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La fantaisie répond à la mélancolie : un livre-remède au confinement

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La poésie de François Baillon frappe aux portes de la mélancolie dans un nouveau recueil de nouvelles-poèmes aussi malicieux que délicieux. Ne guérit pas du Covid-19 mais aide indubitablement à son extraction mentale !

Lisez ou relisez des classiques, nous dit-on. Soit ! Et pourquoi pas, pour une fois, prendre le temps de la découverte ? Se lancer dans une nouvelle aventure littéraire ? Le facétieux poète François Baillon, dont on avait déjà apprécié le précédent ouvrage, rend désormais la mélancolie un tantinet fantasque. Oui, elle se manifestera autant chez un humain qu’un végétal, qu’un lieu ou même un Dieu !

« La fantaisie répond à la mélancolie » peut aisément devenir un livre-partenaire qui reste à vos côtés, juste au cas où, et voilà l’étreinte d’un beau texte pour s’échapper d’un monde aseptisé et pour sûr, qui oublie de rêver. Cessons de vouloir tout lisser, laissons-nous porter. Déjà en introduction, un Dieu à l’égo surdimensionné s’efface de l’univers qu’il a créé et laisse les humains (pas certain qu’ils deviennent moins égocentriques !) nager dans une prodigieuse bouillabaisse galactique ! La spiritualité, le libre-arbitre, le labeur sont questionnés : avant de créer ne doit-on pas, avant tout, prendre le temps d’observer, de ressentir, d’imaginer ?

Partez donc à la rencontre d’une fille « à la chevelure sans poids, longue comme un chemin de vie » ; d’un homme collectionneur de miroirs, traqueur de reflets pour percer les « mystères des atmosphères » (ou est-ce un monde à l’envers ?) ; d’une plante grasse à la vie absurde qui pousse au cœur d’un « Poème Puzzle »… Et régalez-vous des malices littéraires du poète : lorsqu’il s’interroge sur la communication des poissons, il donne naissance au génial «Aquarimes » avec son silure, poisson omnivore solitaire en proie à une indigestion !

Parfois, le temps se suspend au détour d’un texte évocateur d’une enfance (thème cher à l’auteur) qui s’est évaporée. Mais l’est-elle vraiment, tapie dans l’âme cotonneuse ? Sur le lit de l’Oise, les souvenirs voguent… En ville, la vacuité d’une vie d’adulte technocrate s’ébauche en « Peinture urbaine »…
Parfois s’agrège des réflexions plus philosophiques et physiques. « Il se pourrait que mon âme trop esseulée voyage aux abords d’un trou noir, que la signification de l’existence, si tant est qu’il y en est une, ne représente plus aucun impact et s’envole soudainement. »

Citons enfin le très beau « Dimanche » et son héros, dont l’ « esprit ne supporte pas l’éphémère ». Dans sa chambre figée, sa pensée virevolte pour dissiper les brumes sensitives et temporelles : « J’irai retrouver, en bas, dans la cuisine, bien des objets, bien des voix, des meubles assoupis (faussement endormis), les bruits arrêtés d’une cuiller contre sa tasse, les tournoiements lents d’une page qui se délasse – l’arrivée du voisin – son verbe du matin – l’apéro et sa glace – le repas qui mijote. »

On connaît les remèdes d’Eva Bester, papesse du spleen. Voici la fantaisie thérapeutique de François Baillon, poète songeur. Déconfinez votre esprit !

La fantaisie répond à la mélancolie
Auteur : François Baillon
Illustrations : Odona Bernard – Editions Le Coudrier

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