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Les bloggeurs littéraires

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Ils sont les magnats du blog. Ils aiment les livres, ils en écrivent ou pas, ils sont connus ou pas. Mais ils ont un lectorat si grand que les auteurs de Best Seller en sont parfois jaloux. On dit même d’eux que les agences de publicités et attachées de presse leur font les yeux doux en espérant s’attacher leurs faveurs pour la réussite d’un titre. La rédaction du BSC NEWS MAGAZINE est partie à la rencontre de ces blogueurs les plus lus du net francophone afin d’en savoir un peu plus et peut-être confirmer ou infirmer leur réputation et leur aura.

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DAVID FOENKINOS

Le Blog de David Foenkinos
http://www.livreshebdo.fr/weblog/webLogText.aspx?id=18

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
Au départ, je n’avais aucune idée de faire un blog. Livres Hebdo m’a demandé de tenir une chronique pendant un mois dans leur magazine papier. Une fois la collaboration finie, la rédactrice en chef m’a demandé si je voulais continuer sur leur site Internet.

A sa création, aviez-vous l’ambition de vous adjuger un lectorat ou souhaitiez-vous simplement mettre en ligne vos impressions ?
Je ne réfléchis pas forcément à l’ambition de ce que je fais. Je crois que ça m’amusait d’écrire un petit billet d’humeur de temps en temps. Mais c’est vrai que ça pouvait permettre à certains de me découvrir, et peut-être donc de me lire.

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?

J’aime bien l’interactivité, mais ça maintenant on l’a avec Facebook, je trouve. J’aime bien l’idée de l’immédiateté. J’ai une idée, j’écris un petit texte, et hop ça peut être mis en ligne. Ca correspond au rapport au temps que nous entretenons aujourd’hui.

A votre avis, votre blog est lu grâce à votre notoriété d’auteur ou parce que les gens se passionnent pour vos chroniques du quotidien ?
Ni l’un ni l’autre je pense. Ils vont sur le site de livres hebdo, et en se promenant, ils tombent sur nos chroniques. Après, il y a des fidèles, c’est sûr. Difficile de quantifier ceux qui viennent parce qu’ils aiment mes romans. D’autres personnes me disent aussi que c’est léger, et que je devrais éviter d’écrire ce genre de chroniques !

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Je ne dirais pas narcissique, car j’ai publié 7 romans, bientôt 8, et je ne parle jamais de moi. Peut-être que dans le blog, je peux parler de choses plus personnelles, et c’est assez agréable. Mais il me semble que c’est davantage un terrain d’échange qu’une excitation personnelle.

On peut dire que votre blog connaît une audience importante ? Quand a t-il « buzzé » d’après vous et pourquoi ?
Audience importante, ça je ne le sais pas. Il faut demander à Livres hebdo !… Et puis pour avoir une forte audience, il faut l’entretenir ! Et moi j’ai tendance à le délaisser. Je crois que ça fait deux mois que je n’ai rien écrit. Au lieu de vous répondre, je devrais aller faire un blog !… Enfin, quand j’étais régulier, tous les lundis au début, là les gens pouvaient se repérer et ça créait plus de dynamisme. Le jour où j’ai demandé qu’on m’aide pour trouver un titre de roman, là oui c’était actif !.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?
Je crois qu’il faut écrire, si on a quelque chose a dire, et c’est tout ! Pas pour faire de la stratégie. En ce moment, je n’ai rien à dire par exemple, alors je me fais discret.

Que peut-on trouver sur votre blog, David ?
On peut trouver des fautes d’orthographes. Des phrases qui sont moins peaufinées que dans mes romans ! On peut trouver une écriture au saut du lit.

ERIC POINDRON

Le Blog d’Eric Poindron
http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
J’ai animé durant plusieurs années une émission littéraire sur France 3 et quand France Télévision a proposé d’ouvrir des blogs pour ses animateur, j’ai tout de suite pensé que ça pouvait être une suite à l’émission. Le blog permettait d’aller un peu loin : développer les thèmes abordés, donner des références bibliographiques, et pourquoi pas créer des liens plus personnels avec les auditeurs. Très rapidement, je me suis aperçu, en province en tout cas, que l’émission se prolongeait, grâce aux blogs. Peu à peu les lecteurs m’ont demandé de leur proposer d’autres titres de livres, des avis personnels ou des informations sur le monde de l’édition. Comme je suis à la fois éditeur (les Editions du Coq à l’Ane, à Reims, en Champagne. N.DL.R.), écrivain et critique littéraire, je me suis dit que le blog pouvait être le liant entre toutes ces aventures. Ainsi est né le cabinet de curiosités, endroit insolite et iconoclaste où je raconte tout ce qui me passe par la tête : portraits d’auteurs oubliés ou fous littéraire, histoires de gastronomie ou du jeu d’échecs, fictions et sujets farfelus.

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?

Incontestablement de pouvoir écrire absolument tout et le proposer dans aux lecteurs dans un tant record. J’aime cette idée d’être à la fois rédacteur en chef, journaliste, poète, directeur artistique et iconographe. Le blog c’est une petite entreprise, animée par un homme orchestre, qui ne ne rapporte rien, mais qui rapporte tellement dans le même temps. Beaucoup de mes lecteurs sont devenus de véritables amis, même si nous ne nous sommes jamais rencontrés. C’est pour moi une véritable aventure humaine et joli tour de magie.

Avez-vous une ligne éditoriale fixe ou publiez-vous selon l’envie et l’actualité ?

