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Reportage – Les chemins de la liberté mènent à Riga

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(Reportage depuis la Lettonie) 30 ans après la « chaine humaine » formée par des citoyens des trois Pays baltes (alors membres de l’URSS) défiant le régime communiste, l’envie de liberté ne s’est pas réduit en dans la région. Pour célébrer cet anniversaire, Putsch s’est rendu à Riga, la capitale de la Lettonie. Dans le XX siècle ce pays s’est retrouvé deux fois sous le joug de puissances étrangères. Des périodes sombres dans lesquels, les lettons n’ont pas renoncé à maintenir en vie l’histoire, la langue et la culture de leur Pays. Dès valeurs qu’on retrouve à chaque coins de rue de cette très belle ville. Suivez notre itinéraire au cœur de cette ville qui réserve beaucoup de surprises.

Si vous devez rencontrer un letton dans la capitale de son pays, il est très probable qu’il vous donnera rendez-vous à l’horloge Laima. Ce n’est pas vraiment un monument, mais plutôt une colonne qui affiche les couleurs d’une marque de confiserie lettone (Laima justement). Les produits de la marque font l’effet de la Madeleine de Proust pour les Rigois.

Des milliers de personnes se donnent rendez-vous au pied de cet horloge, juste au début du Brīvības bulvāris, qui en  letton signifie « boulevard de la liberté ». Cette rue a été réservée aux piétons et elle est devenue une place. Ce lieu est étroitement lié à l’histoire de dizaines de familles de Riga et de Lettonie, car c’est ici qui se sont déroulés de nombreux évènements de l’histoire nationale. Son centre est occupé par le monument de la liberté, que les habitants de Riga appellent affectueusement Milda. Ce mémorial a été érigé en l’honneur des soldats lettons morts pendant la guerre d’indépendance du Pays entre 1918 et 1920.

Pendant l’occupation soviétique (1944-1991), cette pratique fut interdite. En effet tous ceux qui déposaient des fleurs, risquaient la déportation en Sibérie.  Cependant, en 1987, quatre ans avant l’indépendance, plus de cinq mille lettons se sont rassemblées sur cette place pour une commémoration des victimes des soviétiques. Ce n’est donc pas un hasard si les habitants des Riga sont si attachés à ce lieu et le montrent avec autant de fierté.

De gauche à droite : la statue liberté (© Ghisalberti/Putsch) et l’horloge « Laima » (Jorge Franganillo, Licence CC BY 2.0)

 

Le centre ville

Les origines germano-Baltes de Riga sont très visibles. En effet, la ville a été fondée en 1201 par Albert de Buxhoeveden, évêque de Livonie. C’est pour cette raison qu’on retrouve dans tous les monuments et les églises du centre ville, des styles architecturaux provenant du nord de l’Allemagne. L’un des palais incontournables du cœur de Riga est la Maison des Têtes Noires, situé au Rātslaukums 7, la place de la mairie de Riga. En observant sa façade rien ne laisse croire que ce palais a été construit en… 1995. En effet, il a été décidé de rebâtir ce monument qui avait été complétement détruit en 1941 par un bombardement. En réalité, l’histoire de ce palais commence en 1344, dans le XVème siècle. Il devient le siège d’une des guildes les plus puissantes de l’époque. La guilde, ayant comme saint patron Saint-Maurice (qui était d’origine nubienne) souvent représenté avec la peau mâte. D’où le nom du palais.

La Maison des Têtes Noires à Riga (© Ghisalberti/Putsch)

 

Trois clochers dans le centre de Riga (© M. Ghisalberti/Putsch)

 

Les lieux de mémoire

A quelques minutes à pied de la Maison des Têtes Noires on retrouve la place Doma Laukums, ou la place de la cathédrale. Il s’agit d’une large esplanade très agréable où il est possible de s’asseoir sur l’une des terrasses de cafés qui donnent sur une partie de la place. Ce lieu aussi est lié à la quête de liberté des Lettons. Ici se trouve le siège de Latvijas Radio, la radio publique. Sur la façade du palais qui abrite le média, on peut encore voir les traces des tirs de fusil qui remontent aux luttes pour l’indépendance de la nation balte.

Le siège de la Radio Nationale de Lettonie (© Ghisalberti/Putsch)

 

Mais Riga compte de très nombreux lieux dédiés à la mémoire. A côté de la Saeima, le Parlement national, on retrouve une petite pyramide à la mémoire des victimes des barricades dressées entre le mois de janvier et celui de aout 1991.  Toujours à ces victimes sont dédiés des pierres placées sur les berges du canal qui traversent le centre de Riga. C’est ici qu’ont trouvé la mort des patriotes lettons tels que Edjis Riekstiņš, un jeune de 18 ans tué dans la nuit du 20 janvier 1991. A cette période de l’histoire lettone est dédiée également un musée : le Musée des Barricades de 1991.

Deux monuments aux morts pour l’indépendance, la plaque de l’Unesco et le parlement letton (© Ghisalberti/Putsch)

 

La bibliothèque nationale

Le peuple letton attache une très grande importance à la culture et à la langue nationales. Ce sont des éléments constitutifs de l’identité lettonne. Pour cette raison, il n’est pas surprenant qu’on ait choisi 2014 – année pendant laquelle Riga fut capitale européenne de la culture – pour inaugurer le nouveau siège de Latvijas Nacionālā bibliotēka (LNB), la Bibliothèque Nationale. Bâtie sur la rive occidentale de la Daugava, la rivière qui traverse Riga, on peut l’apercevoir de très loin. Avec une silhouette rappelant celle d’une montagne, elle porte le nom de l’un des chants nationaux traditionnels, dont le titre est : Gaismas Pils (audio) Traduit en français, cela signifie : château de lumière. C’est pour cette raison que les espaces internes sont envahis de lumière et offrent une vue imprenable sur la vieille ville.  Le « Château de Lumière » – dessiné par l’architecte letton-américain Gunnar Bitkerts (1925-2017) – abrite, en plus de la Bibliothèque Nationale de Lettonie, une salle de concerts, des espaces destinés à des conférences et aussi un book shop.

