« Paris à l’infini » : un spectacle tendre et romantique mais à l’imagination limitée

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Deux âmes-sœurs remontant ensemble le temps, à Paris, pour essayer de comprendre les raisons de leur échec sentimental, inévitable à chaque réincarnation… Poétique, romantique, sensuel et sensible, ce spectacle musical est d’une grande tendresse, malgré quelques raccourcis et clichés.

« Spectacle musical », « Âme-sœur », « Échec sentimental », « Paris »… il est déconseillé de se rendre à ce spectacle après une dispute ou un chagrin d’amour. Ça ne remonte pas le moral, définitivement pas. Même en ayant des siècles sous le coude et 136 essais au compteur, ces âmes ne semblent pas foutues de faire mieux que des couples Tinder : elles ne parviennent pas à s’entendre, sans fausses notes, sans dissonance, sans cordes ni cœurs qui éclatent. Et cerise sur le gâteau : elles ne parviennent pas non plus à se séparer totalement. Leur amour renaissant à chaque réincarnation pour mourir dans d’autres bras ou d’autres bars, sur les trottoirs de la capitale. Chaque début ayant une nouvelle fin, chaque époque connaissant de nouveaux obstacles, toujours fatals à leur histoire. L’oeuvre de la malchance ou du destin.

Le triste bilan est donc là : d’une chanson à une autre, de Johnny Hallyday à Sia en passant par Pharrell Williams, de 1910 à aujourd’hui, ces âmes ne réussissent pas à s’aimer dans la ville des amoureux. Ou du moins, à s’aimer sur la durée. Et là, c’est quand même d’éternité dont on parle. Alors, même si on aimerait que leur amour soit constant et éternel, qui peut leur en vouloir de ne pas réussir à rester uni et à s’aimer à l’infini ? Certainement pas les êtres humains qui galèrent à s’aimer les uns des autres ni les couples du 21ème siècle qui triment à rester ensemble toute une vie, même moins. Et puis, quelque part, en renaissant à chaque fois, dans ce perpétuel recommencement, leur amour flirte de loin avec l’éternité.

Un spectacle romantique, tendre et poétique…

Un amour puissant et sincère mais voué à l’échec, malgré les tentatives et les siècles. Un amour légèrement déprimant, certes, mais aussi incroyablement romantique. L’un n’allant peut-être pas sans l’autre. Une touche de désespoir ou de fatalité sûrement nécessaire pour que la poésie puisse naitre de l’obscurité. Et sur les planches du théâtre de la Contrescarpe, celle-ci jaillit avec tendresse et sensualité, justesse et succès !

Et cela grâce au duo de Caryn Trinka et Sébastien Debard qui fonctionne à merveille et qui nous transporte. Elle, avec sa voix émouvante et puissante, lui, avec son accordéon et eux, avec leur complicité palpable et leur jeu de regards. En leur compagnie, on fait défiler les époques et les décors somptueux de Paris. Avec eux, on passe un bon moment, riche en douceur et en nostalgie, sans aucune notion du temps. On tombe amoureux de l’amour et de la ville. On se joint à leur espoir, leur blessure et leur déclaration. Et si leur amour meurt, pour mieux renaitre, celui porté à Paris reste stable et intact. La capitale étant clairement la grande gagnante de l’histoire.

… mais un brin trop classique, prévisible et court

Seul bémol : pas assez de surprises ou de rebondissements, d’audace ou d’imagination, pas assez de folie. Ni dans l’interprétation des comédiens ni dans le choix des chansons, ni dans la vision de Paris ni dans les dialogues. Des dialogues timides qui auraient besoin d’être plus étoffés, mieux assumés et les transitions, elles, parfois plus fluides. Le spectacle manque, en quelque sorte, de dimension et de consistance : les pensées sont trop étriquées, les romances trop survolées, les échanges trop écourtés et les émotions, du coup, trop effleurées. Peut être, en partie, à cause d’un manque de moyens.

Résultat : le message est transmis à moitié, perdu entre la profondeur et le superficiel, entre les fauteuils et la scène. Touché mais pas renversé, on reste sur notre faim. Figé et déboussolé à mi-chemin. D’ailleurs, le spectacle ne dure qu’une petite heure. Ce qui est bien dommage car l’idée est bonne et le binôme ne manque pas de talent. Un talent indéniable qui mériterait d’aller au bout des sentiments et rester sur les planches plus longtemps.

« Paris à l’infini », spectacle musical mis en scène par Valérie Masset au théâtre de la Contrescarpe du 7 juillet au 15 septembre.

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Crédit photo : Franck Harscouet.

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