J’essaie d’appliquer le mot d’ordre de Diogène le cynique qui écrivait : « Je m’efforce de faire le contraire de ce que vous faites dans l’existence » sans oublier Sir James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan qui fait dire à son jeune héros : « Je veux rester un enfant, je veux m’amuser ». Voilà ma seule ligne éditoriale, proposer et m’amuser, rire et faire le bien. La ligne éditoriale, c’est « ardente patience » une lectrice – amie – et poète, qui l’a trouvé pour moi n empruntant un vers de Max Jacob : « Pour les enfants et les raffinés ». Je n’ai aucune espèce d’autre ambition.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Voilà le type de question « psychologique » qui peut faire « tomber ma moyenne »… Ni l’un ni l’autre, je crois, mais avec une petite explication. Point de catharsis ici, pour ça, il y a mes écritures personnelles et mes carnets secrets. Narcissique n’est pas non plus le mot exact, satisfaction serait plus juste. Quand les lecteurs m’écrivent de jolis mots afin de me témoigner de l’affection, ou pour me féliciter, j’y suis évidemment sensible. C’est tout de même assez extraordinaire de rendre les autres un peu plus heureux. Toutefois mon blog est aussi une excellente façon de rester en contact avec le monde. Je vis dans un village de Champagne, avec pour seul voisin des vignes, des forêts et des renards. Je me rends une fois par semaine à Reims et une fois par trimestre – encore que ! – à Paris pour acheter des livres, voir des camardes. Le reste du temps, je suis isolé du monde et le blog peut me servir de porte-voix et de cour de récréation. Je continue à rester fasciné quand j’entretiens une correspondance avec un lecteur vivant en Chine, au Liban, où même à côté de chez moi.

On peut dire que votre blog connaît une audience importante ? Quand a t-il « buzzé » d’après vous et pourquoi ?
J’ignore si il a « buzzé » comme vous dites, et quand, mais je m’aperçois que je reçois de plus en plus de messages, que mes lecteurs suivent mes conseils de lectures et que lorsque je fait un coup de coeur à un autre blog, ce qui m’arrive souvent, je reçois toujours un mot gentil de son animateur qui m’explique que ses visites ont explosé.. Alors en toute modestie, je commence à croire que je suis un peu prescripteur.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?

Absolument sans aucun doute. On écrit pour être lui, enfin je crois, pas pour « gagner de l’argent ». J’anime des ateliers d’écriture pour le grand public et pour l’Université de Champagne Ardenne et j’encourage toujours les participants et les étudiants qui ont une véritable relation avec l’écriture et avec la littérature à faire lire leurs textes. Qu’ils soient lus par des éditeurs, c’est tout autre chose. Faire plaisir à des lecteurs me semblent beaucoup plus essentiels. On peut écrire comme on court ou l’on cuisine, sans pour autant vouloir faire un bon chronomètre ou ouvrir une table étoilé. Ecrire est une histoire de foi, mais de mauvaise foi, sans rapport je crois avec ce qu’on nomme, sans bien le définir du reste, le milieu littéraire.

Vous êtes vous déjà auto censuré sur votre propre blog ?
Non, je ne crois pas. J’hésite seulement quelquefois à présenter quelques documents curiosa – à caractère légèrement érotique – afin de ne froisser personne. Je ne fais pas de politique, je ne dis jamais de mal et n’essaie de rapporter que des informations ou des sujets liés au plaisir, à tout les plaisirs.

Nos confrères du monde ont dernièrement écrit que certaines agences de presse invitaient des blogueurs influents à assister à des voyages de presse. Ce qui expliquerait que les blogs sont sous surveillance… Pensez-vous que le blog est un canal d’information viable et influent…
Ni plus ni moins que d’autres médias. et puis, rappelons-le, la critique littéraire n’est pas une science exacte. Alors viable, certainement pas puisque tout est anthologie, choix et parti-pris. Le blog n’a jamais eu vocation d’être L’Encyclopédie Universalis, pour moi, ces sont les chemins de traverses de la connaissance.
Quant au voyage de presse je veux déclarer que je suis un blogger – très – influent !. Et j’en profite pour pour annoncer aux agences de presse les voyages qui m’intéressent…
Moscou, l’île de Malte, la nouvelle Angleterre et Cape cod, l’Islande et le Nordeste, les palaces indiens, l’Orient express, les transatlantiques de luxe et je crois que j’en oublie. Le reste de la liste sera déposé sur mon blog…

ANNA SAM

Le Blog d’Anna Sam
http://caissierenofutur.over-blog.com/

Votre parcours nous pousse à deux hypothèses : Atypique pour un auteur en librairie ou terriblement banal pour un blogueur qui sait utiliser son blog pour être lu ?
Etre publié suite à un blog est encore émergeant mais surprend beaucoup moins qu’il y a 4 ou 5 ans.
Parmi les milliers de livres qui sortent dans l’année en librairie, c’est une démarche qui reste tout de même atypique et loin du standard : manuscrit envoyé par la poste aux maisons d’édition.
Banal pour un blogueur qui sait utiliser son blog pour être lu, là, je ne crois pas vraiment. Disons que déjà il faut un sujet qui va intéresser des lecteurs et peut-être (l’incertitude est encore plus grande) une maison d’édition. Ceci dit, je n’ai pas créé ce blog dans l’optique certaine d’être publiée par la suite…

D’où vous est venue l’idée de créer un blog littéraire ?

