Stéphane Guillon : comédien et martyr

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On a retrouvé Abdallah ! L’infernal garnement de Tintin au pays de l’or noir a pris du gallon. Devenu Emir du Catarrhe, il sévirait à Paris sous le pseudonyme de Stéphane Guillon.

Voici que paraissent ses carnets, états d’âme et autres confidences des années 2015-2017. Guillon tel qu’en lui-même, alliage de Diogène et de Léautaud, braconnier de twitter, mettant la blogosphère sur écoute, à l’affût de tout ce qui dépiaute et donne matière à des séquences croustillantes ou cruelles, édifiantes et implacables. S’il note ce conseil de Louis Jouvet à Bernard Blier : « il faut jouer léger pour avoir du poids », Guillon prend plaisir à jongler avec une légèreté qui demeure sur bien des estomacs. Il ne se passe pas de jour sans qu’un pisse-froid en col blanc exige sa tête au bout d’une pique. Et pourtant ses victimes en redemandent, au nom du « Qu’on parle de moi en bien ou en mal. L’essentiel est qu’on parle de moi », cher à Gros Léon.

Bon public, Stéphane ? Il en faut beaucoup pour l’impressionner, témoin ce commentaire de l’exploit de Philippe Croizon – amputé des quatre membres – qui avait traversé la Manche à la nage : « quand vous n’avez plus ni vos bras, ni vos jambes, que vous intéressez beaucoup moins les requins… Quoi de plus facile ! ». Et en plus choisir la Manche, quelle provoc. Pudique sur son fonds de commerce, Guillon ne peut masquer que son goût de Christine Boutin l’entraînerait à l’oraison jaculatoire précoce. Pour durer parmi les bénéficiaires de ses crucifixions, il faut persister. Pour revenir, il faut être repêché. Un certain protégé de Mouammar Kadhafi l’a sans doute mérité, qui est l’actuel petit chambellan de la Princesse de Glaive.
Rien n’existerait sans Murielle, muse et muselière, éminence grise qui cornaque son dynamiteur. Sans doute a-t-elle eu copie d’une fiche des Renseignements généraux. « Guillon : à surveiller comme du Bolloré sur le feu ».
Pourvu que ce livre soit un succès de librairie, car des malveillants prétendent Guillon ruiné. Il aurait misé si gros sur une remontada de Jean Lassale à la présidentielle, qu’il se tapit lorsque son taxi passe devant une agence du Crédit Lyonnais. Saint Guillon, comédien et martyr.

 

« Journal d’un infréquentable, 2015-2017 », Stéphane Guillon, Grasset, 19 euros

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