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Gullivan : « La culture, elle vient du peuple et lui appartient, elle est transmise en son sein loin de tout ministère ou toute industrie »

Mes souliers sont rouges, un groupe atypique sorti de la campagne normande, il y a déjà 25 ans, avec un millier de concerts derrière lui en France et dans le monde entier sort son nouvel album « Ce qui nous lie » ! Putsch a souhaité en savoir plus sur cette formation singulière avec une conception bien à elle de l’héritage, de la joie, de la fête et du partage. Le groupe refuse le mainstream, les gros labels, et milite pour la culture et la transmission, à sa façon. Rencontre avec Gullivan de « Mes souliers sont rouges ».

propos recueillis par

Une première question simple : pourquoi ce nom, « mes souliers sont rouges » ?
Lors de nos débuts dans les bars étudiants en novembre 1991, c’est une chanson qui a tout de suite surexcité le public. Alors plutôt que de se nommer les Souliers rouges, on a choisi une phrase entière, la première du refrain. Cela nous démarquait tout en mettant une forme d’affirmation, allez j’ose le dire, une empreinte.

Quelle est la genèse du groupe ? Comment on part sur un projet comme celui-ci ?
Nous venions tous d’horizons musicaux différents : rock, pop, chanson et nous ne connaissions pas cette musique. On s’est rencontré par le biais de l’animation. On a découvert la culture québécoise avec des 33 tours de « la bottine souriante » et « Le rêve du diable ». La dynamique, la simplicité des airs mêlée à la subtilité des arrangements et des interprétations nous ont marqué mais cela aurait pu être le blues ou le reggae. On a tout de suite singé nos aînés. On s’est intéressé aussi un peu à la musique cajun, la musique irlandaise. La particularité de notre groupe dès le départ a été de mettre l’accent sur la partie vocale, les harmonies et arrangements accompagnés ou à capella.

Quelle est l’importance de vos racines normandes ?
Je n’arrive pas à répondre à cette question en fait. Peut-être voulez-vous parler du répertoire collecté par La Loure dont est issue la majorité des chansons de notre nouvel album ? Si c’était le sens de la question…
Le travail de La Loure est récent. Ces 20 dernières années, la collecte de chansons auprès des anciens a révèlé de véritables pépites. On aurait pu croire qu’il n’y avait pas grand répertoire et variété de versions en Normandie. On s’est trompé. Cela fait partie de notre culture et nous la découvrons.

 

« On aurait pu croire qu’il n’y avait pas grand répertoire et variété de versions en Normandie. On s’est trompé. Cela fait partie de notre culture et nous la découvrons. »

 

Est-ce pour vous une identité musicale à part entière ?
Cela montre simplement qu’il y a un lien entre les générations pour peu qu’on y prête attention et que l’on transmette. Cela ne veut pas dire que ce sont des chansons normandes. Les gens voyagent avec leur répertoire et leur culture.
Ce n’est que quelques temps après les débuts du groupe que l’on découvrait que les premiers colons francophones d’Amérique du nord venaient de Normandie, du Perche plus exactement.

«Ce qui nous lie » , ce nouvel album est selon vous « un manifeste pour les musiques populaires de tradition orale. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ces chansons et les airs, on peut se les approprier, les transformer à notre goût, à notre guise comme un jeu sans fin. De même avec certaines des formes musicales présentes, on crée. C’est ça pour moi la culture, elle vient du peuple et lui appartient, elle est transmise en son sein loin de tout ministère où industrie. Chacun peut s’en emparer, être touché, où qu’il soit d’où qu’il vienne. La musique n’a pas de frontière.

 

« Pour moi la culture, elle vient du peuple et lui appartient, elle est transmise en son sein loin de tout ministère ou tout industrie. Chacun peut s’en emparer, être touché, où qu’il soit d’où qu’il vienne »

 

Est-ce que votre groupe cherche une transmission des traditions ? Si oui, pourquoi cette volonté de transmettre un héritage ?
En fait je crois que c’est le mot Traditions qui me dérange. Ça ne résonne pas avec ce que l’on fait . Transmettre un héritage oui mais on le transforme et on crée en plus.
Il n’y a rien de figé. La vie évolue, les gens et leur culture aussi. La volonté est de mettre l’accent sur un manque de cohésion entre les générations. Comment de telles chansons ont pu être collectées auprès des anciens, si récemment ?
Nous avons la chance avec la musique et les chansons que nous faisons ( crées ou transmises) d’avoir plusieurs générations qui viennent à nos spectacles partager ce moment devenu rare .On ne voit pas cela ailleurs, dans d’autres domaines musicaux.

Lorsque l’on met cela en perspective, on s’aperçoit que l’évolution de l’état avec la création d’un Ministère de la Culture n’a jamais réussi a réunir des classes sociales et faire de la culture pour tous. De même, l’évolution de la musique avec l’invention du disque puis la numérisation maintenant n’a jamais réussi à fédérer les gens mais a classer, répertorier les goûts et les tendances d’une consommation de masse dirigée par les industriels.

 

« L’évolution de la musique avec l’invention du disque puis la numérisation maintenant n’a jamais réussi à fédérer les gens mais a classer, répertorier les goûts et les tendances d’une consommation de masse dirigée par les industriels »

 

Quand tu joues pour un bal folk par exemple, cette musique se transmets de manière orale, pas besoin de support, de partitions. Juste un peu de mémoire et c’est parti. Tu prends un instrument ou ta voix, tu t’y mets et tu peux jouer et partager avec d’autres très vite. Ce n’est ni dans l’apprentissage, ni dans la pratique. Cette musique est délaissée des gros labels et Majors car elle ne rapporte pas de droits. C’est un héritage qu’ils ne peuvent se partager. A cet endroit réside un goût de liberté. Qui a déjà testé le bal folk. mais vraiment et plusieurs fois avec des musiciens ?