Avant de faire un blog littéraire, je voulais écrire sur le métier de caissière que j’exerçais et permettre aux lecteurs de changer de point de vue sur un métier qu’ils croient connaître mais dont ils ne voient en réalité qu’une toute petite partie. J’aime écrire aussi, ça va de pair, je pense…

A sa création, aviez-vous l’ambition de vous adjuger un lectorat ou souhaitiez-vous simplement mettre en ligne des impressions ?
Je n’avais pas d’ambitions particulières de ce côté là, disons que j’espérais changer le regard de quelques personnes, je trouvais que c’était déjà un gros défi !

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?
Un peu tout ça certainement et aussi la liberté que j’ai par rapport aux textes que je mets en ligne, la possibilité de parler ou non d’un sujet de développer une idée mais aussi d’apprendre au contact des autres. Car ce qu’il y a de très différent entre un blog et un livre c’est que le retour du lectorat est quasi immédiat et la culture du net fait aussi le : « j’aime pas, je ferme la fenêtre du site et je passe à un autre… »

A votre avis, Anna, que n’auriez vous pas atteint sans votre blog ?

Impossible de répondre à cette question… peut-être tout ce que je vis aujourd’hui mais peut-être aurais-je réussi à atteindre ces objectifs différemment ?

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Tout dépend de la ligne éditoriale qu’on se fixe au départ, tout dépend aussi si on se fixe une ligne éditoriale…
Je ne pense pas être nombriliste mais plutôt altruiste… Par contre, l’écriture est tout de même un bon moyen de mettre des mots sur des maux.

On peut dire que votre blog connaît une audience importante ? Quand a t-il « buzzé » d’après vous et pourquoi ?
Oui, effectivement il est assez connu ce blog, mais en même temps, il ne fait pas non plus partie de ceux qui dépassent les 20000 lecteurs journaliers, j’en suis très loin… Et puis, je ne poste pas beaucoup sur ce blog, généralement, j’essaie de me tenir à un article par semaine, ce qui représente peu par rapport à bien des blogs qui font des mises à jour quotidienne ou parfois à des fréquences plus élevées encore.
Pour le début du buzz, ça a commencé en décembre 07, un journaliste du Télégramme avait fait un très bel article (en dernière page du journal) sur mon blog et sur le métier que je défendais. Tout s’est enchaîné ensuite très vite. Le blog à l’époque tournait déjà bien, suite à ça, l’audience a considérablement augmenté pendant plusieurs mois avant de revenir à un nombre de lecteurs plus raisonnable.
Le pourquoi de ce buzz, je ne sais pas vraiment l’expliquer, peut-être parce que ce que je raconte est la vie de tous les jours, celle qui touche beaucoup de gens, celle qui reflète nos vies à tous… mais aussi parce que je raconte tout cela avec humour et je décale un peu ce quotidien souvent mal perçu.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?
Avant de se dire : je vais ouvrir un blog pour qu’on me repère, je crois surtout qu’on ouvre un blog pour s’exprimer et faire entendre sa voix, ses idées, ses opinions à plus ou moins grande échelle.
Je crois que le fait de se faire repérer par un éditeur reste la cerise sur le gâteau mais internet est un outil formidable pour ne plus avoir à passer par tout un tas d’intermédiaires avant de toucher une personne susceptible de diffuser ses textes / dessins / musiques par un autre média.

Que peut-on trouver sur votre blog Anna ?
Des histoires, des chroniques, des instantanées de vies dans une grande surface. Ce sont des moments en total décalage avec le monde aseptisé auquel on croit appartenir et montre combien on peut s’étonner de nos voisins.
C’est aussi un lieu qui défend le métier de caissière (puisque c’est de ça dont il est question à la base)

Bartleby

Le Blog de Bartleby
http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
L’idée m’est venue il y a deux ans en lisant Auto-da-fé de Canetti. J’ai eu la sensation d’avoir quelque chose à dire sur ce livre, mais je ne savais pas à qui le dire. Je suis un gros lecteur et je me suis aussi dit qu’il était dommage, surtout pour moi-même, de ne pas formuler ce que je pensais des livres, de ne pas savoir pourquoi j’appréciais tel auteur ou tel autre. La tenue d’un blog ressemble à la démarche analytique. En parlant de lui, le patient, parce qu’il exprime ce qu’il ne faisait jusqu’alors que ressentir, prend conscience de lui-même. Avec le blog, j’ai pris conscience de mes goûts en littérature, des problèmes qui m’intéressaient, etc. Bref, c’est du besoin de m’exprimer qu’est né Bartleby les yeux ouverts.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?

Ce qui me plaît avant tout, c’est la facilité d’utilisation. Le format me convient. Mon blog m’a permis d’avoir des discussions passionnantes, mais tout cela se fait par échanges de mails et ne passe pas par l’intermédiaire des commentaires. Certains de mes interlocuteurs sont devenus des amis et j’ai une correspondance assez importante. Les commentaires n’ont, la plupart du temps, guère d’intérêt. Leur format ne permet pas réellement la discussion et les lecteurs qui les utilisent ne font qu’exprimer leur avis sans que cela appelle le dialogue. Cela fait bien entendu plaisir d’avoir un commentaire flatteur, mais il n’y a pas d’intérêt littéraire.

Avez-vous une ligne éditoriale fixe ou publiez-vous selon l’envie et l’actualité ?

