Cherchez la faute ! : une relecture étonnante de la divine origine

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Par Eloise Bouchet … En tout cas, vous ne trouverez pas le mot « faute » dans les trois premiers chapitres de la Genèse. Que cache donc ce texte fondateur de la civilisation judéo-chrétienne, largement glosé et servant une morale culpabilisante?

En s’appuyant sur le travail de la psychanalyste Marie Balmary, François Rancillac nous invite à une herméneutique laïque aussi brillante que déroutante qui convoque histoire, anthropologie, linguistique ou encore philosophie, pour tenter de comprendre les questions en je(u) au pied de l’arbre de la connaissance.

A la lecture de ce texte, de nombreuses questions affleurent : pourquoi Adam n’a-t-il accès à la parole qu’au moment où il rencontre Eve ? L’expérience de l’altérité est-elle une condition sine qua non à l’avènement d’un « je » ? Pourquoi Dieu a-t-il planté un arbre de l’interdit dans le jardin édénique? Quelle est la signification de cet « inter-dit » : « richesse de l’écart à maintenir et non à combler » ? Si « Dieu a crée l’homme à son image », cela signifie-t-il qu’il est imparfait?

Dans un dispositif très étonnant et participatif, qu’on ne dévoilera pas ici afin de préserver l’effet de surprise, les acteurs-exégètes se disputent ou s’accordent, exposant tour à tour leurs points de vue qu’ils prennent soin de rendre clairs et limpides. Ces prises de parole en apparence primesautières donnent l’effet d’assister à un débat réel, effet renforcé par le jeu très convaincant des quatre comédiens. Les multiples interprétations, procédant d’analyses rigoureuses mais libres, montrent combien une lecture unique et indiscutable serait réductrice et mensongère. A notre époque de retour des dogmatismes, « Cherchez la faute » est salutaire.

D’après LA Divine origine/Dieu n’a pas crée l’homme de Marie Balmary
Adaptation et mise en scène : François Rancillac
Avec : Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et, en alternance, François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet.

Du 12 au 23 décembre 2017 et du 9 au 21 janvier 2018
Du Mardi au samedi à 20h
Le dimanche à 16h
Relâches les 16 et 17 décembre.
Durée : 1 heure + discussion
Au théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie.

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