Booktubers, bloggeurs, instagramers sont-ils les nouveaux critiques littéraires ?

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Tribune de Sabrina Grimaldi ( fondatrice de Publishroom) – Petite présentation. Le booktuber, bloggeur littéraire couramment nommé influenceur littéraire est majoritairement une influenceuse, un peu la girl next door, la bonne copine qui vous refile ses bons livres, ses coups de coeur, ses découvertes.

Elle a souvent moins de trente ans, elle lit de tout mais le plus souvent des auteurs actuels, anglo-saxons, et assez fréquemment féminins, avec une appétence particulière pour la littérature de genre (fantasy, fantastique, new romance, young adult…), elle ne fait pas de critique négative (parce qu’elle ne chronique en général pas les livres qu’elle n’a pas aimés) et a parfois tendance à spoiler (elle en dit tellement sur le livre qu’on a parfois l’impression de le connaître sans l’avoir lu). Elle se lance aussi régulièrement des défis (lire plus de 100 livres dans l’année, lire toutes les nouveautés dans un genre…) et en rend compte à ses followers ; elle associe toujours ses moments de lecture a un rituel, elle boit du thé ou une tisane, s’installe dans un fauteuil et en tenue confortables (les deux).

Longtemps, la critique littéraire a été un art, de l’écriture d’abord, de l’analyse surtout ; elle était le fait d’écrivains et d’essayistes (Baudelaire, Sainte-Beuve, Lanson…), elle a fait l’objet de courants (l’école de Genève, les formalistes russes, celui de l’imaginaire avec Bachelard…)… depuis de nombreuses années, elle s’est transformée dans la presse en simples chroniques de livres.
Dès lors que la critique a déserté le champ de la littérature, que les pages « livres » dans la presse ressemblaient bien plus à une page de publicité qu’à une réelle critique ; avec le développement des blogs, des vlogs, des réseaux sociaux, le pas était aisé à franchir pour les lecteurs et lectrices, souvent frustrées de ne rien lire dans les journaux sur la littérature qu’elles aimaient. (Ndlr. Vous remarquerez que j’ai utilisé dans cette phrase l’accord de proximité, en faveur du féminin, et je trouve cela très élégant)

Aujourd’hui, alors que la presse semble parler toujours des mêmes auteurs, la blogosphère ouvre ses followers à des littératures multiples et rend bien mieux compte du foisonnement littéraire que n’importe quel média traditionnel.

Découvrir quelques chaînes YouTube :
FairyNeverland (26 000 abonnés)
Margaud liseuse (57 000 abonnés)
Bulledop (56 000 abonnés)
Lili bouquine (25 000 abonnés)
Les lectures de Nine (63 000 abonnés)

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