 

« Cette musique est délaissée des gros labels et Majors car elle ne rapporte pas de droits. C’est un héritage qu’ils ne peuvent se partager. A cet endroit réside un goût de liberté »

 

On prend une sacrée claque en général si on veut bien se laisser aller et rencontrer, essayer, apprendre quite à se tromper. On s’en fout, nous sommes là pour partager un moment. Là, tu danses avec toutes les filles, tous les gars. Pas besoin de Tinder, pas besoin d’organiser des speed-meeting, tout est compris dedans et sans fioritures. Tout cela avec des anciens , des enfants, des jeunes. On retrouve une forme de simplicité de rapport entre nous.
On l’a déjà fait avec les souliers et on continuera.
On y met nos propres héritages et nos goût musicaux. Sur cet album pour ma part, j’y ai mis des pincées de Led Zepplin ou de Jackson 5 et de Mickaël Jackson dans les arrangements vocaux par exemple !

 

« On s’en fout, nous sommes là pour partager un moment. Là, tu danses avec toutes les filles, tous les gars. Pas besoin de Tinder, pas besoin d’organiser des speed-meeting, tout est compris dedans et sans fioritures »

 

Vous tournez dans le monde entier. A quoi attribuez-vous ce succès ? Est-il dû aux origines diverses de l’ensemble des membres du groupe ?
Nous avons voyagé et nous souhaitons continuer mais cela reste sporadique. Le succès ? C’est la musique que nous faisons, nous appelons cela du folk alternatif. Il y a un côté intergénérationnel et aussi intemporel. Les deux ingrédients de ce joyeux cocktail, chacun peut s’en emparer en y ajoutant sa propre touche en étant certain d’avoir un public réactif, et présent. Essayez, vous verrez !

Quel regard portez-vous avec votre positionnement sur la musique diffusée aujourd’hui sur la FM ? Celle qui fait vendre des millions d’albums et remplis des stades ?
Nous souhaitons rester en lien avec les gens, avec notre public, les curieux et les nouveaux. On aime le faire autant dans des petits lieux comme des bars qu’au Zénith. Je ne verrais pas l’intérêt de faire une tournée des stades. Je n’arrive pas à l’imaginer artistiquement. Sur nos spectacles, la barrière entre la scène et le public tombe. Il y a des gens qui montent sur scène et certains d’entre nous se permettent de descendre parfois parmi le public. Il nous arrive même de finir sans micro et de faire une chanson dans le public.

Avec cet album, on va, il est vrai à contre sens du business musical. On prend plaisir à faire cette musique, on transmet le plaisir aux gens et ils nous le disent. On montre qu’on peut rester en lien avec nos aînés et la culture qu’ils nous livrent. Nous sommes alors libres de la transformer et la redonner à notre tour.

La musique de masse arrosée par la bande Fm n’apporte pas de lien durable, de sens commun. C’est de la consommation individuelle. Pourtant aujourd’hui avec le net, on a véritablement le choix d’écouter, de découvrir. Mais rien ne remplacera la rencontre avec un artiste sur scène ou en acoustique. C’est la base.
Le disque reste un souvenir ou une cristallisation à un instant t. Le live évolue comme la vie, ben d’ailleurs c’est la traduction non ? Alors aller voir un artiste pour qu’il y ait le même son qu’à la radio ou sur le disque… Non merci pas ça ! Ça n’a aucun intérêt pour s’épanouir,découvrir, rester curieux.

 

Pour terminer, en quoi ce 7ème album sera-t-il crucial dans la sauvegarde d’un patrimoine musical ?
Crucial? C’est juste une question de choix, comme toujours. Les gens en décideront naturellement, cela leur appartient. À chacun de voir si c’est crucial de se faire imposer une culture mercantile ou bien de mettre sa main à la pâte d’une culture existante et lui donner son tour de main sans jamais oublier de se faire plaisir avant tout.
On se jette souvent sur le net, les réseaux sans prendre de recul. C’est sans précédent historique un tel virage qui divise les gens, isole et scinde les générations.
Cet outil extraordinaire qui est sensé faire du lien révolutionne nos vies. Mais pour l’instant il nous dirige, nous ne prenons pas de recul, nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences d’un tel bouleversement.

Lorsque je vois une dame de 94 ans chanter et animer une salle sans micro et que je vois qu’un gars qui saute seul sur une scène derrière des platines avec les mains en l’air (il a juste appuyé sur le bouton play/lecture) devant des milliers de personnes et qu’il se fait payer une fortune, eh bien avec un peu de recul…

« Qu’une alternative pareille un de ces quatre jours m’échoie, c’est j’en suis convaincu la vieille  qui sera l’objet de mon choix. » G. Brassens

 

Ce qui nous lie
Mes souliers sont rouges
www.souliers-rouges.com

 

Avril 2019
05 Avril : St Dizier (52) : Les Fuseaux
19 Avril : Denain (59) : Théâtre de Denain

Mai 2019
Ce Qui Nous Lie Aux Copains
15 Mai 2019 : Lorient (56) : Tavarn Ar Roue Morvan
16 Mai 2019 : Le Havre (76) : Le Bistrot
17 Mai 2019 : Strasbourg (67) : Pelpass Festival
18 Mai 2019 : Enghein (Be) : Bioautrement
19 Mai 2019 : Enghein (Be) : Bioautrement
22 Mai 2019 : Paris (75) : Café de la Danse
25 Mai 2019 : Meung/Loire (45) : Festicolor
28 Mai 2019 : Wazemmes (59) : Festival Wazemmes à L’Accordéon

( Crédit Photo – Béa Gillot )

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