Lors de ma première chronique, celle d’Auto-da-fé donc, j’ai découvert un concept, l’atopia. J’ai tout de suite pris conscience que tous les livres (ou presque) qui m’intéressaient traitaient de ce problème. L’atopia, c’est le sentiment d’étrangeté par rapport à l’existence ordinaire, le décalage qui fait que le sujet se tient en retrait des événements. Depuis deux ans, j’ai affiné ce concept en l’étendant à des lieux (après tout, c’est le sens étymologique), à différentes prises de conscience nous éloignant des autres (la mort, la débâcle amoureuse), etc. Lorsque je chronique un livre, j’essaie toujours de le faire à partir de cette idée et cela même si ce mot un peu étrange n’apparaît pas. Même lorsque je traite de l’actualité littéraire – ce que je fais de plus en plus –, mon atopia reste un fil conducteur. C’est moins une volonté éditoriale qu’une grille de lecture qui m’est personnelle. Cela a pour conséquence que je n’écris jamais de critiques négatives ; j’aurais l’impression de perdre mon temps. J’émets parfois des réserves, mais les livres que je chronique sont des livres que j’apprécie. Il s’agit principalement de littérature étrangère et de livres dits exigeants. Je crois que la littérature est chose sérieuse et qu’il faut la prendre au sérieux. Lire, cela ne sert ni à se détendre ni seulement à passer un bon moment ; lire, c’est réfléchir. Cela m’ennuie qu’on appelle “roman” un texte de Marc Levy et un texte de Roberto Bolaño.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Ce qui est sûr, c’est que mon blog n’est pas narcissique puisque j’opère de manière totalement anonyme et que les personnes m’étant les plus proches dans la réalité ne sont au courant que depuis peu et ils savent que je ne veux pas vraiment en parler. J’ai totalement dissocié ma vie concrète et ma vie virtuelle. La fonction de mon blog est plutôt cathartique, au sens où, comme je vous le disais, il a une fonction révélatrice. Je crois que c’est ce qui se passe plus ou moins avec tous les blogs qui ont une approche rigoureuse de la critique littéraire.
En règle générale néanmoins, les blogs sont narcissiques. Leurs auteurs s’y dévoilent parfois de manière si impudique que c’en est écœurant. Nous sommes dans une culture de la communication, donc de l’extériorité. Autrefois, les gens tenaient un journal intime qui, par définition, était caché, secret. Aujourd’hui, le journal électronique est “extime” : nombreux sont ceux qui disent tout ce qui leur arrive, tout ce qu’ils pensent et plus ils ont de lecteurs, plus ils se réjouissent.

On peut dire que votre blog connaît une audience importante ? Quand a-t-il “buzzé” d’après vous et pourquoi ?
Disons que pour un blog littéraire, l’audience est tout à fait honnête et satisfaisante. Bartleby les yeux ouverts a connu un buzz tout au long du mois de mars, l’audience ayant parfois triplé suite à des articles dans la presse écrite (Magazine des livres, Hebdo Vendredi) et surtout suite à la mention flatteuse qu’en a fait Ariel Wizmann sur Canal + lors de l’Emission spéciale. Aujourd’hui, j’ai gagné quelques dizaines de lecteurs, mais l’audience s’est stabilisée. Peut-être que grâce à cette interview, je vais connaître un nouveau buzz !

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?
Je ne sais que vous répondre. Je ne sais pas si les éditeurs font vraiment attention à ce qui se publie dans le domaine de la fiction sur internet. Malgré tout, écrire sur un blog force à écrire et à affronter un public, ce qui ne peut être qu’une bonne chose.

Vous vous êtes déjà auto-censuré sur votre propre blog ?
En ce qui me concerne, je ne parlerais pas d’auto-censure, mais plutôt de vigilance. Je dis ce que j’ai à dire, mais je fais attention à bien m’expliquer pour ne pas être mal compris et susciter des polémiques qui n’ont pas lieu d’être. Je viens de publier un article sur Le jardin dévasté de Jorge Volpi où l’auteur dit que « le terrorisme est un humanisme » ; j’avoue (puisque à l’heure où je vous réponds l’article n’est pas encore publié, mais il le sera au moment où vous publierez cette interview) que j’ai quelques craintes malgré un effort supplémentaire d’explication.

Nos confrères du Monde ont dernièrement écrit que certaines agences de presse invitaient des blogueurs influents à assister à des voyages de presse. Ce qui expliquerait que les blogs sont sous surveillances… Pensez-vous que le blog est un canal d’information viable et influent ?
A propos des blogs littéraires, je n’ai jamais entendu parler de voyages de presse. Il n’empêche que nous recevons pas mal d’invitations à rencontrer des écrivains et que les éditeurs et même des auteurs nous envoient des livres, ce qui pose le problème de l’objectivité de la critique sur internet. Personnellement, j’établis un contrat moral avec les éditeurs : j’accepte les livres à condition que je ne sois pas obligé d’écrire à leur sujet. A une ou deux exceptions près, les éditeurs jouent le jeu. Les auteurs apprécient moins…
J’ai eu l’occasion de discuter avec des éditeurs : ils s’intéressent aux blogs parce que la presse écrite n’est, en général, plus guère prescriptive. Ils ne savent pas encore si les blogs le sont vraiment, mais ils l’espèrent et c’est pourquoi la plupart prête attention à ce qui s’y passe.

Que peut-on trouver sur votre blog et ce qu’on ne pourra jamais y lire, Bartleby ?
Question difficile s’il en est… On y trouve des critiques qui tentent d’analyser des livres, d’en révéler l’intérêt en en montrant l’originalité dans la forme et/ou le contenu. On ne trouvera jamais des critiques qui se résument aux sempiternels J’aime parce que ça m’a touché ou Je n’aime pas parce que ça ne m’a pas touché.

