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Un Printemps proustien pour les 100 ans du « Goncourt » décerné au célèbre écrivain

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Reportage – Du 11 au 19 mai 2019 a eu lieu un « Printemps proustien » à l’occasion des 100 ans du Prix Goncourt décerné à Marcel Proust pour « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Notre journaliste Emmanuelle de Boyosson y a participé.

Lorsque j’ai appris qu’à l’occasion des 100 ans du Prix Goncourt décerné à Marcel Proust pour « À l’ombre des jeunes filles en fleurs », un Printemps proustien était organisé du 11 au 19 mai, je n’ai eu qu’une envie : y venir, ne serait-ce que deux jours, pour rencontrer des amoureux de cet écrivain que j’aime par-dessus tout. Les festivités ont commencé depuis une semaine, mêlant littérature, spectacles, musique, expositions et gastronomie. Ce vendredi 17 mai, à l’hôtel Swann, hôtel littéraire dédié à Marcel Proust, les amis du romancier se pressent autour d’un buffet de verrines et de charcuterie avant de grimper dans un car pour un voyage dans le temps.

Tahar Ben Jelloun arbore un chapeau rouge, clin d’œil à l’escarpin de madame de Guermantes, Pierre Assouline se passionne pour les manuscrits et les livres sur Proust qui parsèment l’hôtel. Daniel Picouly discute des futures réformes de l’audiovisuel avec la journaliste, Catherine Fruchon-Toussaint, lorsqu’un charmant monsieur nous aborde. Olivier de Brabois est directeur du Printemps proustien. « L’idée est venue de la préfète du département d’Eure-et-Loir, Sophie Brocas, du président du département et du maire d’Illiers-Combray », explique-t-il. « Ils ont gentiment fait appel à moi et nous nous sommes embarqués dans cette aventure qui s’est avérée plus compliquée que nous le pensions. En effet, il nous a fallu convaincre associations et partenaires éventuels. Le projet leur paraissait tellement foisonnant qu’ils ont eu du mal à s’engager. Peu à peu, ils y ont cru, d’autant que les habitants d’Illiers-Combray se sont pris au jeu : ils étaient près de quatre cents en costumes la semaine dernière. Ils ont appris à écouter Proust, surtout lorsque Guillaume Gallienne a fait une lecture dans l’église d’Illiers-Combray. A la sortie, certains disaient : je pourrais lire Proust ! L’écrivain est devenu leur patrimoine. Ce soir, il y aura un vote sur : « Qui a composé la sonate de Vinteuil ? » Il y a deux jours, des chansonniers reprenaient des rengaines de l’époque de Proust. Comme quoi, populaire peut aller avec qualité. Parmi les festivités : un ciné mobile, des concerts-lectures : PPDA accompagné de la violoncelliste Caroline Glory ; Anne et Yann Queffélec. Des comédiens qui lisent des extraits de « La Recherche » : Jean-Pierre Darroussin, Camille Cottin, Xavier Gallais et Thibault de Montalembert. Une lecture de la correspondance Proust/ Gaston Gallimard. Le questionnaire de Proust, le quiztionnaire conçu par le lexicographe, Daniel Lacotte. L’annonce des sélectionnés du Prix Céleste Albaret qui a déjà couronné Laure Hillerin et Evelyne Bloch-Dano. Nous avons aussi édité un livre, « Du côté de chez Proust », destiné aux enfants et distribué à 24 000 collégiens d’Eure-et-Loir. Marie-Christine Barrault lit en ce moment Proust dans un collège à des élèves de 4e. Et il y aura un championnat pâtissier autour de la madeleine ! On attend beaucoup de monde ce week-end ! »

 

Madeleine de Proust (© Robin Latour pour La madeleine de Proust)

 

