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Poaimez-vous et offrez-en, par brassées entières, « parce que les fleurs ça est périssable »

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Un poème, c’est la fête des amoureux des mots. Offrez-en, par brassées entières, « parce que les fleurs ça est périssable »

« … je veux que tu m’y forces …. que tu m’attaches s’il le faut …… si je n’ai pas le courage d’être à toi de cette façon aussi prends de force …. Ce que je te refuse …. Possède-moi toute entière, complètement, profondément ….. je t’aime à la folie ».

Le 5 février 1915, Louise de Coligny-Châtillon adresse au combattant Guillaume Apollinaire une lettre enflammée qui en annonce d’autres. Elle a certes une liaison horizontale avec « Toutou », lui aussi un soldat, mais on peut faire crédit à Guillaume de pratiques autrement flamboyantes, depuis leur rencontre à Nice, à la mi-septembre 1914. L’ensemble des lettres de Lou à Guillaume confirme l’incandescence, la frénésie et la dimension icaresque de leur relation, aussi les provocations et les dérobades de celle qui passe pour une collectionneuse de « fleurs rares » ( M. Décaudin) veulent repousser les limites les plus extrêmes de l’érotisme débridé. Leur dernière rencontre a lieu à Marseille, le 28 mars 1915, dans le bien nommé Hôtel Terminus. On a épinglé la transhumance amoureuse de Guillaume en direction des verts pâturages de Madeleine Pagès, mais la comtesse ne demeurait pas en reste, multipliant les performances dans les bras de gigolos obscurs et les missives enfiévrées à un amant poète dont elle supportait peu l’autonomie reconquise. Ultime pied-de-nez à la gaillarde, une photo supposée de la comtesse sur la plage d’Ostende montre une autre Louise : L.G., la belle liégeoise du quai Churchill, chère à Michel Décaudin. Même Cupidon a pris parti …

Dans sa préface aux lettres de Lou, Pierre Caizergues note qu’elles « permettent de se faire une assez bonne idée de cette femme légère, d’une grande vitalité et au langage haut en couleurs ». Les vers qu’Apollinaire lui envoyait répondaient à sa liberté de ton. Réunis en 1947 sous le titre Ombre de mon amour, ils deviendront ensuite les Poèmes à Lou. On peut les lire dans un élégant coffret de 6 recueils – cadeau idéal en cette saison – proposant l’essentiel de l’œuvre poétique d’Apollinaire. De l’aveu même de Guillaume, on trouve ici ses meilleurs poèmes. La lecture conjointe des Lettres de Lou et des Poèmes à l’amante permet de suivre les sinuosités et les emballements de leur relation. C’est d’abord une plainte galante

Il était une fois en Bohême un poète
Qui sanglotait d’amour puis chantait au soleil
Il était autrefois la comtesse Alouette
Qui sut si bien mentir qu’il en perdit la tête
En perdit sa chanson en perdit le sommeil

avant de se mettre au diapason de l’infernale
…O Lou étoile nommée Lou la plus belle des étoiles
O reine des Etoiles /…/
Etoile Lou beau sein de neige rose
Petit nichon exquis de la douce nuit
Clitoris délectable de la brise embaumée d’Avant l’Aube …

Et si le vrai poète était celui qui sait donner sa langue au chas ?

« Lettres à Guillaume Apollinaire », Louise de Coligny-Châtillon dite Lou ; édition établie, présentée et annotée par Pierre Caizergues, Gallimard, 12 euros
« Apollinaire, Poèmes » coffret de 6 recueils : Alcools, Calligrammes – préface de Michel Butor, L’Enchanteur pourrissant, Le Guetteur mélancolique, Poèmes à Lou – préface de Michel Décaudin, Le Poète assassiné – édition établie par Michel Décaudin. Poésie/Gallimard. 55,80 euros

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