« Coup de foudre au wagon bar »: un spectacle qui déraille à cause des clichés

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Cassiopée et Rémi vont se rencontrer dans un train puis s’aimer… sans se comprendre. Ou de travers, avec un temps de retard. Un spectacle léger et attendrissant qui n’évite malheureusement pas de nombreux clichés.

La SCNF peut parfois se prendre pour Tinder et provoquer des histoires d’amour.  In real life. C’est le cas de Cassiopée (Tiphaine Biard) et Rémi (Eric Boucher). Côte à côte, dans le même wagon, ces deux-là vont tout de suite se repérer et avoir un coup de cœur l’un pour l’autre. Avant même de discuter entre eux. Ce qui n’était, en fait, pas plus mal ! Car, dès les premiers mots échangés, des quiproquos vont se former. De tendres et absurdes quiproquos, plutôt bien trouvés, qui provoquent des situations comiques, incongrues ou gênantes. Sur ce point, le scénario est bien écrit, plein d’esprit et d’humour.

Au fil du temps, ces situations cocasses vont devenir de plus en plus pesantes. Surtout pour Cassiopée. Car malgré le temps qui passe et leur emménagement ensemble, les deux amants semblent mieux se connaitre mais pas mieux se comprendre pour autant. Deux sexes, deux planètes. Deux planètes, deux langages. Deux langages qui ne se rejoignent pas. Ou trop rarement. Comme si les hommes et les femmes étaient condamnés à ne pas se comprendre. Ou pas assez naturellement. Résultat : Cassiopée et Rémi s’aiment de plus en plus fort mais de plus en plus mal. Le fossé entre eux ne cesse de s’agrandir et Cassiopée redoute que leurs sentiments tombent dans le gouffre. Au fond du trou. Alors, la jeune femme va proposer à son compagnon, une série d’exercices et de solutions, assez perchées, pour sauver leur amour.

Une série de clichés   qui étouffe la pertinence

Même si le scénario est drôle, construit, divertissant, le spectateur finit par se lasser car les situations proposées sont assez attendues, simplifiées et surtout, stéréotypées. Dès le début et jusqu’à la fin. Exemples ? C’est Cassiopée qui réalise la première qu’il y a un problème de communication, elle qui cherche aussi des solutions. Elle, qui lit des magazines féminins ou spécialisés en psychologie, elle qui fait appel à une sorte de voyant-magnétiseur. Car, évidemment, c’est la femme qui est sensible et sentimentale, c’est la femme qui comprend, qui analyse et qui agit. Évidemment, c’est la femme qui est très branchée psy et spiritualité.

Et en face d’elle, c’est donc sans surprise, qu’on retrouve un homme perdu, désinvestit, moqueur, passif ou suiveur. Car, évidemment, c’est l’homme qui ne pige rien, qui ne sait pas analyser, pas conclure, pas décider, pas agir et évidemment, c’est l’homme qui est branché foot et sorties. Évidemment.

Un train de retard avec  l’actualité et la réalité 

Cette série de clichés construit sur des injonctions finissent par faire décrocher le spectateur. Le spectacle devient, au fur et à mesure, trop léger, trop superficiel, trop prévisible et trop caricatural. Dommage ! Surtout, si son but implicite est de mettre en scène les clichés afin de les dénoncer et de les démonter. Si c’est le cas, ce n’est malheureusement pas réussi. L’effet inverse est même provoqué. A force de s’en servir et à force de les souligner, les stéréotypes sont omniprésents et renforcés.

Ceux-ci finissent alors par créer une sorte de distance ou de décalage avec la réalité. Non, les choses ne sont pas si simples, si claires, si tranchées, si déterminées par le sexe. Non, la femme n’est pas forcément la plus sentimentale des deux. Non, l’homme n’est pas forcément le plus passif des deux. Non, la femme n’est pas la seule à avoir une capacité d’analyse. Non, l’homme n’est pas forcément moins sensible et moins capable de proposer des solutions. Ainsi de suite.

Ce spectacle fait penser au livre « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de vénus » de John Gray mais ce livre a quand même plus de 25 ans ! Et même si des différences perdurent (et tant mieux pour certaines d’entre-elles), nous n’en sommes plus là. Du moins, en 2018, les clichés, les injonctions et les inégalités semblent s’affaiblir et les frontières entre les hommes et les femmes semblent peu à peu se troubler. Se rapprocher, se mélanger. L’opposition homme-femme ne semble plus avoir lieu d’être. Ou plus comme ça, plus aussi frontalement et aussi grossièrement. En clair, ce spectacle manque de profondeur, de pertinence, de finesse, de surprise et de modernité. Il semble avoir un sérieux train de retard avec l’actualité.

 

 

« Coup de foudre au wagon bar »
Une comédie d’Eric Boucher, mise en scène par Alan Aubert-Carlin a
vec Tiphaine Biard et Eric Boucher
Théâtre Montmartre Galabru
1 octobre – 28 décembre 2018

(Crédit photo : Alan Aubert-Carlin)

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