En route pour Maintenon à travers la campagne. Dans le car, Jean-Claude Lamy raconte avec drôlerie le jour où on a cru qu’il était mort, le confondant avec son homonyme, sujet de son prochain livre. Arrivés au bel hôtel, Le Castel de Maintenon, nous filons vers le château de Maintenon à deux pas où un cocktail nous attend dans les jardins de Françoise d’Aubigné. Avec ses tours, ses murs en briques rouges, le château en impose : un cadeau de Louis XIV à la gouvernante de ses enfants illégitimes, sa future épouse secrète. Rayonnante, Françoise Chandernagor, l’auteure de « L’allée du roi » est ici chez elle. Bertrand Morisset, coordinateur général des événements, lève sa coupe avec Christian Panvert qui prépare déjà la Forêt des Livres. La chambre du roi et sa galerie vers la chapelle, celle de madame de Maintenon qui hébergeait trois petits chiens, le coin des Précieuses, un clavecin peint, la vue sur l’aqueduc dont le roi a abandonné la construction : sur les tomettes et les parquets, on croit entendre le pas de la fondatrice de Saint-Cyr. Lors du dîner, entourée de Patrick Poivre d’Arvor et d’Alban Cerisier, secrétaire général du groupe Madrigall, nous parlons de Saint Ex qu’il affectionne et de Paul Morand qui évoque les visites de Proust, couvert de sa pelisse, chez lui, à minuit. Le lendemain, départ vers Illiers-Combray. Il pleuvine lorsque nous entrons chez tante Léonie. Avec son jardin d’herbe folle et d’iris, l’endroit a gardé son charme d’antan. Dans l’entrée, une exposition est consacrée aux manuscrits de Proust et aux articles assez vachards parus au moment de son prix Goncourt. Visage tout en longueur, Yves Tadié, le grand biographe de Proust, m’apprend qu’il a connu celui qui a meublé la maison. « Il faut imprimer la légende », dit-il, amusé. Dans la chambre du petit Marcel, sa lanterne magique et le lit au dossier en bois où il attendait le baiser du soir. Les autres pièces sont peuplées de mannequins de cire en costumes d’époque, robes moirées, dentelles, gants, fourrures : tout le raffinement des tenues de la Belle Époque. Françoise est là, devant le four de faïence bleue et le petit Marcel en canotier boit un chocolat. David Labbé, l’artisan breton de ces figurines (Les modes au fil du temps) prêtées, le temps de l’exposition, nous entraîne dans le jardin vers un abri interdit au public où se niche le hammam d’un oncle de la famille de tante Léonie. Sur la place de l’église, des villageois en habits d’époque. Un majordome avec son binocle et une dame en jaune qui pourrait être madame Verdurin.

Maison de la Tante Léonie-Illiers-Combra (© DR)

 

A l’entrée de l’église, entouré de petites têtes blondes, le curé rit, un oiseau sur l’épaule. « Il sait chanter Il est né le divin enfant », dit-il en filant vers le chœur sous un plafond de poutres bleu nuit et rouge sang. Au jardin du Pré Catelan, des chemins jalonnés de panneaux avec des questions multiples : Proust biographe ou romancier ? Philippe Heraclès, président des éditions du Cherche Midi, nous avoue qu’il vit à Chartres et se rend à Paris tous les jours. Sous la tente où nous déjeunons, Laure Hillerin, auteure de « La comtesse Greffulhe » (Flammarion) et de « Proust pour rire », reconnaît : «Proust n’était pas snob, il ne jugeait pas. Ce qui le fascinait, c’était la généalogie de ceux qu’il côtoyait dans les salons ». Après avoir admiré les vitraux bleutés de la cathédrale qu’aimait tant Claudel, je retrouve cette femme délicieuse à la Collégiale où elle parle devant quelques passionnés de l’humour de Proust. Alors qu’elle cite de mémoire des passages de « La recherche », invitant son public à comprendre la subtilité des scènes, j’ai l’impression de retrouver l’esprit des Guermantes, les mille nuances de Marcel Proust, sa délicatesse, son rire. Non loin, Josyane Savigneau anime une rencontre avec Bernard Pivot qui revient sur ses souvenirs d’Apostrophes. S’en suit un débat que la journaliste de « Lire » mène de main de maître, entre Jérôme Bastianelli, musicologue, directeur général délégué du Musée d’Orsay, président de la Société des amis de Marcel Proust et auteur de « La vraie vie de Vinteuil » (Grasset), Luc Fraisse, professeur agrégé à l’université, président du printemps proustien et Patrick Mimouni, auteur de « Juifs et homosexuels dans l’œuvre de la vie de Proust »(Grasset). Tous semblent d’accord sur l’idée que, pour Proust, il ne peut exister de réalité si elle n’est pas recréée en nous. Au moment de quitter la collégiale, nous attendons la navette avec Didier Decoin, son épouse et Françoise Chandernagor. De quoi parlons-nous ? Des buis atteints par des insectes, des mites vertes, des grenouilles et des sangliers. Une nuit au Grand Monarque et je monte dans le train vers Paris, une petite madeleine en poche.

Portrait de Marcel Proust, 1892. Jacques-Émile Blanche (© Musée d’Orsay)
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