« Le grand bal » : un joli message qui tourne (cependant) en rond

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C’est l’histoire d’un bal qui ne s’arrête pas. Un bal trad qui dure 7 jours et 8 nuits. Qui réunit, chaque été, pas moins de 2000 personnes, venant de toute l’Europe, dans un coin de campagne française. 2000 personnes aimants la danse et surtout, la vie. Qui bouge, touche et pulse.

L’affiche de ce film-documentaire est bien trouvée : deux mains, l’une dans l’autre, qui se serrent. Qui se touchent. Se guident. Prêtes à danser, à communiquer et à partager. Une danse ou plus : un moment suspendu, un instant de grâce, une connexion. Des corps, des âmes et des esprits. C’est ce que recherche ces 2000 personnes amoureuses de la danse et non seulement une meilleure technique. Ils sont désireux, avant tout, de se sentir en vie et de rencontrer l’autre. A travers sa façon de bouger, de s’adapter, de suivre ou de mener, de communiquer sans parler. Et peu importe si le rythme n’est pas toujours respecté, si un mauvais pas est effectué, peu importe. Le grand bal ne juge pas : il allège, il emporte, il émeut et réconforte.

Un film-documentaire plein de vie, de poésie et de désir…

La musique est quasi omniprésente, toujours entraînante. Et ce, même si le grand bal n’a rien de moderne, qu’il est bien loin des nouveaux festivals genre Rock en Seine et qu’il propose surtout de l’accordéon. Peu importe. Étrangement, il n’est pas si facile de rester assis, sans bouger ni se lever, tout le long du film. Leur joie de danser est si palpable, si viscérale, qu’elle en devient communicative. Elle traverse l’écran et frappe le spectateur en plein cœur. Leur joie de danser mais pas seulement : leur désir de bouger, de lâcher-prise, de s’exprimer corporellement, d’extérioriser des sentiments enfouis, le désir de se connecter au son et aux autres, d’être sur la même longueur d’ondes, de partager des émotions douces, vraies et brutes, le désir de toucher l’autre, de renouer avec les sensations, de sentir les énergies et les vibrations, de deviner et même de devenir l’autre, le désir de vivre.

Parfois, la musique cesse ou le volume baisse et laisse place à la voix off de Laetitia Carton, la réalisatrice, elle-même fan des grands bals. Avec beaucoup de tendresse, de justesse et de poésie, elle décrit l’instant, les danses, les rencontres, les sentiments. Le spectateur est comme hypnotisé par sa voix d’enfant, légèrement éraillée, sans quitter des yeux les gestes, les mouvements et les échanges. En plus de donner envie de bouger et de danser, ce film-documentaire donne envie de parler au voisin, assis à côté de soi, dans le noir. De communiquer avec les gens, sans méfiance ni faux-semblants. Même s’ils sont des inconnus, surtout s’ils sont des inconnus. Il donne envie d’échanger, de parler vrai, de se confier et de se montrer aux autres tel qu’on est. Aux autres et au monde entier.

… mais au rythme lent à cause de nombreuses répétitions

Même si « Le grand bal » rassemble toutes ces qualités et mérite sa sélection au Festival de Cannes, il n’échappe pas à quelques longueurs. Certaines scènes sont parfois trop détaillées, trop étirées et surtout, trop répétitives. Alors le désir s’éteint et l’ennui prend le relais. L’ennui ou la lassitude. Le spectateur aimerait que la cadence s’accélère ou même que la musique cesse. Qu’elle laisse place à des conversations ou à d’autres actions. Qu’elle laisse place à des mots, trop rares et trop absents alors que, parfois, irremplaçables.

Ainsi, à cause de cette absence de mots et de variété, le message manque de nuances et de profondeur. Parfois, le scénario tourne en rond. Sans finalité ni conclusion. Comme les 2000 danseurs. C’est simple : le jour, ils s’entrainent, ils apprennent d’autres pas et la nuit, ils mettent en pratique leurs connaissances, ils dansent (la mazurka, la bourrée, la pizzica, le congo des landes, le hanter dro, le scottish, le cercle circassien). Et le lendemain ? Ils recommencent, tout simplement. Toujours le même programme et donc souvent les mêmes plans. Le spectateur peut alors se demander quel est le sens et quelle est l’utilité de ces répétitions, puisque le message reste inchangé. Inchangé et inachevé. Comme une opinion en manque d’arguments, un corps qui n’assume pas un mouvement.

« Le grand bal », un film-documentaire de Laetitia Carton, sélectionné à Cannes, sortie en salles le 31 octobre 2018. 

Crédit photo : Laetitia Carton / Pyramide

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