120 battements par minute : le militantisme coup de poing d’Act Up

par

Par Romain Rougé – Grand prix du 70ème festival de Cannes et présenté en avant-première au cinéma Diagonal de Montpellier, 120 battements par minute de Robin Campillo, revient sur les années Act Up, en pleine épidémie du Sida. Retour au début des années 90 et immersion totale chez les militants d’Act Up Paris, association de soutien aux malades du sida.

Créée sur le modèle New-Yorkais de l’époque, le groupe est aussi constitué d’activistes, qui multiplient les actions coup de poing pour éveiller les consciences, notamment des pouvoirs publics qui ont fermés les écoutilles.

120 battements par minute, malgré son sujet et ses références à l’Histoire, n’est pas un film larmoyant. Et ce même si l’éphémère histoire de Sean (séropositif) et Nathan (séronégatif) – épatants Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois – fera fondre les cœurs les plus endurcis… Le propos du film réside d’abord à montrer la rage de vivre des malades, quelque soit leur orientation sexuelle, leur âge ou la nature même de la maladie. L’humour est même souvent cinglant, on laissera à l’appréciation de chacun le slogan imaginé pour « égayer » une Gay Pride qualifiée de moribonde !

Ces militants, habités par des acteurs impressionnants de justesse, sont complexes, et parfois loin du consensus. Le film est une plongée dans le monde d’une génération privée de la libération sexuelle initiée par la précédente. Une génération qui ne souhaite pas se priver de vivre leur vie parce que la maladie les ronge ou les effraie, eux, et le reste du monde.

Act Up ou le vrai militantisme pour politiser le sida

« Act Up a changé la perception que l’on avait de la maladie. C’est là le point fort de l’association : avoir brisé le silence », affirme Robin Campillo lors de l’avant-première au cinéma Diagonal de Montpellier. Et d’ajouter : « Act up était en quelque sorte les lanceurs d’alerte de leur temps. »

Pour faire « vivre » ce militantisme, le film est jalonné de scènes fortes, d’images saisissantes. On retiendra notamment celle de la Seine rouge sang ou celle des militants formant un cimetière géant sur le bitume. Le sexe, omniprésent, n’est jamais vulgaire ou voyeuriste, il est simplement montré comme une chose naturelle, qui donne vie. Jusque dans une chambre d’hôpital, alors même que cette vie, justement, est en train de s’éteindre.

Robin Campillo, militant d’Act Up en son temps, n’a pas moins souhaité remettre au goût du jour une maladie qui existe toujours que de montrer ce qu’est vraiment le militantisme, l’engagement. « Le militantisme est un peu plus que la signature d’une pétition sur Internet ou qu’un pouce levé sur Facebook ! C’est avant tout une poignée de personnes pour qui ce qui se passe est intolérable et qui décide de passer à l’action. » Celui qui permet aussi, selon le réalisateur, de développer une conscience politique, même si les avis divergent sur la façon de mener le combat : « Act Up, c’est l’histoire d’un groupe avant Internet, une intelligence collective énorme, des personnes obligées de se rencontrer dans des réunions hebdomadaires pour créer de la politique. »

Car outre son sujet important et passionnant, c’est bien l’éloquence de tous les membres du groupe qui emporte. « La prise de parole a une réelle puissance politique. C’est à partir de là que naît l’engagement, bien avant l’action », ajoute le réalisateur. Et de poursuivre : « Il me semblait important de montrer ce quelque chose qui lutte entre la parole et ce qu’on veut produire, cette question de la traduction en parole et en actes de ce que l’on veut vraiment, sans nous trahir. » En mettant en regard cette dichotomie, Robin Campillo propose une photographie de plusieurs visages militants en évitant de faire de son film un simple objet documentaire. Et de « rendre hommage », aussi, à Act Up, qui a indubitablement fait bouger les lignes.

120 minutes de cinéma menées tambour battant.

120 battements par minutes
Durée : 02h20 Date de sortie : 23 août 2017
Réalisé par : Robin Campillo
Avec : Nahuel Perez Biscayart, Adèle Haenel, Aloïse Sauvage, Caroline Piette, Antoine Reinartz
Genre : Drame
Nationalité : France

Lire aussi dans nos critiques cinéma :

Heis : le film d’une génération par Anaïs Volpé

Et les mistrals gagnants : l’enfance et la maladie

L’homme aux mille visages : un Ocean’s Eleven à la mode espagnole

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à