 

 

L’une des aspects les plus surprenants de la littérature lettonne est qu’elle est très récente. Pendant des siècles, les Lettons ont confié à la tradition orale, la transmission de leur culture et de leur langue. Le premier livre publié en letton remonte à la fin du XVIème siècle. L’un des moyens de transmission orale étaient les chansons populaires, en particulier celles chantées lors des festivités pour le solstice d’été. L’un des moments les plus importants pour les Lettons.

Librairie nationale de Lettonie (© Ghisalberti/Putsch)

 

Avant son inauguration, la Bibliothèque Nationale avait plusieurs sièges. C’est pendant une froide journée de janvier 2014 que les livres ont été transférés des anciens bâtiments au nouveau.  Un transfert qui n’a pas été fait par des camions, mais par une « chaine de bibliophiles ». Ce jour là, 15.000 rigois ont formé une chaine humaine qui a fait passer, un à un, les livres de la Bibliothèque Nationale jusqu’à leur nouvelle adresse. Il s’agissait d’un geste symbolique rappelant à la chaîne humaine de 687 km formée en 1989 par deux millions de personnes – originaires de Lettonie, Estonie et Lituanie – en signe de protestation contre la domination soviétique. Une rébellion citoyenne née sous la dictature, à une époque où il n’y avait pas de téléphones, ni internet. Un événement qui témoigne, une fois de plus, l’attachement des Lettons (ainsi que de leurs voisins baltes) à la liberté.
Les responsables de la Bibliothèque Nationale de Lettonie, rappellent amusés que la « chaine des bibliophiles » a réservé une surprise inattendue à ses organisateurs. Personne n’avait prévu que les participants à la chaine, auraient pu être attirés par le contenu des livres qu’ils se passaient les uns les autres. Ils n’avaient non plus imaginé que les « maillons » humains de cette chaine auraient pu commencer à discuter entre eux des œuvres et des auteurs qui leur passaient dans les mains. Résultat : la durée du transfert des volumes a été bien plus long que prévu. Mais les Lettons ont confirmé, une fois de plus, leur passion pour la culture.
Une passion qui se manifeste aussi à travers l’une des initiatives de la Bibliothèque Nationale, dont le titre en anglais est : « A special book for a special bookself » (Un livre important pour une étagère importante, ndlr). Il s’agit d’une invitation à donner à cette institution culturelle, un livre qui représente quelque chose de particulièrement important pour quelqu’un. La Bibliothèque, invite à le dédicacer et à exprimer dans les premières pages, l’importance de ce livre.

L’intérieur de la Librairie Nationale de Lettonie (© Ghisalberti/Putsch)

 

Le poète de référence

L’une des grands noms de la culture lettonne est celui d’Imants Zieldonis (1933-2013). Poète, écrivain, scénariste, il a laissé une trace indélibile dans la culture et la littérature lettone. Il a toujours été un esprit libre, même sous la dictature soviétique. Entre 1987 et 1991 il a même été l’un des figures les plus actives de la Révolution Chantante, animée par le désir d’indépendance des peuples baltes.
Si pour découvrir cette personnalité il convient de se rendre au Ziedona Muzejs, sa maison d’été transformée en musée à Murjani (environ 60 km au nord-est de Riga), dans la capitale lettone, on peut également visiter le siège de la fondation Viegli qui lui a été dédié. A l’intérieur, on y découvre des pièces dans lesquelles on a reconstruit des scènes tirées des livres d’Imants Zieldonis. C’est ici qu’on reçoit régulièrement des écoliers pour leurs proposer des activités ludiques liées à l’œuvre de l’auteur.

Certaines scènes décrites dans les livres d’Imats Ziédonis ont été reconstruites dans les locaux de la Fondation Viegli (© Ghisalberti/Putsch)

 

Bonnes adresses

La capitale de la Lettonie propose une large palette d’hébergements. De nombreux hôtels 4 étoiles sont situés dans le centre historique. C’est le cas des trois établissements de la chaine Wellton : le Centrum Hotel &Spa, le Riverside Spa Hotel et le Riga Hotel & Spa. Puis il y a également l’Hotel Relais Le Chevalier, présenté comme « un morceau de France dans le centre historique de Riga ».  Pour les budgets plus modestes, il y a de nombreuses alternatives comme le Gogol Park Hostel ou le Riverside Hotel. Si on remonte la rivière Dalgava jusqu’à la commune de Kekava, on peut également opter pour le Camping Zanzibara.
Parmi les restaurants, sur les places du cœur historique, se trouvent de nombreux cafés et de restaurants avec terrasses. Si on souhaite des restaurant plus originaux, on peut opter pour le restaurant Trompete (Peldu, 24) où on peut assister aussi à des concerts jazz.  Les touristes végétariens (ou pas) pourront goûter des plats typiques dans un cadre informel chez Austra (Krisjana Barona Iela 41/43) ou dans le restaurant Mazā Terapija (Skolas iela, 28).

La place Doma Laukums avec ses restaurants (© Ghisalberti/Putsch)

 

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(crédit image à la une : sculpture située à l’extérieur de la Fondation Viegli à Riga – © Ghisalberti/Putsch)

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