Edwy Plenel : la dernière bienséance

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« Et si nous parlions du livre de Laurent Huberson ? » Venu épauler une fête du Parti des Travailleurs de Belgique, Edwy Plenel fait signe que non. Etonnant, pour quelqu’un qui avait ouvert son intervention sur une référence à la devise « Publicité sauvegarde du peuple ».

La raison, cher Edwy Plenel ? « Ce n’est pas très bien ». Curieux. La biographie que lui consacre le méticuleux journaliste n’est pourtant pas écrite au bazooka, pas plus qu’elle ne pèche par révérence. Ils se connaissent de longue date ; l’ouvrage évoque nombre entretiens, étalés sur plusieurs années, avec celui que l’auteur décrivait comme « le chevalier blanc de l’investigation » dans une enquête parue en 2008. La référence récente à des coups, intrigues, réseaux, annonce des révélations réjouissantes. Huberson serait-il au grand sachem de Mediapart ce que le sparadrap était au Capitaine Haddock ? Ce n’est peut-être pas faux, mille sabords !

Huberson ne s’aventure pas étourdiment. Il sait rencontrer les bonnes personnes, pour radiographier celui dont la moustache de velours et les craquantes pattes d’oie enrobent un tempérament de fer. L’effet Ferrero Rocher. Ce livre qui balaye dans les angles et sous le tapis évoque notamment : l’homme qui tutoya le sommet du Monde, avant d’y être un paria ; une longue traversée du désert puis une remontada opiniâtre, dans laquelle il jeta toutes ses ressources, à la manière de Bernard Palissy; le duel sans merci avec Sarkozy ; sa stature de meilleur tourmenteur de Finky Finkielkraut ; sa proximité avec Tarik Ramadan, l’homme qui murmurait à l’oreille des oies pas trop blanches « à l’oued je te plumerai » ; une analyse au scalpel de la conception plénelienne de la République. Il émane cette biographie non bénite un parfum d’investigation mediapartienne. Arpentage d’un paysage où le collimateur est roi, Edwy le journaliste rêvant son double en aiguilleur du ciel politique. On ne s’y ennuie ni ne s’en indigne.

« Edwy Plenel », Laurent Huberson, Plon. 19,90 euros.

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