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« Frantalia »: Une idée trop romantique des relations franco-italiennes

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Un collectif de personnalités françaises et italiennes a publié sur internet une lettre ouverte dont le titre était : « Frantalia ». Le texte a été écrit, en français et en italien, à l’occasion de la visite d’Etat, le 2 mai 2019, de Sergio Mattarella, président de la République italienne, à Amboise.

Tribune de Matteo Ghisalberti, rédacteur en chef de Putsch

Le chef de l’État transalpin est venu en France sur invitation de son homologue français Emmanuel Macron. Les deux présidents se sont retrouvés sur la tombe de Léonard de Vinci, décédé il y a cinq siècles dans chef lieu de l’Indre-et-Loire.
La lettre ouverte a été écrite parce que “les habitants de Frantalia sont inquiets. Dans leur ciel, ils perçoivent depuis longtemps des malentendus, de l’arrogance, des vanités, des incompréhensions, pour ne pas dire des faussetés, des agressions, des provocations et des réactions exacerbées qui s’accumulent, comme des nuages, et ne promettent rien de bon”.

Si les auteurs ont voulu critiquer les frictions entre Paris et Rome qui se sont produites ces derniers mois, ils ont oublié de reconnaître que ces tensions ont débuté après les élections italiennes du 4 mars 2018, remportées par la Ligue et le Mouvement 5 Stelle. Certes, la lettre ne prend pas parti. Mais on ne peut pas nier que les frictions ont commencé à la suite des déclarations de l’Elysée et de la majorité En Marche, sur le choix de l’Italie de ne pas accueillir le navire Aquarius, transportant des migrants. Les décisions de Rome avaient été jugées “cyniques” et “à vomir”.
Certes, les citoyens des deux pays sont liés par des liens plus profonds que la politique. Les auteurs de la lettre ouverte ont rappelé les “enfants nés d’amours « transfrontaliers », « des lycéens qui passent leur bac en Italie et la maturità en France, des étudiants Erasmus et des jeunes à la recherche d’un travail et d’expériences, des chercheurs, des professeurs, des chefs d’entreprise, des retraités, des migrants, ceux qui prennent le train Cuneo-Nice, ceux de Vintimille et de Menton, ceux qui vivent au pied du mont Blanc et tous ceux qui ne sont peut-être jamais sortis de chez eux, mais qui partagent quand même le patrimoine commun de Frantalia”.

Mais cette vision romantique des mouvements de citoyens des deux côtés des Alpes, occulte plusieurs éléments. Par exemple que les Italiens sont beaucoup plus nombreux à s’installer France que les Français qui traversent les Alpes. Ces nouveaux émigrés ont été souvent obligés de quitter leur Pays alors que la crise de 2008 a fait des ravages. Rien de très romantique…
Et puis comment oublier la campagne de rachats de certains grands groupes français qui ont pris le contrôle des fleurons de l’économie italienne ? Par exemple la grande distribution dans “la Botte” affiche presque partout le pavillon français. Le tissu économique italien a bien intégré cette présence. A l’inverse les entreprises italiennes n’ont pas toujours été accueillies les bras ouverts de ce côté des Alpes. L’exemple le plus flagrant est celui des chantiers STX de Saint-Nazaire. Il ne nous reste qu’à espérer que Rome et Paris puissent reprendre des relations équilibrées et équitables. Car, comme le rappelle la lettre ouverte « le dialogue n’est pas toujours facile, mais jusqu’à présent il a toujours été possible, avec des avantages mutuels. »

 


Le site de la lettre « Frantalia »
https://frantalia.eu/lettre-ouverte/?lang=fr

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