Blaise Cendrars : le cosmopolite amoureux de Paris

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Par Marc Emile Baronheid – Changeant d’hôtel ou de mansarde, le cœur enraymoné et le bagage mince, Cendrars fut le cosmopolite amoureux de Paris. Docteur Renault/Mister Renard de Montparnasse le raconte avec le naturel qui sied aux merveilles tranquilles.

Paris, 1910. Freddy Sauser déchire sa chrysalide de jeune poète suisse pour renaître sur les cendres de Blaise (prénom emprunté à Pascal) Cendrars (annexion du mythe du phénix). Bourlingueur patenté, il a connu Moscou dès ses 17 ans, puis Saint-Pétersbourg. Il dit être allé jusqu’en Chine, mais c’est douteux et cela dénote une disposition continue à déjouer le temps, à accommoder ses souvenirs. Soupault confiera qu’avec Cendrars, le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Dos Passos avait sacré Homère du Transsibérien celui à qui Pierre Lazareff demanda un jour s’il avait réellement pris le fameux convoi, s’attirant cette réponse édifiante : « Qu’est-ce que ça peut te faire puisque je vous l’ai fait prendre à tous ». Apprivoiser la vérité n’est-il pas un privilège d’écrivain ? Paris, ce sera la vie de bamboche, le bouillon d’une faune interlope, les montagnes russes de la dèche, un déménagement à la cloche de bois, à l’instar d’Apollinaire quittant précipitamment Stavelot. Apollinaire, compagnon d’anarchie, auquel le liera une proximité teintée de rivalité. Paris port d’attache, terre d’élection et de (pré)dilections, de rencontres déterminantes, d’amitiés précieuses. Le catalogue est impressionnant, sinuant entre Albert T’Serstevens, Chagall, Henry Miller, les Delaunay – couple providentiel à la porosité vibratoire et déterminante. Il faut tout savoir de ce grand petit livre, bijou d’intelligence et de proximité, promenade orchestrée par un Olivier Renault qui marque Cendrars à la culotte, dans une quête topographique à la précision plus que modianesque, traquant sans merci les approximations d’exégètes précédents. Paris vu de « Montparnasse centre du monde », c’est un monde fabuleux dont les livres sont les héros. La plus belle bibliothèque du monde selon Remy de Gourmont, infatigable arpenteur des quais, inventoriant chaque boîte des bouquinistes. Ce fut, de flânerie en rêve éveillé, la Seine d’un théâtre d’autant plus étourdissant de virtuosité que le montreur de marionnettes était manchot.

« Le Paris de Cendrars », Olivier Renault, éditions Alexandrines. 9,90 euros – bibliographie, repères biographiques, index des noms cités
Le livre référence de la collection Le Paris des écrivains. Derniers titres reçus : Le Paris de Malraux. Le Paris de Céline.

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