buster Keaton, Peter Sellers et Pierre Richard, Blackbook est une habile et hilarante succession de catastrophes allant crescendo ainsi qu’une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres. L’écriture, à la fois tenue et classique, est d’une ironie gourmande, comme un sourire de style à chaque fin de phrase, de paragraphe ou de chapitre. Stéphane Nolhart réussit magistralement à être grave tout en étant léger, profond tout en restant apparemment à la surface des choses, sérieux et fin sous un humour aux accents grivois. Car, derrière la gaudriole, une multitude de thèmes est abordée au fil des pages, comme ça, sans l’air d’y toucher : la condition de l’écrivain aujourd’hui, les rapports contemporains homme-femme, la petite édition alternative florissant beaucoup sur le web, la société du tout à l’égo, l’écriture. Ce qui ressort, une fois le livre refermé, au-delà de plus d’un fou-rire irrépressible, c’est une grande tendresse. Et une véritable déclaration d’amour aux femmes et à la littérature.
Malgré son titre, Blackbook est un livre lumineux. Un roman qui, plaçant le projecteur sur les coulisses obscures et parfois peu avouables de l’édition, mérite la pleine lumière.
Titre: Blacbook Auteur: Stéphane Nolhart
Editions: Laura Mare Prix: 14€.

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