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Patrick Poivre d’Arvor : « Il faut que nous soyons nombreux à reprendre le flambeau »

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Journaliste, homme de télévision et de radio, animateur à Radio classique et à CNews de « Vive les livres », acteur, metteur en scène d’opéras, Patrick Poivre d’Arvor est avant tout un écrivain (prix Interallié pour « L’irrésolu » en 2000) et un amoureux de la littérature. Longtemps, la lecture fut sa consolation. Elevé en Bretagne, l’enfant timide et solitaire disait déjà « mes seuls amis sont les livres ».

propos recueillis par

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A 17 ans, il publie « Les enfants de l’aube ». Très tôt, il se sent attiré par les auteurs qui expriment ses tourments d’enfant, d’adolescent, cette douce tristesse, ce désespoir, ces soleils noirs de la mélancolie dont parle Nerval. Dans son « Eloge des écrivains maudits », il revient vers ses premières amours qui sont aussi les dernières, ces auteurs frappés de malédiction. Dans son panthéon, il a préféré laisser de côté ceux qui traversent le temps avec sérénité, – même si la gloire est le deuil du bonheur, pour offrir une couronne à ceux qui ont été ignorés, oubliés, ceux qui ont injustement disparu, ceux qui ont été malheureux, bannis. Ils sont quatre-vingt, naufragés malchanceux, morts très jeunes, parfois dans la misère, même si certains figurent parmi les grands noms de la littérature, comme Maupassant, Kafka, Beckett, Zweig, Rimbaud… Eux aussi, ont été montrés à l’index à leur époque, ont souffert, ont choqué, sont devenus malades ou fous. Damnés, ils nous laissent une œuvre bouleversante et éternelle. Un livre à offrir, à garder, un livre à l’image d’un romancier poignant, en quête de sens, un homme comblé par la vie, incessant navigateur, fasciné par les destins brisés. Un livre salutaire qui donne envie de se pencher sur ces écrivains magnifiques dont Patrick Poivre d’Arvor retrace avec élégance et sensibilité les drames, addictions, querelles (Rimbaud Verlaine), maladies (Boris Vian), délinquance (François Villon), incarcération (Oscar Wilde), suicide ( Stefan Zweig)…

Comment vous est venue l’idée d’écrire cet « Eloge des écrivains maudits » ?
Pour rendre hommage à ceux qui ont formé mes goûts littéraires.

 

Vous écrivez, dans votre préface que, très jeune, d’une « timidité maladive», vous vous êtes senti attiré par ces maudits. Que vous apportaient-ils ? En quoi leurs livres vous ont ouvert des mondes ?
J’ai bien vu qu’on pouvait avoir un caillou dans sa chaussure, se croire malade, handicapé ou sans atouts et qu’on pouvait, malgré tout, laisser une trace.

Vos critères de choix sont volontairement subjectifs, comme on se choisit des amis, quels sont ceux qui vous touchent le plus ?
Tous ceux qui sont partis trop tôt ou qui se sont suicidés.

Ceux que vous relisez régulièrement ?
Tous les poètes. Et Dostoïevski.

Vous dites que vous avez voulu offrir un « tombeau », à ceux qui sont partis trop tôt, craignez-vous que les générations à venir les oublient ?
Oui, il faut que nous soyons nombreux à reprendre le flambeau.

Pourquoi Jean Edern Hallier n’y figure-t- il pas ?
Il mériterait d’être là, mais il a quand même connu la notoriété littéraire de son vivant.

Votre éloge fait partie des livres que l’on garde dans sa bibliothèque, quels seraient ceux que vous emmèneriez dans une île déserte ?
Les chants de Malodoror, de Lautréamont. Tout Rimbaud. Et Dostoïevski.

Vous avez créé Vive les livres sur CNews, émission littéraire que vous animez, on vous y sent très heureux. En quoi les émissions livres vous semblent-elles primordiales ?
J’ai animé Ex Libris pendant dix ans et Vol de nuit, pendant dix ans. C’est formidable sur une chaîne privée. Même chose pour CNews.

Avez-vous d’autres projets ? Un opéra à mettre en scène ? Un roman en chantier?
Un roman que je suis entrain de terminer. Et sur les planches, un sacré challenge, « Patrick et ses fantômes » au Casino de Paris à partir de la mi avril.

Le principal trait de votre caractère?
Etre aux aguets.

La qualité que vous préférez chez un homme?
L’humanité.

Chez une femme?
La féminité

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?
La fidélité, bien sûr.

Votre principal défaut ?
L’impatience.

Votre occupation préférée ?
La passion

Votre rêve de bonheur ?
Inaccessible

Vos auteurs favoris ?
A retrouver dans mon « Eloge des écrivains » : au moins dix d’entre eux sur quatre-vingt portraits.

Comment aimeriez vous mourir ?
En ressuscitant.

Votre état d’esprit actuel ?
La perplexité.

 

Patrick Poivre d’Arvor « Eloge des écrivains maudits » éditions Philippe Rey

( CRÉDIT PHOTO D.R )

 

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