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Montpellier : Il était une fois l’exposition « Machaou »

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Pour sa réouverture, l’Espace Saint-Ravy de Montpellier propose l’exposition « Machaou » dans laquelle trois artistes d’origine maghrébine font dialoguer leurs œuvres et leurs représentations socio-culturelles communes.

« Machaou » signifie « Il était une fois » en tamazigh (langue berbère), mot par lequel les femmes amazighes commencent la narration des contes, nous explique-t-on. Les artistes, Noureddine Benhamed, Dorra Mahjoubi et Sanaa Mejjadi, se sont rencontrés à Montpellier et se sont liés grâce à leur l’art. Ils ont vite compris que la question féminine dans leur pays respectif était la clé de voûte de leur œuvre, sertit par un rapport à la culture européenne, un regard transversal entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil.

Le travail de Dorra Mahjoubi, qui réfute toute notion de frontière politique, ouvre sur la réflexion d’une citoyenneté qui serait avant tout méditerranéenne. Ici, les frontières sont « intimes », intrinsèques à chacun. Chez cet artiste, la femme représente un territoire, une terre nourricière, qu’elle soit maghrébine ou européenne. Ses tableaux dégagent une aura mystique et poétique, les couleurs vives de l’irréalité sont associées aux éclats terreux de l’ancrage territorial. Au sol, des globes oculaires transcrivent le mot « Watan » qui signifie « Patrie » : un mot dont « la recherche du sens mène inévitablement à la vanité ». Et ces globes se poétisent à leur tour : « Tout ce que l’œil collecte comme souvenirs provient de la terre et repartira à la terre pour peut-être la nourrir. »

Une intimité que l’on retrouve chez Sanaa Majjabi, dont le méticuleux travail, mélange d’art pictural et d’art textile, dégage une émotion toute particulière. L’artiste puise son inspiration chez les femmes tisseuses de sa famille et de ses sensations vécues dans les silences de la vallée de Ouirgane dans le Haut Atlas marocain. L’artiste utilise aussi le fer pour exprimer cette dualité entre force et fragilité, la femme, là encore. « Je pense que toutes les femmes sont féministes. Mais à travers mes œuvres, j’exprime mon féminisme à moi », explique l’artiste. Des grillages apparaissent autour de papiers « sacrés » représentant l’enfermement induit par les traditions et dans un même temps, n’occultant pas la notion de protection.

Plus observateur, Noureddine Benhammed questionne la face cachée des images. Il part à la recherche de la femme fondatrice et garante d’une culture : voilà qu’apparaît une dame presque déifiée dans sa tenue traditionnelle d’un blanc fantomatique… Plus loin, une série de dessins nous interpelle sur un monde qui part à vau-l’eau : société de consommation, oppression, liberté restreinte, représentation de la femme… La couleur sucrée du fond tranche avec les dessins aux traits noirs et abrupts. Vient la linéarité inexorable du temps et des actions : « Si le mur avait été plus long, j’aurais continué » admet l’artiste.

Voilà une belle exposition, complexe, pleine de sens et d’émotion. En ces temps post-covid, l’Espace Saint-Ravy est le lieu où il ne faut pas hésiter à se déconfiner.


Exposition « Machaou »
Du 6 au 28 juin 2020
Espace Saint-Ravy – Montpellier

(crédit images : Romain Rougé)

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