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René Goscinny : l’histoire de l’homme racontée pour comprendre l’artiste

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Partir du rire et des planches pour comprendre qui était l’homme. L’homme, c’est René Goscinny, le père d’Astérix et Obélix, du Petit Nicolas ou encore de la revue Pilote. Si le génial artiste est connu et reconnu de tous, petits et grands, l’homme l’est beaucoup moins. Mais que raconte cet incroyable héritage laissé il y a 40 ans ?

Qui était vraiment René Goscinny ?

C’est à ces questions qu’essaie de répondre le musée d’art et d’histoire du judaïsme de Paris. Il propose jusqu’au 4 mars 2018 la première rétrospective sur la vie et le travail de la légende de la bande-dessinée française. Une très belle plongée à travers ses oeuvres connues de tous mais également dans son histoire à lui, plus intime et méconnue.

Cette exposition est d’une richesse impressionnante, elle rassemble plus de 200 oeuvres. Elle est le résultat d’un long travail entamé en 2014 par Anne Goscinny et Anne Hélène Hoog, le commissaire d’exposition. Leur volonté ? “Retracer sa vie comme cela n’avait jamais été fait, mais surtout relier le judaïsme à son œuvre”, explique-t-elle. Mais l’exercice est difficile puisque rien ne laisse transparaître une quelconque judaïté dans le travail si riche de René Goscinny. “Lorsqu’il raconte ses histoires et son humour il est dans la création et non dans la mémoire et les souvenirs. Les juifs ont souvent éteint des traumatismes familiaux”, confie Anne Hélène Hoog, avant d’ajouter : “aussi terrible que soit son histoire personnelle il la gardera pour lui et ne lui donnera pas de place dans sa vie d’artiste.

C’est par cette histoire, teintée fortement de judaïsme justement, que l’exposition commence, plongeant les visiteurs dans l’intimité des Goscinny. Cette première partie est sombre, le visiteur se trouve confronté à l’histoire difficile de l’auteur, une histoire entrecoupée par les deux grandes guerres. On y trouve de nombreuses photos de familles, des documents d’archive et des carnets de croquis réalisés par René Goscinny lui même lorsqu’il était enfant. C’est une chance extraordinaire de pouvoir profiter de ses premières caricatures.

Après avoir raconté sa naissance dans le 5ème arrondissement de Paris en 1926, de deux parents juifs, l’exposition déroule ensuite le fil de son enfance, passée en Argentine jusqu’en 1945, loin de la guerre, alors que son père travaillait pour la Jewish Colonization Association, une institution oeuvrant pour les juifs d’Europe Orientale. C’est d’ailleurs là que l’enfant, vivant dans ce monde d’activisme culturel et politique, se nourrit intellectuellement et découvre le plaisir de faire rire. C’est ici qu’est exposée une page de carnet particulièrement marquante sur laquelle on découvre un dessin de Mickey Mouse entouré de caricatures d’Adolf Hitler et de plusieurs officiers nazis. C’était ça Goscinny, l’art de caricature, la capacité de rire de tout.

« C’était ça Goscinny, l’art de caricature, la capacité de rire de tout« 

Ses années à New York, où il vécut avec sa mère jusqu’en 1951, furent le terreau de ses premières rencontres et de son entrée dans le monde de la bande-dessinée, lui qui voulait à l’origine être un dessinateur de comics. C’est d’ailleurs à partir de cette période que l’exposition change radicalement de ton… et de couleur. Le visiteur se retrouve plongé dans un univers de comics à l’américaine, de caricatures, encore, de dessins, tous plus colorés les uns que les autres. L’humour si reconnaissable de René Goscinny est là encore présent, nourri par ses rencontres et ses amis dessinateurs.

L’exposition nous permet enfin de cheminer en compagnie de Lucky Luke, Spirou, Astérix et tous les personnages qu’il a créés avec ses complices d’Uderzo à Morris en passant par Sempé, accompagné de son sens du texte et de son amour des jeux de mots. Elle nous fait découvrir et mieux comprendre qui était vraiment René Goscinny et les liens entre son oeuvre et son histoire familiale. Sa mère, Anna, était la fille d’Abraham Lazare Beresniak, qui ouvrit à Paris une imprimerie familiale en 1912. Goscinny y passera ses vacances tous les trois ans jusqu’à ses 25 ans. Le petit René se familiarisera avec la typographie et l’imprimerie aussi bien d’ouvrages que de journaux ou de textes politiques. “Il y avait un véritable amour de l’imprimerie chez les Beresniak, amour partagée par les Goscinny”, affirme Anne Hélène Hoog.

René grandit donc aussi dans le monde de l’imprimé, il y apprend ce que c’est de concevoir un projet de livre ou de journal, de l’ordonner mais aussi tout le travail technique qui concerne l’édition et l’impression. “Goscinny a un oeil pour l’imprimé, ce qui l’a beaucoup aidé ainsi que les gens autours de lui”, ajoute le commissaire de l’exposition, “lui savait exactement comment il voulait que Pilote soit publié, autant dans sa forme que dans le fond, c’était sa grande force”.

Pour Goscinny l’imprimerie signifie la diffusion au plus grand nombre. “C’est une idée forte que l’on retrouve dans toutes ses œuvres, il porte ça dans sa famille depuis longtemps”. Astérix et Obélix, en est l’exemple parfait, en mélangeant culture populaire et culture savante et en multipliant des références proches du public, comme les films de westerns ou l’histoire de France ou l’actualité. Cette ambition, Goscinny l’aura également lorsqu’il créera le magazine Pilote en 1959. L’ambition que la culture fasse partie de la vie de tout un chacun, l’ambition de décrire la société et les travers des gens mais toujours en faisant rire, sans vouloir jamais donner de leçon. Pour Anne Hélène Hoog, le génie de Goscinny réside bien là : “il nous restitue notre propre culture avec une dose de comique, d’inconnu, en y ajoutant toujours quelque chose d’attachant”. On ressort de l’exposition avec un mélange de légèreté et de profondeur : le père de la bande dessinée moderne était décidément un sacré personnage.

René Goscinny. Au-delà du rire
Musée d’art de d’histoire du Judaisme
du mercredi 27 septembre 2017 jusqu’au dimanche 4 mars 2018
Exposition
Autour de l’exposition « René Goscinny. Au-delà du rire »

https://www.mahj.org/fr/programme/rene-goscinny-au-dela-du-rire-74202

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