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Festival d’Avignon : Akram Khan fait le Malin au Palais des papes

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Le chorégraphe anglais a lâché ses démons danseurs dans un spectacle aux élans mystiques sur fond de déclin environnemental et humain, entre mythes anciens et modernes. Il était pour la première fois à l’affiche d’Avignon, sur la scène la plus prestigieuse du festival.

La Cour d’honneur du Palais des papes est comble et bruyante. Une déflagration assourdissante nous plonge dans un silence de mort. Dark is coming. Un danseur âgé et fatigué apparaît, suivi de cinq autres qui, tour à tour, interprèteront des humains et des entités maléfiques. « Outwitting the Devil » que l’on peut traduire par « se jouer du Malin/Diable » danse avec l’histoire christique des vieilles pierres du Palais. C’est déjà en soi, une ambiance prophétique. Akram Khan s’inspire de L’Epopée de Gilgamesh, récit babylonien sur la condition humaine, pour nous proposer une réflexion sur l’urgence écologique mais surtout, sur la vie, la mort, la paix, la violence, l’amour, l’amitié… Des corps en fusion évoluent sur une planète en cendres dont le sol est jonché de briques carbonisées semblables à des pierres tombales. Le décor est planté.

« Outwitting the Devil » est au fond une course contre la montre, le Diable n’est-il pas, au final, le temps qui file ? Que ce soit pour la planète ou pour nous, pauvres mortels ? Les tableaux s’enchaînent sur une musique cinématographique (et apocalyptique) inspirée (signée Vincenzo Lamagna). Cette dernière accompagne une chorégraphie très théâtrale et expressive : rondes frénétiques, solos poétiques, corps-à-corps fluides et rugueux, visages déformés par le Mal ou la violence…

L’espoir ressuscite à intervalles réguliers en trouvant la force de se battre. Se battre contre quoi ? Qui sont ces Diables interchangeables ? Les hommes et la nature eux-mêmes, mais surtout l’inéluctabilité du temps. La performance chorégraphique est là. La beauté du spectacle tient évidemment à ses tableaux maîtrisés – on se souviendra d’une scène d’agression particulièrement glaçante et réussie – mais aussi aux échanges intergénérationnels de danseurs de cultures, formations et âges différents qui font naître une vraie émotion. « Nuit après nuit, je fais toujours le même rêve : je suis jeune, immortel et je tiens une hache dans ma main. Le jeune homme ne peut pas imaginer qu’il deviendra vieux ». « Outwitting the Devil » est un enchantement dérangeant. Sur les braises de la scène encore fumante jaillit une standing ovation méritée.

Outwitting the Devil
Avec : Ching-Ying Chien, Andrew Pan (Mavin Khoo en remplacement), Dominique Petit, Mythili Prakash, Sam Pratt, James Vu Anh Pham 

Direction artistique et chorégraphie : Akram Khan
Dramaturgie : Ruth Little
Musique et son : Vincenzo Lamagna
Lumière : Aideen Malone 
Scénographie : Tom Scutt
Costumes : Kimie Nakano 
Texte : Jordan Tannahill
Vidéo : Maxime Dos
Collaboration artistique : Mavin Khoo
Production : Akram Khan Company
Coproduction : Festival d’Avignon, Théâtre de Namur Centre scénique, Central Centre culturel de La Louvière, Théâtre de la Ville (Paris), Sadler’s Wells Theatre (Londres), La Comédie de Clermont-Ferrand Scène nationale, Colours International Dance Festival 2019 (Stuttgart) – Avec le soutien du Arts Council England, British Council – En partenariat avec France Médias Monde

Festival d’Avignon

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