Laure Limongi

Le Blog de Laure Limongi
http://www.rougelarsenrose.blogspot.com/

D’où vous est venue l’idée de créer un blog, Laure ?
Expérimenter une nouvelle forme d’écriture, de nouvelles contraintes.
Je n’ai jamais été capable de « tenir » un journal personnel, cela m’ennuie prodigieusement. L’idée n’était donc pas de donner à lire des écrits intimes, mais plutôt de détourner le plus possible la fonction initiale du blog – en tout cas, l’idée que j’en avais à l’époque – pour faire part, notamment, d’enthousiasmes esthétiques. Comme je l’avais écrit dans le troisième billet de Rougelarsenrose datant du 14 avril 2005 : « L’inscription serait citation – vie palimpseste d’écrits, de sons, d’images, de mélodies, d’histoires… »

Qu’est-ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?
Le fait de donner à lire des textes gratuitement et dans le monde entier. L’immédiateté de la publication.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Difficile de répondre en ce qui concerne « le blog » en général. Certains sont cathartiques, d’autres narcissiques, polémiques, systématiques ou pléthoriques…
Ceux que je suis sont mus par un projet précis, généreux. Davantage tournés vers l’extérieur que s’autocélébrant.

Pensez-vous que votre blog a servi votre notoriété d’auteure ou le contraire ?
Je pense que Rougelarsenrose est le blog de l’auteur Laure Limongi. Mais si on compare les chiffres de vente de mes livres avec les visites du blog, j’en déduis que certains lecteurs ne doivent me connaître qu’à travers le blog ! En outre, il permet aux personnes résidant à l’étranger de me lire plus facilement que sur papier – étant donné l’absence de diffusion dans certains pays ou le prix faramineux (change oblige) des livres français dans d’autres… C’est donc un double mouvement. Certaines personnes qui connaissent mes livres seront curieuses de lire mon blog ; d’autres qui suivent mon blog auront envie de jeter un œil à mes livres.

Qu’aimez-vous écrire par dessus tout dans votre blog, Laure ?
ça dépend des jours, c’est bien pour ça que le sous-titre de Rougelarsenrose est « versatile » !
Texte de création, billet d’humeur ou note « critique » – ou plutôt exercice d’admiration.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?

Le monde de l’édition est tellement plein de surprises et de hasards qu’il est difficile de conseiller une conduite à tenir assurant d’un succès… Tout est affaire de nécessité (d’écrire). Être présent et visible ne peut pas nuire, mais il ne faut pas que cela soit une fin en soi, selon moi.
C’est-à-dire : ne pas créer un blog et un site pour attirer l’attention des lecteurs et des éditeurs. Créer un blog ou un site parce qu’on a des choses à y partager.

Vous vous êtes déjà auto-censurée sur votre propre blog ?

Oui et non. Disons que je m’autocensure en amont. Je n’ai pas de goût pour la démolition et l’éreintage. Il m’arrive de lire des livres qui m’agacent profondément ou me semblent d’une vacuité sans fond. Je pourrais tout à fait écrire de petits textes bien méchants à la dialectique imparable – c’est une technique qu’il suffit de maîtriser – et aux effets de style efficaces. Ça agiterait la blogosphère. Ça me permettrait de rouler des mécaniques rhétoriques. Mais je n’en vois pas l’utilité. D’une part, j’aurais l’impression de perdre mon temps. D’autre part, je ressens beaucoup plus de satisfaction à défendre des objets esthétiques qui ont provoqué des émotions, une joie intellectuelle intense, plutôt que d’offrir un espace à quelques reliefs d’époque à obsolescence rapide. C’est une affaire de complexion.

Nos confrères du Monde ont dernièrement écrit que certaines agences de presse invitaient des blogers influents à assister à des voyages de presse. Ce qui expliquerait que les blogs sont sous surveillance… Pensez-vous le blog est un canal d’information viable et influent ?

Je n’ai pas lu cet article du Monde.
Mais j’imagine que certains blogs d’actualité sont, en effet, des canaux d’information à part entière. Et vraisemblablement influents. Concernant la viabilité… ça dépend des bloggeurs ! C’est l’arme à double tranchant de l’absence de validation… Dans le domaine de l’information, ça peut avoir des effets désastreux.

Que peut-on trouver sur votre blog et ce (ceux) qu’on ne pourra jamais trouver Laure ?
La liste ne sera pas exhaustive !
Ce qu’on peut y trouver : des textes parlant de livres, de disques, de concerts, d’expos, d’œuvres d’art, de soirées de lectures, d’écrivains, de musiciens, d’artistes… Les coulisses de mes livres. Des textes en cours – mais pas des livres en cours ! L’actualité de la collection Laureli, que je dirige aux Éditions Léo Scheer. Quelques réflexions sur la manière dont je pratique le métier d’éditeur. Des « billets d’humeur » en général en rapport avec l’actualité. Des photos, des vidéos, des pistes sonores. Des récits de voyages. Quelques reliefs intimes (fragments biographiques plus ou moins cryptés, plus ou moins réels ; recettes ; apologie de la sieste à la plage…)
Ce qu’on n’y trouvera pas : un journal intime au sens classique du terme, les détails de mon quotidien, des attaques ad personam – même masquées : to the sad fews –, une foire d’empoigne riche en commentaires, des prises de position en dehors de mes domaines de compétence.

