MIKAEL FELORNI - MKF EDITIONS

Mikael Ferloni : « Le numérique ouvre d’autres moyens d’accès et de présentation des contenus »

Découvertes au hasard des allées du Salon du livre, les Editions MKF ont attiré notre attention. Toute une collection de livres colorés qui abordent des sujets de société très divers avec une patte éditoriale singulière. Mikael Ferloni, fondateur des Editions MKF ( acronyme de son nom) nous en dit plus sur la ligne éditoriale de cette innovante maison d’édition qui embrasse les convergences du papier et du numérique.

propos recueillis par

Quelle est la genèse de MKF Editions ?
Je suis tombé dans la marmite éditoriale assez tôt. J’ai commencé à écrire des livres de commande au kilomètre à 19 ans pour payer mes études. C’était une expérience rude, mais très formatrice.
Puis, j’ai repris une maison d’édition spécialisée dans les beaux-livres. J’y ai notamment développé plusieurs collections avec France Télévision. C’était une aventure géniale, mais je voulais créer quelque chose de plus petit et de plus expérimental. Je sentais l’arrivée du numérique et ses opportunités.
J’ai donc créé parallèlement MkF éditions en 2008, avec l’idée de développer ce pendant digital.
Et nous fêtons nos 10 ans cette année avec beaucoup de fierté.

Que signifie cet acronyme ?
J’aurai pu être plus original, mais il s’agit simplement de mes initiales : MiKaël Ferloni.

Qu’entendez-vous par « laboratoire éditorial » ? Quelle est la différence avec une maison d’édition ?
À la différence d’une maison d’édition traditionnelle qui travaille essentiellement le format livre (qu’il soit papier ou ebook), nous expérimentons aussi des formats éditoriaux qui ne prennent pas forcement la forme d’un livre. Cela peut être des livres audio, des expositions, des webdocumentaires, des applications web ou des émissions TV… L’articulation de tous ces contenus demande un savoir-faire éditorial très fort.
Nous envisageons l’édition dans une dimension assez large : travailler un contenu pour le diffuser sous ses formats les plus pertinents.
C’est pour cette raison que nous avons notamment développé au sein de MkF une cellule de production multimédia.
Nous expérimentons beaucoup. Parfois ça marche, parfois moins, mais on réfléchit vraiment comme un petit laboratoire de R&D éditorial. Nous menons d’ailleurs des programmes de recherches sur le sujet avec des laboratoires universitaires. Je suis moi-même professeur associé au Celsa-Sorbonne et j’interviens régulièrement à Paris 7 ou Paris 10 autour du futur des industries culturelles.

Quelle est la ligne éditoriale de MKF ?
La ligne éditoriale de MkF est assez souple. Un point commun cependant : il s’agit pour nous de mieux comprendre et appréhender notre monde en mutation.
Notre catalogue n’est pas militant, mais nous essayons d’avoir malgré tout une ouverture d’esprit un peu engagée. Nous avons ainsi publié des choses autour de la démocratie en Birmanie, de Nuit Debout en France ou du développement durable en Afrique… Il s’agit moins d’un engagement politique, que d’un engagement citoyen !
Notre catalogue s’articule autour de deux grands axes :
• des collections en sciences humaines (Les essais numériques, Les essais médiatiques, Les essais visuels — dirigées par l’universitaire Michaël Bourgatte) plus théoriques et qui donnent des clefs de compréhension.
• des beaux-livres couplés à des contenus digitaux (webdoc, papier augmenté, vidéos…) qui mettent en pratique nos réflexions.

Comment choisissez-vous les auteurs et les contributions qui constituent et qui alimentent vos publications ?
Il y a deux types de projets : les projets que nous initions (et dans ce cas je contacte des auteurs ou des illustrateurs que j’ai repérés pour leur proposer l’aventure) et les projets que l’on nous propose et dans ce cas, je marche beaucoup au feeling. Il faut aussi qu’il y ait un potentiel économique. J’insiste assez là-dessus, car c’est important de ne pas mettre sous le tapis cet aspect-là.  Nous ne pratiquons pas une édition à compte d’auteur, donc quand nous publions un projet, c’est un véritable pari que nous faisons et sur lequel nous investissons du temps, de l’énergie et de l’argent. Nous faisons tout pour pousser le projet et le diffuser au mieux.

Pouvez-vous définir pour nous vos projets transmédias ? Pourquoi avoir choisi «  ce couplage éditorial papier/numérique » ?
Il y a un de nos projets que j’aime particulièrement. Il s’agit de One Myanmar, un triptyque documentaire réalisé à la veille des élections birmanes de 2015 qui ont portées Aung San Suu Kyi au pouvoir . Nous avons publié un beau-livre de photographies avec des regards croisés de photographes birmans et européens montrant la transition à l’œuvre dans le pays. Nous avons accompagné ce beau-livre d’un eBook plus spécialiste sur la question ethnique et religieuse birmane. (http://www.editionsmkf.com/produit/unite-diversite-defis-de-transition-birmane/).

Enfin nous avons produit avec France24, un webdocumentaire (http://www.one-myanmar.com) qui donne la parole à 10 personnalités birmanes issues de la société civile (activistes, politologue, candidate aux élections, membres des minorités ethniques….).
Ce webdocumentaire traduit en français, anglais, birman, et ses déclinaisons sur les réseaux sociaux, ont eu un impact assez fort en Birmanie, puisqu’il a été vu près de 1 million de fois !

C’est un parfait exemple de ce que permet le couplage papier/numérique. Nous n’aurions, à notre niveau, jamais pu traiter des sujets aussi variés, nous adresser à des publics aussi différents (grand public, spécialistes, Birmans, Français…) ni avoir une telle audience, uniquement avec un livre papier.

En quoi le numérique permet-il d’approfondir le contenu ?
Le numérique ouvre surtout d’autres moyens d’accès et de présentation des contenus. Par là, il offre une infinité de possibilités pour raconter des histoires et mettre des connaissances en réseaux les unes avec les autres. Il multiplie aussi les portes d’entrée et les angles de communication vers les publications.
Certains projets ne nécessitent pas du tout l’apport du digital. Il n’y a pas de recette automatique. Nous essayons de jouer des atouts de chaque support.
Une chose est sûre cependant, c’est que nous croyons beaucoup à la valeur symbolique du papier. Nous portons une attention très particulière à la fabrication, le choix des papiers, les finitions.

Quels sont les profils de vos lecteurs ?
Nos projets éditoriaux étant assez variés, nos lecteurs le sont aussi. J’espère en tout cas que les lecteurs de Putsch deviendront bientôt aussi ceux de MkF et réciproquement !

www.editionsmkf.com

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