« Intra Muros » : un essai transformé pour Michalik

par

On ne présente plus Alexis Michalik, le wonder boy du théâtre populaire français. D’abord comédien, il fait ses premiers pas sur les planches sous la direction d’Irina Brook. On le retrouve également dans des séries et téléfilms, tels que Petits meurtres en famille ou Kaboul Kitchen. En tant que metteur en scène, il débute avec des créations inspirées de l’œuvre de William Shakespeare. Il écrit ensuite « Le Porteur d’Histoire » et le « Cercle des Illusionniste », pièces pour lesquelles il est récompensé du prix Beaumarchais, du prix jeune Théâtre de l’Académie française et de deux Molières. Sa troisième pièce, « Edmond », lui en vaudra trois de plus.

On attendait donc beaucoup d’« Intra Muros », où l’on suit un atelier de théâtre animé dans une maison centrale mais pour lequel seuls deux détenus se présentent. Et pour cause, tout était prévu à l’avance…

Les histoires personnelles des cinq personnages se croisent et s’enchevêtrent, jouant sur plusieurs strates de la fiction et sur la mise en abime. Du théâtre dans le théâtre, du métathéâtre, une réflexion sur le travail de l’acteur …

Rien de nouveau ni de très original, avec des procédés communs, utilisés de Shakespeare à Pirandello. Pourtant, chez Michalik, tout a le parfum de la nouveauté: on est happé par la virtuosité de la narration, l’aspect très cinématographique et moderne de la mise en scène, le déroulement et le déplacement d’un temps à l’autre, d’un univers à l’autre, d’un personnage à l’autre. Et surtout par le jeu époustouflant des comédiens (notamment Christopher Bayemi, très charismatique). La scène vide, le décor très épuré, laissent toute la place à leur talent, immense, qui leur permet de rendre vivants des personnages – types, comme ceux d’un Molière, bien dessinés et circonscrits : le gros dur au cœur tendre pas très loquace, le jeune rebelle trop sensible, le metteur en scène présomptueux et narcissique…

Michalik réussit le pari de séduire toute une salle, toute entière ramassée et tendue vers l’intrigue, si bien ciselée, pendant deux heures qu’on ne voit pas filer. Prolepse, analepse, ellipse, pause. Le metteur en scène impose son sens du rythme, sans laisser de place à l’ennui. Si l’on discerne quelques ficelles, on ferme les yeux : il est si rare de ne pas être tenté de démêler le réel de l’inventé ; l’illusion opère.

Bien sûr, l’intérêt de la pièce réside bien plus dans ses qualités narratives que dans une éventuelle réflexion sur l’univers carcéral. Et si on peut reprocher à Michalik certains clichés et raccourcis, il s’en sort habilement par des pirouettes humoristiques qui mettent à distance toute prétention sociologique. Dans « Intra Muros », on s’émeut, s’étonne, se tend, mais surtout, on rit.

Le jeune metteur en scène sait mieux que personne raconter des histoires. Le théâtre n’est-il pas d’abord cela : raconter des histoires ?

Pépinière théâtre,
Jusqu’au 2 juin 2018
Les mardis, mercredis, jeudis et vendredis à 21h.
Les samedis à 16h et 21h – www.theatrelapepiniere.com

De Alexis Michalik
Mise en scène : Alexis Michalik
Avec, en alternance :
Jeanne Arenes, Raphaël Bancou, Christopher Bayemi, Bernard Blancan, Sylvain Briat, Raphael Charpentier, Sophie de Fürst, Alice de Lencquesaing, Paul Jeanson, Chloé Lambert, Nicolas Martinez, Fayçal Safi, Joël Zaffarano.

Crédit photos : Alejandro Guerrero

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à