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« Barbès Trilogie » : Le 18e arrondissement, ses pipes et ses chimères 

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Il est dommage que la bibliographie convenue qui clôt ce livre oblitère la qualité essentielle de Villard : poète ! Les marées  les plus noires de ses romans n’ont jamais réussi à engloutir sa bouteille à « L’Amer ». 

Le voici revenu à la Série Noire, pour la première fois depuis 2002. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans de circumnavigation. Mais son retour est tonitruant, qui s’arcboute à Barbès l’ensorceleuse funeste. C’est là que Jacques Transom, éducateur de rue, s’acharne à éviter aux parias du système un aller simple pour des vacances  à Fleury-Mérogis Plage.

« Coincé entre le respect de la loi et une compassion légitime pour les jeunes dont il a la charge, Transom navigue du soir au matin sur le fil du rasoir ». Trois courts romans sur le diamant couleur Soulages de la Ville Lumière forment un ensemble d’une cohérence diabolique. Âmes sensibles s’abstenir, politiciens marcheurs se pendre. Chaque tableau du triptyque montre une cour où même les miracles n’osent plus se risquer. On s’y drogue, on s’y prostitue, on s’y étripe, on s’y entraide. On s’y aime aussi, dans un sursaut désespéré de rédemption, aléatoire, gratuit et d’autant plus somptuaire. On s’agrippe à des musiques, de Chet Baker à Cat Stevens, de  Dying On The Vine à  While My Guitar Gently Weeps. Entre les lignes, on  croise Brel, comme si la morale de cet ensemble éblouissant était « Moi, je t’offrirai des perles de pluie venues d’un pays où il ne pleut pas ». Louise Labé y allait d’un Barbès m’encor, rebarbès-moi et Barbès… 

 


« Barbès trilogie : Rebelles de la nuit, La porte de derrière, Quand la ville mord »
de Marc Villard, Série Noire Gallimard
369 pages, 20 euros

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