L’arbre en poche : l’art anticonformiste et magique de Claire Diterzi

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L’inclassable artiste était de retour au théâtre Molière de Sète avec une « pièce musicale » emplie de créativité, ode à l’anticonformisme et à l’émancipation. Magique, tout simplement.

Le théâtre Sétois sait nous proposer des pépites créatives. C’est d’ailleurs sur cette même scène que la saison dernière, nous avions fortement adhéré à l’univers musical réparateur de Kintsugi (lire l’article ici).
Dans L’arbre en poche, il n’est pas seulement question de musique, mais bien d’émancipation artistique… L’histoire est celle d’un petit garçon las du philistinisme et du conformisme ambiants en général (et de Fun Radio en particulier !), qui décide de grimper au sommet d’un moabi (arbre des forêts tropicales humides d’Afrique, ndlr) pour n’en plus jamais redescendre.
Librement inspiré du roman Le baron perché d’Italo Calvino dont le titre est l’anagramme, L’arbre en poche écorne l’image du (télé)spectateur passif devant les fléaux actuels, qu’ils soient culturels, humanitaires ou environnementaux. On déracine ici l’individualité et l’immobilisme, représentée par le frère du héros confortablement assis dans son fauteuil.
Claire Diterzi, lunaire, joue le rôle d’une sorcière, tour à tour fée et pythie, dont le jeune homme perché tombera amoureux.

Du chant, de la danse, des claquettes, des monologues, des percussions, des décors fantasmagoriques… L’arbre en poche est un bosquet de performances scéniques, visuelles et sonores. Claire Diterzi plante le décor avec le contre-ténor Serge Kadujki, le comédien Alexandre Pallu, l’acrobate Issouf Zemani et six percussionnistes…Tous les arts se branchent et éructent sur une scène taillée sur mesure pour un spectacle rocambolesque de beauté, de poésie, baigné d’humour et de fantaisie. Un affrontement entre deux mondes pousse devant nous, alors qu’éclot l’incitation à ne pas rester « planté là » et faire germer l’action : se battre, s’affirmer, s’émanciper.

Onirique et très politique, L’arbre en poche nous plonge dans un monde qui a oublié ses origines (naturelles) au profit de l’agression qui émerge dans toute sa diversité : verbale, xénophobe, sexiste, religieuse, homophobe… A la pêche aux moules ou le Je vous salue Marie sont ainsi (joyeusement) remixées en chansons électro-pop revendicatrices ! Le spectacle fait éclater les arts par les mots, les voix, les gestes, les notes, pour contrer les maux d’un monde aseptisé et destructeur.

De l’effeuillage artistique de Claire Diterzi nait un mélange des genres, un refus des étiquettes et des cases. Libérée et facétieuse, l’artiste nous offre un spectacle d’où l’idée de l’émancipation s’affronte au conformisme du monde. Pour nous dire qu’il faut cultiver notre culture.

 

L’arbre en poche
Création
Texte et mise en scène : Claire Diterzi
Musique : Francesco Filidei, Claire Diterzi
Chant : Serge Kakudji (contreténor), Claire Diterzi

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