Christine Simeone : « Le savoir se teste, se met en bouche et en paroles, s’échange, c’est le sel de la vie »

Christine Simeone, l’une des voix culturelles de France Inter, ne parle pas seulement de culture et de numérique à l’antenne. Elle est aussi la tête pensante d’un festival littéraire niché dans un charmant village corse, lui-même perché dans les montagnes au mois de juillet. Une nouvelle édition verra le jour cette année avec un programme élargi, riche et bien entendu culturel dont le parrain est l’écrivain, Jérôme Ferrari, prix Goncourt en 2012 avec « le sermon de la chute de Rome » ( Editions Actes Sud)

propos recueillis par

Quel sera le fil rouge de ce nouvelle édition en juillet 2018 ?
Cette année au programme, la Grèce et la montagne. La Grèce notamment dans la poésie et les inspirations littéraires de la chanteuse Angélique Ionatos et également avec Marie-Laure Coulmin – Koutsaftis qui est traductrice et cinéaste, et qui connaît aussi bien la poésie grecque que les enjeux politiques du pays.
La montagne sera le sujet de rencontres non pas en tant que décor de romans, mais comme source d’écriture pour les auteurs aussi bien de nouvelles policières comme Jean-Yves Aquaviva ou dessinateur du sublime album Mazzeru comme Jules Stromboni, édité chez Casterman. Enfin, nous aurons une très belle soirée en compagnie d’un des écrivains les plus talentueux du moment, Marc Biancarelli, qui vient de publier Massacre des Innocents chez Actes sud.

La particularité de cet événement culturel réside dans le cadre qu’il occupe, un petit village corse, pourquoi ce choix, Christine Simeone?
Le choix s’est fait par nécessité. En Corse, il faut beaucoup de temps pour parcourir de petites distances. Montagnes et virages ralentissent la communication. Alors nous avons choisi d’installer un rendez-vous entre rives est et ouest, entre pointe sud et cap du nord. Nous sommes au vert, dans un écrin de montagne sublime, en plein air, sous les mûriers. En Corse, on utilise le même mot pour dire village et pays, paese. Au village, à Altagène, au moment d’AltaLeghje, nous sommes tout simplement au pays de la littérature, de l’imaginaire, des histoires filmées ou dessinées. Altagène est un village particulièrement accueillant, les habitants sont nos premiers supporters, son maire en premier lieu est d’une bienveillance extraordinaire. Sans cela, pas de festival. On ne révolutionne pas un village corse pendant trois jours sans le consentement des habitants.

Comment se bâtit la programmation culturelle d’une année sur l’autre ? Comment s’orientent vos choix ?
L’association AltaLeghje dispose d’un comité éditorial, avec Jérôme Ferrari, l’universitaire et linguiste Alain Di Meglio, mais aussi l’une des co-fondatrices du festival VO VF, consacré à la littérature étrangère, Sylvie Melchiori. Nous avons pris le parti chaque année de tourner nos regards vers une autre rive de la Méditerranée (mais pour moi la Méditerranée ira un jour jusqu’en Belgique), et un thème de réflexion. Ouverture et avenir sont nos maîtres mots. L’important est de faire se rencontrer les auteur.e.s corses et non-corses.

Vous avez un parrain prestigieux en la personne de Jérôme Ferrari. Depuis quand est-il le parrain de cette édition et qu’a t-il en commun avec l’événement ?
Depuis le départ. C’est un voisin, et un auteur que j’ai eu la chance de commencer à lire avant qu’il obtienne le prix Goncourt. Lorsqu’il a été question d’organiser un premier rendez-vous avec des écrivains en 2015, il n’était pas question de le faire sans lui. Il a dit oui. Il continue de réfléchir avec nous, nous conseiller et nous aider.

Cette année la programmation est alléchante avec la présence du dessinateur Jul, de l’artiste Angélique Ionatos, les écrivains Marc Biancarelli et Jean-Yves Aquaviva ou encore la poétesse Patricia Gattaceca. Qu’ont ils en commun avec le festival ?
Ils ne savent pas encore ce qu’ils ont en commun. Ils vont le découvrir sous les étoiles. C’est à nous de les marier, de relier leurs paroles, de faire écho d’un à l’autre. Patricia Gattaceca, une grande voix corse nous parlera d’Himalaya autant que de sa terre natale, Marc Biancarelli du naufrage d’un navire hollandais et de Shakespeare, Jean-Yves Aquaviva de l’Algérie et de Scotland Yard. Leurs écritures habitent chacune un pays, une montagne, un bout de rocher. Cette terre les habite et les porte.

Y-a-t-il une programmation pour les enfants ?
Je dirais que c’est une programmation par les enfants. Une école primaire de la région nous apporte un travail théatral sur Alexandre Le Grand. Une trentaine de primaire a travaillé sur le texte de Laurent Gaudé, « Le tigre bleu de l’Euphrate ». Ils nous montreront leur spectacle. Les lycéens de première de Sartène viennent nous parler du travail qu’ils ont fait autour du Goncourt des lycéens l’automne dernier. Une aventure formidable lors de laquelle je les ai accompagnés, tout comme Jérôme. Ils diront tout en public lors du festival. Pour les plus petits, Pénélope Jossen, l’illustratrice publiée chez L’école des Loisirs, animera un atelier de dessin pendant toute une journée.

Si vous deviez trouver un slogan pour cet événement, quel serait-il ?
Venez, goûtez, inventez. Pour moi, le savoir a de la saveur. Il se teste, se met en bouche et en paroles, s’échange, c’est le sel de la vie.

Qu’est ce qui est le plus excitant en tant que présidente du Prix dans l’organisation de ce festival ?
Je me suis lancée dans cette aventure avec gourmandise, avec l’envie de partager les livres ou les films que j’aime. C’est très bien, ça fait de belles soirées entre amis mais ça ne fait pas un festival. Très vite, j’ai compris qu’il fallait être une équipe, avoir des goûts différents, penser au public d’abord. Donc je m’ouvre aux différences et à l’inconnu. Nous sommes une bonne dizaine à travailler sur le festival et surtout, nous avons conçu des rendez-vous pendant l’année notamment en milieu scolaire. Les jeunes, c’est l’essentiel de ma préoccupation en fait.

Vous êtes vous déjà fixée des objectifs pour les éditions à venir ? Inviter plus d’auteurs, fédérer plus de public, élargir les thèmes et multiplier les rencontres ?
Nous y pensons tout le temps. Depuis deux ans, Isabelle Jeannot, membre de notre équipe, a lancé un concours de nouvelles, en français et en corse. La semaine dernière Sylvie Melchiori a mis au point un processus quasi magique d’écriture de conte, et d’illustration, en groupe. Nous l’avons testé et vous lirez bientôt « Orso et le lapinothécaire », un conte pour enfants, écrit en commun, illustré en commun.

Festival AltaLeghje
Du 20 au 22 juillet 2018
Rendez-vous à Altagène en Corse-du-sud.
​Avec Jean-Yves Acquaviva, Marc Biancarelli, Patricia Gattaceca, Angélique Ionatos & le dessinateur Jul
www.altaleghje.com

 

Ex-chef service culture de France Inter, Christine Simeone se consacre aujourd’hui au Pole Web et tient la chronique hebdomadaire « La vie connectée » sur France Inter

( Crédit Photo – Isabelle Houé-Huberdeau )

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