Marc Villemain

Le Blog de Marc Villemain
http://villemain.canalblog.com/

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
Ce fut d’abord une curiosité. On me suggérait souvent d’en créer un, mais je n’en voyais pas vraiment l’intérêt, n’en fréquentant moi-même que de manière assez épisodique. Puis je me suis aperçu qu’il n’était besoin d’aucune compétence technique particulière, et que la création d’un support d’écriture immédiatement accessible ne prenait guère plus qu’une poignée de minutes. Et cela m’a amusé. L’intérêt plus fondamental de la chose m’est apparu ensuite, l’exercice me permettant, à un moment où je me confrontais à une sorte d’impasse et d’apathie dans mes travaux d’écriture, de passer à autre chose, de me vider la tête, et surtout de laisser dehors ou de « sortir » tout ce qui ne devait pas entrer dans mes livres : une humeur, une considération de politique générale, un commentaire critique, que sais-je encore… La création du blog des 7 mains, qui, lui, est collectif, obéit à d’autres considérations. Disons pour aller vite que la blogosphère est d’une prolixité à toute épreuve, et que j’ai tendance à trouver un peu écoeurante cette opulence d’idées, d’opinions, d’humeurs et de points de vue. Aussi ai-je eu envie d’un blog qui n’ait de considération qu’envers l’écriture, d’une page blanche que se partageraient plusieurs écrivains. Rien d’autre n’y entre donc que l’imagination, le désir et la liberté de sept auteurs indépendants les uns des autres.

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?
L’intimité de la chose. On accède à son interface d’administration un peu comme on rentre chez soi après une journée de travail : tout est là, notre décor, nos repères, nos odeurs. Et si l’on éprouve quelque lassitude, on peut toujours changer les meubles de place, troquer sa moquette pour un parquet ou passer un coup de peinture sur les murs. On s’y sent chez soi, souverain, maître de son temps.
Quant à la fonction d’interaction avec les internautes, je ne cours pas spécialement après. D’abord parce qu’il faut du temps pour répondre correctement aux uns et aux autres, ensuite parce qu’il est arrivé qu’elle débouche sur des sacs d’embrouilles, certains confondant parfois l’usage possible d’une liberté avec une autorisation expresse à se faire bêtes ou méchants… Cela étant, il est vrai que c’est parfois plaisant, stimulant, et pourquoi pas propice à quelque amitié littéraire. Mais disons-le, j’ai tout de même la nostalgie du temps où l’on envoyait une lettre aux écrivains que l’on chérissait en espérant seulement qu’ils la reçoivent, et que, par ailleurs, je n’ai pas le tutoiement facile, trait assez distinctif du petit monde internautique…

Avez-vous une ligne éditoriale fixe ou publiez vous selon l’envie et l’actualité ?
Jamais d’autre ligne que celle d’une aimable liberté – qui s’autorise donc à tous les paradoxes. Mon blog personnel est en délitescence avancée et n’est qu’une simple vitrine de mon actualité. Le temps est compté : je ne peux me permettre d’en consacrer davantage à des textes qui, de toute façon, seront toujours mineurs, datés, destinés à une lecture plutôt rapide et voués à l’oubli. Etre écrivain induit une discipline qui elle-même bannit l’éparpillement. Aussi mon blog intéresse-t-il sans doute, pour l’essentiel, tel ou tel lecteur fidèle, ou tel curieux qui aurait eu connaissance de mon existence à travers mes livres.
S’agissant du blog des 7 mains, c’est différent. Le blog est très actif, il suscite des commentaires, excite la curiosité, et nous allons le mener quelques mois encore ; jusqu’au moment où nous aurons le sentiment d’en avoir fait le tour et que le temps est venu de passer à autre chose.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Cathartique, jamais, narcissique plus souvent. Le monde est plein de paroles cathartiques, de jugements ou d’humeurs jetés en pâture, d’ailleurs souvent moins libérateurs que générateurs de conflictualités nouvelles. Lorsque je m’autorisais quelques commentaires d’actualité, ce que je fais de moins en moins, c’était aussi pour moi une manière de mettre mes raisonnements à l’épreuve et de les approfondir : lorsqu’on se sait lu, on tâche d’être aussi incontestable que possible. Quant au narcissisme, il n’y a pas grand-chose à en dire : il est consubstantiel au fait même de vouloir être lu. Aussi la chose vaut-elle pour les écrivains, les critiques, les journalistes ou les blogueurs. C’est là chose très humaine : il s’agit toujours, peu ou prou, d’attirer l’attention sur soi, non pour éprouver la jouissance un peu infantile d’être au centre du spectacle, mais pour se sentir validé, reconnu comme être pensant et, éventuellement, susceptible de pouvoir produire quelque idée intéressante.

On peut dire que votre blog connaît une audience importante ? Quand a t-il « buzzé » d’après vous et pourquoi ?

Mon blog personnel n’a jamais battu aucun record, et je ne fais absolument rien pour y parvenir. Les moments de plus haute fréquentation s’accordent simplement à mon actualité littéraire : il est évident que le succès d’estime que rencontre mon dernier livre contribue à la notoriété de mon blog. Il y a entre le livre et le blog un incessant mouvement de va-et-vient : on arrive sur mon blog par mon livre comme on va à mon livre via mon blog.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs, Marc ?

Pas spécialement. Si les blogs d’Eric Chevillard, de François Bon ou de Pierre Assouline rencontrent le succès, c’est sans doute parce qu’ils sont de grande qualité, mais aussi parce que leurs auteurs étaient connus et reconnus bien avant. Un auteur inconnu lançant un blog ne pourra guère en attendre qu’un infime surcroît de notoriété personnelle : son livre n’en sera pas nécessairement davantage (et mieux) lu pour autant. Quant aux éditeurs, j’ai quand même plutôt l’impression que, pour l’essentiel, ils attendent surtout de recevoir des manuscrits de qualité.

