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Valérie Schmitt : « En Normandie, les éditeurs  se considèrent majoritairement comme éditeurs en région, et non régionalistes »

Le secteur de l’édition normand est très dynamique. Entre 2006 et 2015 il a vu pratiquement doubler le nombre de maisons d’éditions actives dans cette région. Les difficultés pour les éditeurs normands ne manquent pas mais ils peuvent compter sur la présence de l’association « Normandie Livre & Lecture ». Putsch a interviewé l’une de ses représentantes.

propos recueillis par

Quelle est la situation de l’édition en Normandie ?

Nous avons environ 130 maisons d’édition en région, c’est un tissu très dense et diversifié, en perpétuelle évolution. Une enquête de 2015 avait été lancée sur la réalité de l’édition en région. Il était apparu que 51% des maisons d’édition étaient nées entre 2006 et 2015. Ce sont donc de jeunes maisons. En parallèle, beaucoup d’éditeurs pensent aussi à la transmission de leur maison d’édition car 51 % des éditeurs avaient plus de 50 ans au moment de l’enquête. Les éditeurs sont implantés majoritairement dans les grands pôles urbains, Caen, Rouen, le Havre.  Il est intéressant de noter que, en Normandie, les éditeurs  se considèrent majoritairement comme éditeurs en région, et non régionalistes. Ils ont donc vocation à rayonner au-delà des frontières régionales. Une petite majorité est constituée en SARL, le deuxième statut dominant est l’associatif.
Les éditeurs de la région, au moment de l’enquête, annonçaient publier en moyenne 9 titres par an (avec des écarts entre 1 et 60 nouveautés par an), soit  731 nouveautés normandes chaque année (sur environ 68 000 nouveautés nationales). Cela peut paraître peu (on sait qu’en dessous de 8 à 10 titres par an la visibilité est faible) mais cela est aussi le fruit de la volonté des éditeurs d’accompagner mieux chaque livre et chaque auteur, et c’est aussi une mesure de prudence financière.
La majorité des maisons d’édition (58 % au moment de l’enquête) annonçait également une autre activité que l’édition, celle-ci étant peu rémunératrice. C’est un cas de figure qu’on retrouve dans d’autres régions de France. Les autres activités complémentaires sont souvent en lien avec le métier d’éditeur : graphisme, communication, imprimerie, diffusion.
Un panel économique resserré (34 éditeurs/91 du panel de l’étude) annonçait un CA livre de 6,5 millions d’euros en 2014.
68 % des éditeurs employaient entre une et deux personnes, incluant les gérants non-salariés.

 

« La Normandie dispose d’une grande diversité éditoriale où tous les champs sont représentés »

 

Existe-t-il une spécificité de l’édition normande, liée à son histoire littéraire ?

La Normandie dispose d’une grande diversité éditoriale où tous les champs sont représentés : roman, poésie, philosophie, jeunesse, BD, art, photographie, beaux-livres, sciences humaines, patrimoine, histoire. À ce titre il n’y a pas de particularité normande et les différents catalogues ont les mêmes atouts et faiblesses. Les maisons d’éditions rencontrent les mêmes problématiques que les autres petits éditeurs indépendants en France. C’est à dire : le problème de la diffusion et de la distribution. Mais aussi de la visibilité en librairie et dans les médias.
La littérature (roman et poésie) est le champ éditorial dominant en Normandie mais les éditeurs ont souvent plusieurs entrées dans leur catalogue. Par exemple, la littérature adulte et jeunesse, la littérature et patrimoine, les livres d’art et d’histoire. Certains vont aussi se spécialiser dans des secteurs de niche éditoriale, inoccupée par les grands éditeurs nationaux, afin d’essayer de sortir du lot.

Quel est l’accompagnement de votre association Normandie Livre & Lecture ?

Pour la partie édition : du conseil individuel pour la création ou le développement de sa maison d’édition ; pour trouver des formations, l’analyse du bilan comptable.
Concernant le Conseil et instruction des dossiers d’aide du FADEL (Fonds d’aide au développement à l’économie du livre), 127 projets portés par 40 maisons d’édition ont été soutenus en 2018 pour un montant de 261 200 euros ainsi qu’un accompagnement collectif tel que la mise en place d’ateliers pratiques et de journées d’études proposées par l’agence, la participation aux actions de sur-diffusion de l’agence (catalogue numérique « À paraître en Normandie », tournées de sur-diffusion en partenariat avec d’autres régions), la participation au stand collectif Livres en Normandie pour Livre Paris, l’accompagnement complet (prospection, prise de rendez-vous, …), des éditeurs présents pour la première année sur le stand du BIEF (Bureau international de l’édition française) à la Foire de Francfort ; l’accompagnement et conseil aux éditeurs présents sur les stands internationaux du BIEF (Francfort, Bologne…).

 

Est-ce que le développement des livres numériques  inquiètent les éditeurs de votre région ?

Le raz-de-marée numérique annoncé au début des années 2010 n’a finalement pas eu lieu, les lecteurs restent attachés à l’objet livre et le livre physique reste majoritaire en parts de marché en France (+ de 90 % en volume comme en chiffre d’affaires).
Mais le CA de de l’édition numérique n’est pas négligeable en France : 201,7 millions d’euros en 2017 soit 7,6 % du chiffre d’affaires total des éditeurs.
Certains éditeurs proposent des livres numériques parce que leur ligne éditoriale s’y prête, cela concerne surtout l’édition universitaire et professionnelle puis la littérature grand public.

 

« Normandie Livre & Lecture accompagne les porteurs de projet, les conseillent, aide les libraires dans la construction de leur dossier de demande au FADEL, et les pré-instruit »

 

Quels sont les grands rendez-vous de l’édition en Normandie ?

Il y a 124 manifestations littéraires en Région, tout au long de l’année. Certaines sont thématiques comme la jeunesse, le polar, la BD, la poésie. D’autres sont généralistes.
Il y a évidemment les grands rendez-vous nationaux comme Livre Paris, où la Région a un stand intitulé Livres en Normandie et qui accueille une vingtaine d’éditeurs de la région. Après, selon son catalogue, un éditeur normand ira au Salon du livre jeunesse de Montreuil, au festival BD d’Angoulême, ou à Étonnants Voyageurs
De plus en plus les éditeurs sortent aussi des frontières nationales et s’exportent à la Foire du Livre de Francfort mais aussi à la foire du Livre de Bruxelles et de Bologne.

Du côté des librairies, quelle est la situation dans votre région ?

C’est une situation stable, puisqu’on reste autour de 90 librairies en Normandie et les ouvertures compensent les fermetures. Des librairies ont été créées ou reprises en 2018 à Elbeuf, Évreux, au Havre et à Cany-Barville, d’autres en 2019 à Mesnil-Esnard ainsi que des reprises à Falaise et Louviers. Des créations sont à venir en 2020.
Normandie Livre & Lecture accompagne les porteurs de projet, les conseillent, aide les libraires dans la construction de leur dossier de demande au FADEL, et les pré-instruit.

 


(crédit photo à la une : Valérie Schmitt © Marion Cazy)

 

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