Printemps des Comédiens : le bruit et la fureur de Macbettu

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Au Printemps des comédiens, le Macbeth de Shakespeare est revisité par Alessandro Serra en langue sarde et dans un style furibond. Impressionnant.

Tout commence dans l’obscurité la plus totale. Trois sorcières informes émergent d’un monolithe noir rappelant 2001, l’odyssée de l’espace. Elles gesticulent et s’immobilisent dans la poussière blanche en psalmodiant des versets incompréhensibles mais probablement incantatoires. Par la chorégraphie et son décor, l’entrée en matière est déjà, jubilatoire.

On comprendra que ces « langues fétides » règnent sur le destin de Macbettu et Banco. Un Macbettu à la fois Parrain et Belzébuth qui, en commettant son premier assassinat, perpétuera un cycle de violence impossible à stopper. En tuant, le roi a des visions de plus en plus sanglantes. La noirceur le gagne, le dévore, engloutit les jours et son monde. Il cherche la rédemption et la lumière en jouant à « Un, deux, trois, Soleil ! » pour échapper à sa condamnation écrite.

A ses côtés, Alessandro Serra imagine une Lady Macbeth christique et androgyne, toute aussi mystérieuse que sculpturale. Sur scène, le mythique côtoient les traditions de Sardaigne dont l’auteur est originaire. Il habille les personnages de masques inquiétants, évoluant dans des rites carnavalesques et s’abreuvant de vin (ou de sang ?) jusqu’à plus soif.

Dès lors, Macbettu baigne dans cette atmosphère irréelle permanente : la célèbre pièce de Shakespeare est revisitée de façon inattendue et il faut le dire, magistrale.

Les effluves traditionnels sardes nous enveloppent, le royaume infernal nous ouvre ses portes. Ceci aidé par le minutieux travail sonore, vif, inquiétant, saisissant. Les bruitages amplifiés tiennent un premier rôle : bruits assourdissants métalliques et venteux, cris bestiaux violents, claquements frénétiques de talons… A cela s’ajoute les musiques alliant chants grégoriens immémoriaux et percussions cryptiques.
Les corps, eux, sont malaxés jusqu’à l’extrême et l’on joue même avec le décor « réel », dernier témoin d’une mise en scène fantasmagorique.

Si le tableau est abyssal et sombre, on est souvent hilare devant des situations absurdes, interludes désopilants servis sur un plateau par les vieilles femmes flirtant avec le sadisme. Lorsqu’elles se chamaillent ou s’activent au ménage, elles assurent le show ! Et si Macbettu et ses comparses sont si furibonds, ne sont-ils pas la personnification de la vie elle-même ? C’est en tout cas le chemin que semble emprunter, avec succès, Alessandro Serra, en prenant mot à mot une célèbre réplique du personnage Shakespearien.

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite et parade une heure, sur la scène, puis on ne l’entend plus. C’est un récit plein de bruit, de fureur, qu’un idiot raconte et qui n’a pas de sens. »

Ce Macbettu est un rêve cauchemardesque, une tragédie féérique. Il est viscéral et prend aux tripes. Il est ambitieux et inventif. C’est une fureur théâtrale.

Macbettu
D’après Macbeth de William Shakespeare
Texte et mise en scène : Alessandro Serra
Eléments scéniques, lumières et costumes : Alessandro Serra
Diffusion en France : Aldo Grompone
Production : Sardegna Teatro et Compagnia Teatropersona

Macbettu

 

Prochaines dates en France :

12 et 13 novembre 2018 : La Rose des Vents, Lille
16 novembre 2018 : Scène Nationale de Sète
21 novembre 2018 : Scènes Nationales de Belfort et du Pays Montbéliard

 

( crédit photo Alessandro-Serra )

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