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Gauguin : une bd audacieusement critique

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Par Julie CadilhacBscnews.fr/ Li-An s’est amusé à broder autour des éléments biographiques connus de la vie de Gauguin un récit d’aventure qui ne manque ni de couleurs ni d’intérêt. Ne faîtes pas l’impasse sur la préface de Jean-François Staszak qui nous présente avec autant de simplicité que d’humour la démarche de Li-An:  » La salutaire BD de Li-An relate l’entreprise de Gauguin, mais ne la reproduit pas. Il rend certes un hommage fidèle à la beauté de l’oeuvre et à l’originalité du projet, mais n’en cache ni les impasses ni les abus. On peut être à la fois fasciné par Gauguin et son oeuvre, critique face à son projet, profondément colonial, et gêné par l’héritage ambigu qu’il nous a laissé. » Cette explication nous rappelle en premier lieu que cet artiste, pourtant déçu de n’avoir pas trouvé en Polynésie le paradis primitif auquel il aspirait pour peindre et vivre, a toujours préféré entretenir le mythe dans ses toiles et ses propos. Elle nous instruit aussi sur la face cachée de l’Histoire: celle d’un artiste peu apprécié aujourd’hui des Tahitiens qui ont gardé en mémoire l’image d’un homme peu fréquentable qui a contribué à donner de leur civilisation des représentations aussi magnifiques que stéréotypées au lieu de montrer une colonie qui ,en 1890, avait vu sa population divisée par 10 et souffert une période de grande violence. Le scénario de Li-An séduit d’abord par une entrée en matière qui nous plonge dans l’univers intellectuel parisien de la fin du XIXème siècle. On découvre le cercle d’artistes proches du peintre venus fêter son départ pour Tahiti, Mallarmé y déclame des vers, Degas ironise sur l’intérêt du voyage de Gauguin. Puis, quelques vignettes plus tard, on pose un pied curieux dans cette colonie française et on découvre avec autant d’appréhension que d’excitation cette île où le peintre, rapidement lassé de la vie des colons, s’enfonce dans des lieux plus reculés et sauvages et part en quête de tikis en pierre. On suit son cheminement d’archéologue improvisé qui l’amène à rencontrer la courageuse Teha’Amana et à devoir s’improviser héros pour échapper à des trafiquants d’armes. Une bande dessinée sélectionnée pour le festival international de la BD d’Angoulême 2011 qui devrait charmer aussi bien les amateurs du genre que ceux qui apprécient le travail du peintre. Titre: Gauguin, deux voyages à Tahiti Scénario et dessin: Li-An Couleurs: Laurence Croix Editions: Vents d’Ouest Prix: 15 euros

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