Jean-Edern Hallier : une liberté de ton aujourd’hui disparue

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Par Marc Emile Baronheid – Très réussi, le safari de Jean-Claude Lamy dans la vie et l’œuvre de Jean-Edern Hallier peut s’ouvrir à n’importe quelle page et captiver d’emblée.

L’espièglerie enrobée de fil barbelé, l’intelligence servie sur un lit de napalm, le croisement d’un missile et d’une girouette : Hallier demeure indéfinissable. L’avoir démontré sans jamais demeurer à qui a est le mérite majeur de Lamy, auteur rompu aux aléas du genre biographique. Hugo, Vigny, Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire, Corbière: les plus grands poètes français du XIXe siècle étaient tous enfants de militaires. Pour Jean-Edern, fils et petit-fils de généraux, la littérature est l’art de la guerre et les grandes œuvres sont des bombes à retardement. Il prendra un plaisir fou à fabriquer des cocktails molotov pour des bénéficiaires aussi évidents que François Mitterrand. Hallier a séduit jusqu’à la fascination le politicien accoutumé au clientélisme servile. Le polémiste infatigable n’était pas de l’osier dont on fait les échines les plus souples. L’Elysée aura une furieuse envie de s’en débarrasser définitivement. Ses sicaires se mordront les doigts lorsque paraîtra L’honneur perdu de François Mitterrand et repenseront à cette confidence du président à son fidèle Roland Dumas : « ce sont des individus qui ne méritent qu’une balle dans la tête ».
Ce feuilleton abondamment médiatisé ne doit pas occulter les autres pans d’une œuvre toute de fulgurances et de ruades, de bravoure et de fracas. L’aventure de L’Idiot international fut de celles qui comptent, rendant à l’homme et à l’œuvre cette justice/justesse énoncée par Cocteau, grand et seul rival d’Hallier dans l’art inopiné de la formule durable : « Le don d’écrivain n’est autre qu’une mise en œuvre très humble des forces du schizophrène qui se cache en chacun de nous ».
Electrochoc de son temps, Jean-Edern Hallier incarne une liberté de ton aujourd’hui disparue.
Quand un film prolongera-t-il ce livre dont l’index des noms cités garantit à lui seul la pertinence du travail de Lamy, de Sartre à Tapie, de Dominique Strauss-Kahn à Ray Ventura, de Bernadette Chirac à Ulrike Meinhoff ?

Jean-Edern Hallier, « l’idiot insaisissable », Jean-Claude Lamy, Albin Michel, 26 euros

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