Vous vous êtes déjà auto-censuré sur votre propre blog ?

Je ne crois pas, ou en tout cas pas spécialement. Ce serait d’ailleurs un comble que de pouvoir jouir d’un tel instrument, symbole à bien des égards du processus de démocratisation dans ce qu’il pourrait avoir de plus absolu, pour au final aliéner sciemment sa propre liberté d’expression. Maintenant, l’auto-censure est une réalité pour tout auteur, de blog ou pas. Elle parcourt la littérature et la société. Nous passons notre temps à nous censurer quand nous nous retenons de tuer notre voisin de palier. Le roman même, l’invention de personnages que l’on baptise d’un nom, la transformation d’une réalité et son étirement dans l’imaginaire, peuvent bien être perçus comme une forme, volontaire, désirée, désirable, d’autocensure : il s’agit peu ou prou de qualifier et de désigner le monde et l’humain, que l’on affuble d’oripeaux autres que ceux constatés chaque jour dans nos rues ou dans les journaux. Je ne me censure donc pas davantage sur un blog que dans mes livres ; je m’efforce simplement d’étayer ma liberté. De la rencontrer, en quelque sorte.

Nos confrères du Monde ont dernièrement écrit que certaines agences de presse invitaient des blogueurs influents à assister à des voyages de presse. Ce qui expliquerait que les blogs sont sous surveillance… Pensez-vous que le blog est un canal d’information viable et influent ?
Je ne crois pas être bien compétent en la matière… D’emblée, j’aurais tendance à penser que certains blogueurs se donnent un peu trop d’importance : quelques milliers de lecteurs n’ont jamais changé la face du monde, ni même son actualité. Et ne soyons pas trop paranoïaques non plus. Que nous vivions dans une société de certaine surveillance, je le dénonce et m’en désole depuis toujours, mais cette surveillance-là n’est que l’extension technologique d’un contrôle social d’une tout autre ampleur qui, lui, non seulement ne date pas d’hier, mais utilise largement les procédures démocratiques et technologiques.
Maintenant, pour répondre à votre question, je pense en effet – ne serait-ce que parce que cela me semble assez factuel – que le blog est un canal d’information qui peut (je dis bien : qui peut) ne pas être moins digne ou moins fiable qu’un autre. La légèreté de l’outil, sa malléabilité, son immédiateté, en font évidemment un canal très puissant, et très difficile à contrôler. L’information en flux tendu y gagne forcément ; je suis simplement plus dubitatif quant à l’usage qui en est fait, comme je suis, de manière générale, dubitatif quand aux vertus d’une certaine profusion d’informations et de communications.

Que peut-on trouver sur votre blog et ce (ceux) qu’on ne pourra jamais y lire Marc?
Sur mon blog personnel, tout ce qui a trait à mon actualité d’écrivain et de critique ; et, de temps à autres, quelque petite saillie civique ou eczémateuse… Sur celui des 7 mains, le travail d’auteurs qui aiment raconter des histoires. On ne trouvera jamais rien d’autre sur ce blog. Sur le mien, en revanche, on peut s’attendre à tout – et à rien.

Christian Cottet-Emard

Le Blog de Christian Cottet-Emard
http://cottetemard.hautetfort.com

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
J’ai décidé d’ouvrir un blog parce que je suis le plus sociable de tous les sauvages. Je vis un peu retiré en lisière de mes forêts du Jura, ce qui est aussi agréable que peu commode pour faire connaître mes livres. Le blog est donc pratique, non seulement pour échanger avec des lecteurs et d’autres auteurs mais encore pour rester un minimum en contact avec les gens qui me publient ou qui en ont le projet.

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?
Tout cela bien sûr, mais surtout la simplicité. Pour moi qui ai horreur de la technique, le blog est un outil facile et puissant. En plus, ma pratique du blog a très vite débouché sur de nouvelles expériences, notamment des opportunités de publication inattendues. Par exemple, la parution sous forme de chronique régulière, dans le Magazine des livres dirigé par Joseph Vebret, de mon feuilleton « Tu écris toujours ? » . Sans mesurer l’efficacité de cet outil, j’ai ouvert mon blog en mars 2005 sur les conseils de mon épouse et de l’écrivain Jean-Jacques Nuel, lui aussi auteur d’un blog intitulé L’Annexe. Je n’en ai tiré que des bénéfices.

A votre avis, votre blog est lu : parce que votre titre est accrocheur ? Parce que vous utilisez une certaine dose d’humour ?
Les lecteurs semblent apprécier le ton souvent humoristique que j’emploie pour évoquer le monde de l’édition et les aléas de la création littéraire. L’humour me permet de me tenir à distance de ce qui m’agace le plus au monde et particulièrement chez les gens de Lettre : l’esprit de sérieux.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Les deux, certainement !

On retrouve très fréquemment les mêmes blogs recensés au sein des catégories «amis» ou « à lire » sur d’autres plus importants. Diriez-vous que les blogueurs sont un peu corporatistes ?
Nous sommes plus dans les affinités que dans le corporatisme. Le blog, c’est un peu le prolongement du salon de lecture, un ersatz évidemment. Il est donc normal de fréquenter et de recommander les salons dans lesquels on se sent bien.

