Robert Guédiguian : La Villa ouvre l’espoir d’un monde meilleur

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Par Romain Rougé – Présenté en avant-première dans le cadre du 39ème Cinémed de Montpellier, La villa de Robert Guédiguian est le théâtre de liens familiaux retissés après les ennuis de santé d’un père vieillissant.

Robert Guédiguian revient avec sa troupe habituelle composée d’Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Tous se meuvent dans un décor marseillais, la calanque de Méjean, chère au réalisateur. La fameuse villa devient un huis-clos dans lequel deux frères et une sœur vont se réunir, affronter les démons du passé et, surtout, mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal que leur a transmis leur père.
Le film possède un sens de la théâtralité inhérent au réalisateur et la scène ici, est une côte méditerranéenne bucolique et magnifiquement filmée. « Je considère cette calanque comme un décor de théâtre dans lequel on joue du Shakespeare ou du Tchekov », admet Robert Guédiguian en conférence de presse. Et ça fonctionne, le lieu ensoleillé et chaleureux contrebalance la noirceur environnante, celle des personnages, de la mer meurtrière et du village, dont la désertification résonne jusqu’à la villa, jadis toute aussi pleine de vie. Les enfants ont grandi, sont partis, et les adultes ont du mal à poser un autre regard sur ce qui n’est plus, même en ayant conscience que l’innocence et l’insouciance ne durent jamais très longtemps, il est plus question ici d’émancipation et de reconstruction.

Au-delà des histoires familiales, on parle d’un vieux monde qui s’est écroulé devant ou loin des yeux des protagonistes. Fidèle à ses convictions politiques, Robert Guédiguian intègre dans le récit des questions d’actualité, allant du partage des richesses aux migrants. Dans le film, ces derniers sont trois enfants orphelins. Les membres de la famille vont les prendre sous leurs ailes et trouver en eux une raison de reprendre leurs vies en main, de s’émanciper d’un passé trop lourd. Robert Guédiguian parle ici de « se battre pour une cause plus universelle que sa propre vie ». Et de ramener cela hors écran : « Je crois que l’Occident va mourir dans son cholestérol. Si on ne partage plus rien, on a un risque d’embolie », termine le réalisateur.
Ariane Ascaride, également présente lors de la conférence de presse, voit en son personnage d’Angèle l’un de ceux qu’elle a eu le plus de plaisir à jouer. Il faut dire que l’évolution du personnage est toute aussi prenante que touchante, probablement parce qu’Angèle est celle qui est le plus meurtrie, qui a les traumatismes les plus profonds. A ses côtés, Jean-Pierre Daroussin est épatant dans le rôle du frère désabusé qui apporte la touche d’humour bienvenue et enlevée dans la mélancolie ambiante.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une douce et belle « saudade » méditerranéenne. Car La villa nous fait autrement respirer en nous donnant la vision qu’un autre monde est possible. Si l’on s’en donne les moyens et si nous trouvons en nous la force de continuer. C’est peut-être un peu utopiste, mais le film a le mérite de posséder un lyrisme tel que l’on veut bien y croire.

La villa
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Serge Valletti
Interprétation : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Sévenin
Durée : 1h47 mn
Sortie nationale : 29 novembre 2017

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