I am the Cosmos : un seul en scène brillant sur l’existence

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Par Eloise Bouchet – « Qui n’a pas compris le titre, I am the cosmos ? », demande Luc Guiol au début de son spectacle avant de poursuivre, ironique : « il n’y a pas de honte. Enfin, si, un peu quand même ». Un titre ambivalent qui exprime la conviction du personnage d’être au centre de l’univers tout en révélant le risible de sa vanité. Ce seul en scène très réussi, empruntant la forme d’une conférence Ted Talk, mêle habilement humour pince-sans-rire et réflexions ontologiques.

Entre égocentrisme et conscience de son insignifiance, le personnage oscille. Cette ambiguïté, il la restitue avec un humour noir, un flegme qui ne faillit jamais, même devant une salle hilare, et, distillés çà et là, des moments absurdes aussi surprenants que cocasses.

Luc Guiol entre en scène comme il entre dans la vie : en trébuchant. Il s’y prend à plusieurs reprises, sans succès. Cette (double) entrée soulève une série de questions chez le comédien comme chez l’homme : comment occuper l’espace ? Que faire de ce temps qui lui est imparti ? De l’art de regarder le temps passer à ses intenses activités de « chômeur-comédien », en passant par ses rêves déchus, l’artiste partage avec son public des morceaux de sa vie, ses échecs, regrets, angoisses. Le « Carpe Diem » d’Horace, il le traduit malicieusement par « Dors encore un peu ». A la question « comment être heureux ?», il répond: « on peut toujours devenir végétarien ».

Le ton se fait parfois plus cynique, notamment quand il opère une analogie entre un tétraplégique et un gagnant au loto pour montrer que les deux retrouvent en quelques mois la même intensité de bonheur qu’ils avaient avant l’accident ou le gain. Et de conclure : « moralité? On n’est pas plus heureux quand on est tétraplégique ». Si Guiol se moque beaucoup de lui-même, il n’oublie pas de nous mettre face –au cas où nous l’aurions oublié- à notre propre finitude: « You’re gonna die », nous chante-t-il avec le plus grand sérieux. Et ses chutes ne manquent jamais de sel : « Vous pensez souvent au suicide ? Moi, parfois, j’aimerais me désabonner, mais la vie n’a pas de concurrent »

Un seul en scène très bien joué, bien écrit, et désopilant, qui interroge avec finesse et humilité le sens – et surtout le non sens – de l’existence.

Théâtre Les Feux de la Rampe
Les lundis, à 20h
Durée : 60 min.
Texte, jeu et mise en scène : Luc Guiol
Collaboration artistique : Virginie Berthier, Joe Cave, Fernanda Farah, Grégory Ragot
Création lumière : Etienne Gennatas
Production : Cie de la Lionne
Coréalisation : Les Feux de la Rampe

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