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?
Certainement, à condition qu’ils aient quelque chose à dire et qu’ils ne délaissent pas le travail d’écriture au profit des séductions immédiates mais limitées du blog. De toute façon, un écrivain ne doit pas perdre trop de temps à chercher à attirer l’attention. On dispose de si peu de temps pour écrire ce qu’on a à écrire… Mais vous savez, le blog n’est pas seulement bénéfique aux auteurs débutants ou inconnus. Lorsque j’ai publié mon roman Le Club des Pantouflards (éditions Nykta), le réseau des blogs en lien avec le mien a beaucoup soutenu le livre avec de nombreuses critiques et notes de lecture d’une qualité professionnelle.

Vous vous êtes déjà auto-censuré sur votre propre blog ?
Disons que je me méfie de mes réactions à chaud. Publier n’est jamais anodin, même sur un blog. Plutôt que d’auto-censure, je préfère parler de prudence et de discernement.

Nos confrères du Monde ont dernièrement écrit que certaines agences de presse invitaient des blogueurs influents à assister à des voyages de presse. Ce qui expliquerait que les blogs sont sous surveillance… Pensez-vous que le blog est un canal d’information viable et influent ?
Le blog fait désormais partie du monde des médias, que cela plaise ou non à ceux qui voient leur pouvoir un peu amoindri, et c’est aux lecteurs d’exercer leur esprit critique. On y trouve le meilleur et le pire, comme dans la presse écrite qui a ses journaux de référence et ses torchons, comme à la radio et à la télévision qui ont leurs programmes de haut niveau et leurs machines à décerveler.

Que peut-on trouver sur votre blog et ce (ceux) qu’on ne pourra jamais trouver ?
Ainsi que l’ont très bien analysé les journalistes Anne Crignon du magazine Le Nouvel Observateur et Paula Pinto Gomes du quotidien La Croix lorsqu’elles ont présenté mon blog, je n’expose pas ma vie privée sur le net. Je me contente d’entrouvrir une fenêtre sur l’atelier de l’écrivain ainsi que sur les «cuisines et dépendances » pour reprendre le sous-titre que j’ai choisi.

Clarabel

Le Blog de Clarabel

http://blogclarabel.canalblog.com

D’où vous est venue l’idée de créer un blog ?
J’avais pour habitude de fréquenter les forum de discussion des sites de littérature, mais j’avais envie de créer un chez-moi, un espace beaucoup plus personnel. Le blog permettait cette liberté. C’était simple et facile à créer. Je me suis lancée, et l’aventure a commencé.
Un blog, pour moi, c’est la totale liberté.

Qu’est ce qui vous plaît dans le blog ? Le format, la lisibilité, la visibilité, l’interaction avec les internautes ?
La liberté et la simplicité. Personnellement je n’avais pas d’autres attentes, mais les retours se sont développés naturellement. Et c’est primordial, car tenir un blog dans une perspective ambitieuse (être vu et lu) ne fait pas (et n’a jamais fait) partie de mes objectifs.

Avez-vous une ligne éditoriale fixe ou publiez vous selon l’envie et l’actualité ?
Je publie selon mes envies, qui collent aussi à l’actualité. J’aime également alterner les genres, je ne veux pas lire que des romans adultes par exemple, je porte pour la littérature jeunesse un intérêt sincère et grandissant. En fait, je ne choisis pas mes livres, je les pioche au hasard, parmi mes nombreuses piles. J’aime aller au-devant des découvertes. J’ai la chance aussi de recevoir des SP tous les jours, ce qui me permet de coller à l’actualité la plupart du temps, en plus de bénéficier d’un très large choix.

Pour vous, le blog est en règle générale plutôt cathartique ou narcissique ?
Selon moi, je pense que c’est un peu des deux. On se défend de bloguer pour le partage, mais je crois aussi qu’il y a une grande part d’auto-satisfaction à s’afficher, à prétendre ci ou ça, à parler de ce qu’on aime et à conseiller de nous suivre. C’est un terrain glissant. Bloguer, c’est aussi gonfler son ego. Mais sans véritable prétention, ce serait plutôt de l’inconscience.

Quelles est la fréquence de vos publications sur votre blog ?

Je publie très régulièrement, soit 1 billet par jour. Ce n’est pas une obligation chez moi, ni une habitude. Pas de l’ennui non plus, parce que c’est vrai que je dispose de temps libre. C’est avant tout par plaisir. Et je ne sacrifie rien pour mon blog, je ne suis pas accro à ce point !

Conseilleriez-vous aux auteurs inconnus de lancer un blog ou un site pour attirer l’attention des lecteurs et peut-être des éditeurs ?
Non. La blogosphère est trop vaste pour marquer son territoire. Et puis un blog ne se lance pas dans le but d’exister, selon moi.

Vous vous êtes déjà auto-censuré sur votre propre blog ?

Non. Mais je n’aborde jamais la politique ni la religion.

Vous sentez vous investie d’un devoir d’information sur les livres que vous lisez auprès de vos lecteurs ?
Non ! Les lecteurs de mon blog me font confiance. Ils me lisent parce qu’ils partagent les mêmes affinités. De mon côté je partage un ressenti, une vue d’ensemble. Je ne suis pas là pour décortiquer ou pour analyser. J’écris ce que je pense, ce que j’aime. En toute simplicité.

Que peut-on trouver sur votre blog et ce (ceux) qu’on ne pourra jamais trouver ?
Sur mon blog, on trouvera des livres qui dégagent une grande sensibilité, qui savent me raconter une histoire avec des personnages que j’aime tout autant, des livres qui me parlent… On trouvera de la légèreté, de l’humour, de la tendresse, parfois des univers noirs et oppressants, des mots justes, du style sans prétention.
Mais on ne trouvera pas des livres nombrilistes, des têtes de gondole, de la déprime, du pompeux et surtout pas de ‘crise’ !

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